Archives du mot-clé réseaux sociaux

[Dossier] Mes craintes sur l’avenir du web

Je fais partie des gens qui, modestement, « font » le web : un peu auteur, un peu éditeur, un peu développeur, un peu podcasteur… bref blogueur. Je roule ma bosse depuis 3 ans, sur scène et en coulisse, avec Google et consorts, ce qui me permet de savoir un peu ce qui se trame en arrière-plan, ce dont l’internaute lambda (même technophile) n’a souvent pas conscience.

Avertissement : c’est un article-fleuve en 2800 mots que je vous propose, mais le sujet est suffisamment grave pour que vous preniez le temps de le lire jusqu’au bout.

[toc levels= »3,4″ title=’Sommaire’]

La vie privée

La technologie est votre ennemi

Vous le savez sans doute, je ne suis pas technophile : je ne m’emballe jamais pour le dernier gadget à la mode, je me méfie de toute technologie susceptible de me tracer, de toutes les informations que je laisse derrière moi… Je suis devenu ce qu’on pourrait appeler un technoïaque (paranoïaque de la technologie). Et je vais vous expliquer pourquoi, en m’adressant en priorité aux non-geeks.

Je suis souvent effaré de voir avec quelle désinvolture l’internaute moyen considère la menace que représentent les réseaux sociaux, les publicités, les cookies etc. et considère comme superflu de s’en protéger. Il ne sait d’ailleurs même pas comment.

Vous (et moi) avez (avons) dans votre (notre) poche un mouchard qui nous permet de téléphoner : ce légendaire smartphone, qui permettait autrefois de nous localiser par triangulation par rapport à 3 antennes de télécommunications, et qui aujourd’hui comporte directement une puce GPS. Cette puce, que certains ne prennent pas la peine de désactiver quand ils ne s’en servent pas, envoie en permanence des données de géolocalisation à diverses applications. Génial pour trouver une station service à proximité en moins de 30 secondes. Génial pour vous espionner 24/24H 7/7j.

Tout autour de nous, ce sont autant d’appareils initialement pensés pour nous faciliter la vie qui se retrournent désormais contre nous, en permettant à des tiers (sociétés, gouvernements, pirates) d’en savoir plus sur nous mêmes que notre propre conjoint. Le problème majeur provient du fait que la majorité des gens n’ont pas les connaissances suffisantes pour comprendre comment fonctionnent ces appareils : ce sont pour eux des boîtes noires, qui fonctionnent un point c’est tout. Ils ne peuvent donc pas évaluer les risques, sachant qu’ils n’ont aucune idée d’où ils peuvent provenir. L’ignorance est toujours le terreau de l’asservissement.

Les réseaux sociaux

Moi-même, il y a quelques années, quand j’utilisais encore Facebook, je pensais être à l’abri avec la gestion fine de mon profil (le contrôle de qui voit quelles informations, parmi mes contacts). En réalité, la pire menace n’est pas tant les autres internautes, même mal intentionnés, qui récupèrent vos informations personnelles (même si cette menace est à considérer avec sérieux) que les sociétés qui utilisent et revendent vos données, mêmes celles qui n’apparaissent pas aux yeux des internautes. Leur usage commercial est une chose, mais il en est désormais fait un usage gouvernemental. Oui, les gouvernements espionnent leur peuple (les détails viennent plus bas).

Je n’ai rien à cacher, donc rien à craindre

Je suis également atterré d’entendre l’éternelle rengaine du « je n’ai rien à cacher donc je n’ai rien à craindre ». Les gens n’apprennent jamais de leurs erreurs. En 1939, les Juifs non plus n’avaient rien à cacher, surtout pas leur confession. Et pourtant… Qui sait si demain, un nouveau dictateur n’arrivera pas au pouvoir, décidant « pour le bien de la nation », que telle confession, tel courant de pensée, telle communauté est une menace pour la nation toute entière. Un Philippe le Bel qui voudra éliminer les Templiers, un Robespierre qui voudra éliminer les « ennemis » de la Révolution, un Pétain qui donnera les Juifs et les Francs-Maçons en espérant protéger les autres ? Ne riez pas, ce n’est parce que ces exemples commencent à dater qu’ils sont pour autant périmés. Chaque année apporte son lot de nouveaux tyrans en herbe (pas forcément à l’autre bout de la planète), et chaque nouveau gouvernement est une nouvelle menace pour la démoncratie, si le peuple ne s’en préoccupe pas suffisamment.

Des experts en sécurité informatique nous avertissent

Ces dernières semaines sont parus plusieurs articles édifiants concernant l’anonymat, la protection des données privées et la transformation progressive d’internet en état policier. Je vous invite à les lire d’abord avant de revenir à ma prose. C’est assez long, mais ce n’est pas du temps perdu :

Rapide résumé des points clés :

  • Internet est un passage obligé en 2013, quel que soit votre âge, votre profession, pour :
    • réserver tout et n’importe quoi, de votre billet de train à votre nuit d’hôtel, en passant par votre place de concert,
    • effectuer un nombre croissant de démarches administratives, comme les inscriptions aux examens et concours (bac, concours d’entrée), inscriptions dans l’enseignement supérieur, déclarations d’impôts, demandes de visas et permis de travail, recherche d’emploi etc.
    • acheter des produits introuvables dans votre ville (magasins hyperspécialisés),
    • accéder à la plus importante base de connaissances de tous les temps (presse, encyclopédies, cours, tutoriaux, vidéos, etc).
  • Internet n’est plus aussi décentralisé qu’il y a 10 ans mais noyauté par quelques énormes entreprises tentaculaires (Google – Facebook – eBay – Amazon – Microsoft – Yahoo) qui rachète petit à petit toutes les plateformes qui « ont de l’avenir » (Skype, Youtube, …)
  • Tout ce que vous faites est tracké, loggé, en deux mots tracé et archivé par ces compagnies, et mis à la disposition des États sans nécessiter l’accord d’un juge, en vertu de lois destinées à prévenir le terrorisme mais qui bafouent allègrement les libertés les plus fondamentales,
  • In fine, les États Unis espionnent, via leurs sociétés internet, la planète entière. L’anonymat n’est plus possible, comme en atteste l’arrestation de membres des Anonymous pourtant experts en sécurité informatique et bien protégés, et les témoignages d’anciens de la NSA ou du FBI.

Tout ceci pour dire que votre vie privée est lourdement menacée et qu’il est probable que vous n’en ayez même pas conscience. Il s’agissait au départ d’établir votre profil mercantile, de façon à vous proposer des publicités ciblées. Mais encore une fois, personne ne peut garantir que les données enregistrées sur vous – à votre insu – ne seront pas utilisées contre vous. Or c’est ce qui commence à se produire. Personne n’est d’accord pour basculer dans un état policier, mais chacun y participe à chaque nouveau post sur Facebook.

Le copyright et les brevets logiciels

Une autre menace qui pèse sur le web est le problème épineux du copyright.

Libre accès vs. rémunération des auteurs

D’un côté, la création de textes, d’images, de vidéos, de programmmes informatiques, engendre des coûts matériels (serveurs, matériel audio-visuel, électricité, bande passante) et mobilise de la main-d’oeuvre qu’il faut financer.

De l’autre le libre accès à la connaissance, à l’information et à la culture est une nécessité sociale et pédagogique. Ce libre accès, couplé à des possibilités de partage massif, moyennant toutefois une connexion internet, rend la rémunération des auteurs/éditeurs de plus en plus difficile, surtout en l’absence d’un vrai modèle économique :

  • le modèle contenu gratuit avec publicité est une aggression pour l’internaute car les publicités s’accompagnent de codes de tracking qui nous renvoient au problème de la protection de la vie privée. De plus, les bloqueurs de publicité en court-circuitent le principe. Ex : la plupart des sites de quotidiens nationaux, Youtube
  • le modèle contenu payant fait fuir l’internaute vers d’autres contenus gratuits, souvent de qualité inférieure, ou vers les plateformes de contenus piratés. Ex : vidéo à la demande payante
  • le modèle contenu gratuit financé par une fondation n’est possible que dans des cas particuliers, et demande une grosse organisation. Ex : Wikipédia

Les « solutions » trouvées : des privations de libertés

Partant de ce constat, les éditeurs/producteurs essayent tant bien que mal d’appliquer aux contenus numériques la définition de la propriété intellectuelle datant de Balzac, et forcent à grand renfort de lobbying des outils de répression « judiciaires » tels que Hadopi, ACTA, SOPA, PIPA etc. qui sont autant d’intrusions dans la vie privée des internautes, puisqu’il s’agit là encore de surveiller tout ce que vous téléchargez pour vérifier que rien d’illégal ne s’y trouve.

Lire l’article La guerre du copyright menace la santé d’Internet (par Cory Doctorow, écrivain).

Certains éditeurs ont également mis en place des DRM (Digital Rights Management – Gestion des droits numériques) qui sont censés éviter la copie sauvage de fichiers numériques. Le problème de ces DRM est qu’un fichier acheté pour un support via une plateforme n’est pas lisible sur un autre support. Par exemple, un livre numérique acheté sur iTunes (plateforme Apple) ne sera pas lisible sur un Kindle (liseuse Amazon) ou sur un appareil Android (système d’exploitation Google). De plus, le fichier ne vous appartient pas vraiment, vous ne jouissez que d’un droit d’accès qui peut être résilié si votre marchand retire le livre de sa librairie. Autre exemple, les fichiers PDF avec DRM ne sont lisibles que via le logiciel Adobe Digital Editions, dont il n’existe aucune version compatible Linux.

Les brevets logiciels, ou comment tuer l’innovation

Pour finir, le problème épineux des brevets logiciels risque à moyen terme de compromettre l’innovation et le développement de nouveaux programmes. Un code/programme breveté n’est pas réutilisable par un développeur tiers, à moins de s’acquitter d’une licence dont le montant est laissé à l’appréciation du propriétaire du brevet. Dit comme cela, tout paraît normal.

Les problèmes qui surviennent sont de deux types : d’une part, tout développeur devra vérifier que le code que l’algorithme qu’il vient d’écrire n’est pas déjà breveté, ce qui est une tâche insurmontable étant donné le nombre de brevets déjà déposés. Si son algorithme est juste similaire, mais pas exactement identique, il peut tout de même être attaqué en justice dans des procès d’une complexité démentielle. D’autre part, avec la mutliplication des brevets, cela revient à laisser le « droit d’innover » seulement à des sociétés qui ont les moyens de payer des licences (donc à Google – Amazon – …), ce qui représente une menace pour l’innovation én général, puisque ces sociétés n’ont heureusement pas le monopole de la matière grise.

Par analogie, imaginez ce qui ce serait passé si Newton avait breveté ses formules. Combien de découvertes n’auraient pas été réalisées, ou auraient attendu l’expiration du brevet, faute de moyens pour payer une licence ?

Parce qu’on ne parle pas ici de la production/commercialisation d’un produit industriel. Un brevet logiciel n’est pas un brevet comme un autre, sachant qu’un logiciel n’est pas une invention comme une autre : c’est la possibilité donnée au consommateur d’utiliser la machine (l’ordinateur) qu’il a acheté, et d’en faire ce qu’il veut.

Derrière le problème des brevets logiciels, il y a également une idée d’inter-opérabilité. Si, comme souvent, un programme (ou un format de fichier) est breveté, que son propriétaire le distribue pour un usage sous Windows, et refuse d’en éditer une version pour Mac et Linux, soit l’utilisateur de Mac ou de Linux devra en faire son deuil, soit il en développe une version adaptée, mais il se met alors en totale illégalité. Un vrai casse-tête…

À titre d’exemple, les DVD cryptés pour empêcher leur copie n’ont toujours pas de solution « propre » pour être lus sous Linux : la sécurité doit être forcée pour pouvoir lire le DVD. Cependant, le Conseil Constitutionnel, dans un arrêt de 2006, a autorisé le craquage de cette sécurité sous Linux, puisqu’aucun autre moyen ne permet de les lire. Les utilisateurs de Linux doivent donc installer un paquet nommé libdvdcss dont la fonction est de… forcer une sécurité (censée être inviolable, au passage…).

En guise de synthèse de cette partie, la protection des créateurs (développeurs, auteurs, artistes, etc.) se fait sans redéfinir le concept de droit d’auteur à la lumière des nouvelles technologies, en conservant les définitions créées pour le papier. Comme d’habitude, ce sont les plus grosses sociétés qui, pour assurer leurs revenus, s’arrogent des droits abusifs, restreignent, contrôlent, bafouent les droits des consommateurs et la vie privée des citoyens, en un mot… font ce qu’elles veulent au mépris de tout le reste.

La neutralité du web

Il y a un principe fort sur le web qui découle des valeurs démocratiques, c’est l’accès indifférencié à tous les contenus. Concrêtement, votre fournisseur d’accès est sensé vous fournir un accès aveugle à tout contenu présent sur internet, sans effectuer de filtrage d’aucune sorte. Il est supposé servir de tunnel, point.

Le problème est que ce principe est une habitude et non une obligation, sachant qu’aucun gouvernement en place n’a jamais donné suite aux réclamations de la Quadrature du Net de faire inscrire la neutralité du Net dans la Loi.

Usant de ce vide juridique, certains fournisseurs d’accès ont restreint voire supprimé l’accès à certains contenus : Free bride Youtube, les CROUS bloquent les plateformes de streaming et certains contenus « de mauvais goût »…

À quand le filtrage politique, comme en Chine ou en Corée du Nord ? Car du blocage « pour raisons techniques » (consommation de bande passante) à la censure pure et simple, il n’y a qu’une question de définition, et aucune loi pour l’encadrer.

Aucune société commerciale ne devrait être apte à effectuer un contrôle de ce que vous avez le droit de voir ou non, des contenus auxquels vous avez le droit d’accèder ou pas, quelles qu’en soient les raisons. Ce principe devrait être gravé dans le marbre des institutions françaises et européennes en tant que corollaire à la liberté d’expression, qui est l’un des droits de l’Homme les plus fondamentaux, et le support de la démocratie.

Néanmoins, le politique moyen (moyenne d’âge : 60 ans), nul en nouvelles technologies, n’en a cure et n’est même pas conscient des enjeux sous-jacents.

Pourquoi Internet est-il (devenu) vital ?

Le 21e siècle est le siècle de l’information. Plus que jamais, le savoir est un pouvoir. Le web offre une facilité de communication et de partage inouïe, tout comme un accès illimité à toutes les connaissances humaines. Mais il s’accompagne par une facilité jamais atteinte de contrôler et d’espionner.

Je suis en mesure de retrouver chaque adresse IP qui s’est connectée sur un de mes sites, de savoir quelles pages ont été consultées via cette adresse, à quelle heure, en combien de temps, quel était le système d’exploitation utilisé, la résolution de l’écran, le nom et la version du navigateur, et je pourrais même faire en sorte de récupérer les pages précédemment consultées par cet internaute, tout comme installer des mouchards dans son ordinateur pour recevoir les futures adresses qu’il consultera (ce que Google et Facebook font déjà).

En France, l’utilisation de ces informations est plutôt bien réglementé, mais quelle importance ? Si demain, je déménage la Gazette aux États Unis, j’en ferai ce que je voudrai, tout en offrant au gouvernement US un accès à volonté.

L’accès à Internet est une nécessité pour désenclaver des territoires, pour offrir un accès numérique à des services administratifs qui les ont désertés, pour permettre à chacun un accès facile, égal et indifférencié à la connaissance et à la culture, pour permettre aux chercheurs et aux ingénieurs de mettre en commun leurs avancées et économiser temps et argent dans leurs recherches.

Naturellement, Internet n’est pas un Eden : il y a la pornographie, la pédophilie, le racisme, l’homophobie, le terrorisme… Toutes choses qui pré-existaient dans la vie réelle et qui se sont logiquement portées sur les réseaux d’informations, Internet, mais auparavant la télévision, la radio, et le papier. Les pamphlets distribués sous le manteau ou les journaux clandestins ont laissé la place à des blogs anonymes. Toute médaille a son revers, mais dans le fond, seule la forme a changé.

Cependant il ne faudrait pas perdre de vue les avantages incroyables que cela offre, en s’attardant trop sur les inconvénients. C’est pour cette raison qu’il faut prendre conscience des dangers et des menaces qui pèsent sur le web, et de ce que nous perdrons tous, collectivement et individuellement, si ces menaces se concrétisent.

Ce sont aux gouvernements de craindre leur peuple, pas l’inverse. C’est aux citoyens que revient la tâche de surveiller leurs dirigeants, pas l’inverse. La collecte croissante d’informations personnelles via les réseaux d’informations va à l’encontre de tous les principes fondamentaux sur lesquels nous avons bâti nos systèmes politiques, et il va sans dire que l’usage qui en est fait ne sert clairement pas les intérêts des citoyens. Allons-nous continuer à utiliser la technologie avec confiance, en considérant nos appareils électroniques comme des boîtes noires, sans chercher comment ils fonctionnent et comment on peut donc en détourner l’usage ?

À chacun de répondre individuellement à cette question.

Comment se protéger ?

Les experts s’accordent plus ou moins à dire que l’anonymisation n’est pas une solution à long terme : si elle rend l’identification plus compliquée (et plus longue), elle ne la rend pas impossible. Plusieurs membres des Anonymous ont été ainsi arrêtés après avoir été trahi par leur adresse IP (pourtant soigneusement masquée).

Dans un prochain article, je traiterai des moyens de se protéger (plus ou moins) du tracking sauvage.

Pourquoi j’ai quitté Facebook

Il y a 3 jours, j’ai décidé de fermer définitivement mon compte Facebook. Les réactions de mes amis (au sens de Fb) ont été plus ou moins amusantes. Voyons les raisons qui m’y ont poussé et qui devraient vous encourager à faire de même.
© techxav.com

Facebook, royaume de la poufiasse-à-bouche-en-cul-de-poule-qui-fait-des-bisous-à-la-caméra-alors-qu’elle-est-au-bord-du-suicide-parce-qu’elle-vient-de-se-faire-larguer-par-un-connard.

Facebook, temple de l’espionnage banalisé entre « amis » et de la photo dossier où vous avez nécessairement une tronche de cul (sinon, on ne publie pas, c’est sans intérêt).

Facebook, fonds de commerce pour starlettes de cour de récré dont la vie culturelle se résume à Zara et H&M.

Facebook, supermarché pour dragueurs lourds en quête de « plans cul » (sic).

Facebook, bourse des vidéos « virales », chronophages et inutiles.

Facebook, vie numérique de substitution pour tous ceux qui ne font rien de leur week-end.

Et Facebook, surtout, réserve intarissable de clients pour publicités ciblées.

Et bien j’en ai eu marre !

Pourquoi j’y étais ?

Inscrit en 2008 (déjà), à la demande générale, c’était l’époque où l’on pouvait avoir un semblant de discussion avec les gens, et où le site se souciait encore un peu de ses utilisateurs. C’était avant la pub, quoi. Je l’ai conservé au fil du temps, en le fréquentant par périodes, croyant que c’était utile. Je l’ai gardé pour :

  • faire de la promotion de la Gazette,
  • organiser plus simplement des événements,
  • garder contact avec des gens perdus de vue,
  • lancer ma boutique.

En fait de quoi :

  • Facebook génère moins de 5% des visites sur ce site (contre 75% pour Google),
  • in fine, les « événements » ont dû être organisés à chaque fois à l’ancienne, en face des gens et par téléphone,
  • les gens perdus de vue le sont pour de bon, avec ou sans Facebook{{1}}[[1]]Les études montrent qu’on échange régulièrement sur Facebook avec 7 à 10 personnes, ces personnes étant toujours celles qu’on fréquente régulièrement dans la vie réelle[[1]], et pour les autres, ils ont leur numéro de téléphone dans mon répertoire (et réciproquement), 
  • Facebook ne m’a pas apporté un seul client.

En conclusion :

  • Fb ne m’apporte pas de plaisir,
  • Fb ne me rapporte pas d’argent,
  • Fb me pompe du temps,
  • Je peux communiquer avec mes amis de façon plus efficace et personnelle.

…l’entrepreneur qui sommeille en moi me dit que l’investissement n’est pas rentable.

En plus

Les raisons qui ont achevé de me décider…

La politique de confidentialité

Outre le fait que tout ce que vous y publiez ne vous appartient plus (y compris la correspondance privée), que le web n’oublie rien, que n’importe qui peut publier une photo de vous sans que vous ayez moyen de la faire retirer, Facebook flique ses utilisateurs sur tous les sites qu’ils fréquentent afin de leur proposer des publicités ciblées lorsqu’ils reviennent.

Personnellement, j’en ai assez d’être considéré comme un éternel prospect-client-produit.

Les seuls qui profitent de Facebook, ce sont les marketeux qui ont la possibilité de diffuser leurs campagnes de publicité sur un public très ciblé, d’après les informations enregistrées par l’utilisateur dans son profil. C’est tout bénéfice : en limitant le public, on limite les coûts de communication, tout en s’assurant un excellent taux de conversion, étant donné qu’on ne s’adresse qu’aux gens potentiellement intéressés.

Le seul à qui rien ne profite, c’est l’utilisateur lambda.

L’espionnage simplifié

Avec la quantité d’informations saisies par chaque utilisateur (réseaux, âge, domicile, goûts, intérêts, sexualité, amis… sans compter les photos publiées par l’utilisateur ou par ses « amis »), et même si les options de confidentialité ont été bien réglées, il est très facile d’accumuler une somme conséquente d’informations sur une personne, même sans être « ami » avec elle (par le jeu des amis communs, mais pas seulement).

Pour l’avoir un peu pratiqué et à titre d’exemple, les informations les plus simples à trouver sont le lieu de résidence, le lycée d’origine, et la situation amoureuse (en sachant que ça peut souvent aller bien plus loin).

Dans un autre registre, qui ne s’est jamais servi de Facebook pour voir la tête de la poufiasse/du connard qui couche avec son ex ? Certaines y ont même découvert, photos à l’appui, comment elles ont été trompées (mention spéciale à l’ami plein de tact qui a publié les photos du scandale)…

Bref, pour vivre heureux, vivons cachés. Pas besoin de Facebook pour prendre et se donner des nouvelles. Sans compter qu’avec Facebook, on est plus dans la surveillance réciproque que dans l’échange de nouvelles.

L’éloge de la futilité

Franchement, un réseau social, ça sert à quoi ? Pour moi, c’est juste de l’enrobage de vide, un moyen de garder un contact superficiel pour tromper sa peur de la solitude et de l’ennui. La preuve, c’est le réflexe « Tiens je m’ennuie ! → Et si j’allais traîner sur Fb ? ».

Au fond, qu’y trouve-t-on d’intéressant ?

Sur Twitter, par exemple, il est encore possible d’échanger, avec des gens qu’on n’aurait pas « rencontrés » autrement, y compris avec des personnalités publiques. On trouve des gens intéressants qui partagent toute la journée des liens vers des sites/blogs/articles de presse intéressants.

Sur Facebook, on raconte sa vie en images, on joue les starlettes et on crie « journée de merde, vivement les vacances ! ». C’est d’un intérêt primordial… Et puis on partage des vidéos de chatons trop mignons, de chutes de VTT ridicules, du dernier concert de David Getta, … Ok. Très peu pour moi.

L’expérience utilisateur de pire en pire

Depuis le début, Facebook n’a cessé de se complexifier, en oubliant la règle « Moins c’est mieux » (moins on trouve d’informations sur une page, plus elles ont d’impact). L’interface est devenu un fouillis où s’emmêlent les dernières mises à jours des uns et des autres, des invitations à des événements, des publicités, des mises à jours de pages, d’applications, les nouvelles photos, vidéos, liens, etc.

On est bombardé d’infos dans tous les sens, si bien que les informations pertinentes ou importantes passent totalement inaperçu. Parce que, bien évidemment, la plupart des utilisateurs de Facebook passent leur journée dessus, mais ne relèvent jamais leur boîte mail. On doit donc envoyer des scans de cours, et des infos plus ou moins importantes via Facebook. Informations importantes noyées dans le flux, donc.

Moralité

Facebook ne m’apporte rien, je ne lui apporterai plus rien non plus. Tout ce que j’ai à dire d’intéressant (ou pas) est publié ici, où je suis légalement propriétaire de tout et protégé/soumis par le Droit français. De même, chaque personne qui a quelque chose à dire peut très simplement créer un blog sur WordPress.com ou publier ici même. Tout ce qu’on publie sur les réseaux sociaux est du verbiage sans consistance. Je n’ai donc pas besoin de ces réservoirs à frivolités.

Ça fait râler mes amis, qui devront penser à moi spécialement, lors de l’envoi de messages groupés, en prenant 5 minutes pour m’envoyer un mail juste à moi. Je suis désolé pour eux, mais la sécurité passe avant tout, et j’en ai assez de me faire spammer.

Pour ceux qui veulent me contacter, ils ont mon adresse mail, mon numéro de téléphone et ce site. Si ma vie les intéresse, ils peuvent s’abonner à la Gazette par mail ou par flux RSS. Pour le reste, je ferme les écoutilles et je retourne dans le monde réel. S’il y en a qui veulent discuter, j’ai du thé, du café et des gaufrettes de ma grand-mère à la maison.

Diaspora : le renouveau des réseaux sociaux

Un nouveau réseau social a vu le jour en 2010, plus respectueux de la confidentialité des ses utilisateurs : Diaspora*.

Préambule : de l’utilité des réseaux sociaux

L’entrée des réseaux sociaux dans notre vie, puis dans notre quotidien, remonte à 5 ans environ{{1}}[[1]]Création de Facebook : 2004, Twitter : 2006[[1]], ce qui ne les a pas empêché de devenir très vite incontournables. Leur objectif initial est de favoriser les contacts et les partages (liens, photos, vidéos, infos) entre utilisateurs.

Cependant, ils ont tous clairement pris un virage marketing, avec la publicité, la présence des marques, la création d’un « social marketing » propulsé par les (auto-proclamés) community managers{{2}}[[2]]Personnes chargées de l’image d’une marque sur le web et des relations prospects/client sur les réseaux sociaux[[2]], et aussi, il faut bien le dire, la violation de notre intimité avec notamment l’enregistrement de toutes nos données de connexion (pages visitées, recherches effectuées, emplacements géographiques…) dans le but d’afficher les publicités les mieux ciblées{{3}}[[3]]Facebook comme Google enregistrent sur votre ordinateur des programmes appelés cookies qui récupèrent et leur envoient ces données[[3]].

En gros, aujourd’hui, les réseaux sociaux sont des outils de communication de masse et des outils marketing certes efficaces, mais complètement détachés de l’intérêt de l’utilisateur.

Du point de vue de l’utilisateur, certains diront  que les réseaux sociaux ne servent à rien. Je ne dirais pas le contraire, et j’irais même plus loin : c’est le secret de leur succès !

Les quatre mousquetaires

C’est dans ce contexte qu’interviennent Max Salzberg, Dan Grippi, Raphael Sofaer et Ilya Zhitomirskiy, quatre étudiants de l’Institut de mathématiques de New-York. En 2010, ils lèvent 10 000 dollars de dons en 12 jours (dont un don de Zuckerberg, fondateur de Facebook) pour lancer un projet baptisé Diaspora* : il s’agit d’un logiciel libre qui a pour but de permettre à chacun de créer son propre réseau social, libre, ouvert, décentralisé et sécurisé. 

La première version sort en septembre 2010. Le principe est similaire à WordPress, avec quelques nuances : vous disposez d’un serveur web, vous installez Diaspora* dessus et vous pouvez créer votre profil. Ou bien vous créez votre profil directement sur le serveur central, qui sert également de liaison entre les différents serveurs individuels décentralisés.

Aujourd’hui, le projet est sorti en phase alpha{{4}}[[4]]Phase de développement où le programme est utilisable mais potentiellement très instable et encore en cours d’amélioration[[4]] et accessible à tous.

Ce que diaspora* apporte

Diaspora* est un Facebook sans les inconvénients. D’abord, derrière Diaspora* se trouve une fondation à but non lucratif, un peu comme Wikipédia. Vos données ne seront donc pas revendues. Ensuite, le code source est disponible et le programme est sous licence AGPL ce qui signifie que chacun peut le vérifier (pas de spywares), le modifier et l’améliorer. Pour finir, vous avez la possibilité d’héberger votre profil sur votre ordinateur ou sur votre serveur, ce qui fait que vos données sont consultables par qui vous voulez et que vous en restez propriétaire.

Pour le reste, l’interface ressemble à Google+ ou à Facebook il y a quelques années. C’est même Diaspora* qui a introduit la gestion des publications par cercles (Famille/Amis/Travail/Connaissances/Reste du monde) honteusement pompée par Google+ qu’on a encensé pour cette brillante idée.

Vous pouvez partager liens, vidéos, statuts, et photos en choisissant à chaque fois avec quel cercle vous allez les partager. D’autre part, chaque publication peut-être republiée automatiquement ou au cas par cas sur vos comptes Facebook, Twitter et Tumblr. Chaque profil génère automatiquement un flux RSS/Atom contenant les statuts en mode public, auquel les autres utilisateurs peuvent s’abonner. Sinon, Diaspora* prend en charge le même système de @mentions et #hastags que Twitter.

Comme sur Facebook, chaque utilisateur possède un profil contenant ses informations et ses dernières publications, une page d’accueil avec les mise à jour de ses réseaux, une messagerie privée avec une adresse mail @joindiaspora.com et un système de notifications qui vous prévient des événements vous concernant selon vos préférences. Chaque statut peut évidemment être commenté

Le tout est assez sobre, facile à utiliser et entièrement en Français depuis peu.

Fonctionnalités

  • Publications :
    • (Re)Publication de statuts (microblogging), photos, liens, vidéos,
    • Formatage des publications (HTML markdown)
    • #hastags et @mentions supportés,
    • Fonction « j’aime »,
    • Gestion de « qui voit quoi » avec la publication par cercles (aspects),
    • Mise à jour de Twitter, Facebook, Tumblr via Diaspora*
    • Flux Atom pour chaque profil
  • Interface :
    • Épurée : accueil (mises à jour, actualités), profil (infos et mur), messagerie privée, pages de configuration. Point.
    • Pas de publicité,
    • Simple et intuitive,
  • Sécurité :
    • Serveurs décentralisés,
    • Possibilité d’héberger soi-même son profil donc ses données,
    • Chiffrement des données transmises par GPG,
    • Pas de tracking sauvage ni d’espionnage,
  • Divers :
    • Interface mobiles/smartphone,
    • Possibilité de suivre certains #hastags (veille),
    • Programmé en Ruby, API disponible (versionné sur GitHub)
    • Interface en Ajax,
  • À venir :
    • De nombreux modules d’extension,
    • VoIP (téléphonie par internet) et tchat,
    • Anonymisation des utilisateur avec Tor.

Conclusion

Diaspora* est encore un réseau social en test, et qui n’est pas encore doté de toutes les fonctionnalités d’un Facebook ou d’un Google Plus. Mais son principe est très prometteur, le projet évolue assez vite et de nombreuses extensions sont annoncées. Il a en tout cas le mérite de réinventer le réseau social en pensant d’abord à l’utilisateur.

Il n’y a pas encore grand monde dessus, je compte sur vous pour y créer votre profil. En ce qui me concerne, dès qu’il passe en béta (phase de debbugage), je ferme mon Facebook, mon Google Plus et mon Twitter et je passe entièrement sous Diaspora*. En attendant, voici mon profil : joindiaspora.com/people/96488.

Réseaux sociaux + Google

La jungle des réseaux sociaux s’est encore enrichie avec l’apparition de Google+. Il est de bon ton, dans la blogosphère, que chaque blogueur l’essaie et donne son avis dessus. C’est mon tour.

C’est officiel : j’en ai assez ! Assez de tous ces médias qui me pourrissent la tête d’informations dont 75% sont inutiles et/ou inintéressantes. Assez d’être assailli par ces flux continus de données qu’il faut traiter, analyser, et ingurgiter, quand on est un blogueur sérieux et qu’on surveille un peu ce qui se passe dans le petit monde des blogs, dans celui de la politique ou des nouvelles technologies où tout devient si vite obsolète que partir deux semaines en vacances à 1000 miles de la 3G et du wifi vous donne l’impression d’être devenu un dinosaure. Cf coreight.

Avec Google+, j’ai retrouvé le charme du Facebook d’il y a 4 ans (déjà !) : un cénacle peu mais bien fréquenté, où l’on prend ses marques et où l’on s’efforce de partager du bon. Ça ressemble furieusement à Facebook, le « j’aime » devient +1, la confidentialité est un peu mieux gérée, Buzz est intégré, mais globalement, rien de bien différent, si ce n’est qu’il promet de pouvoir gérer séparément la famille, les collègues et les amis en garantissant que les photos de beuvries ne finiront pas sur l’écran du patron.

Pas vraiment une révolution, en somme.

J’ai décidé de laisser tomber tout ça.

J’ai un blog, c’est mon moyen d’expression privilégié : réglé au millimètre, construit sur mesure après des centaines d’heures de travail, j’y fais et j’y raconte ce que je veux comme je le veux. Pourquoi continuer à perdre du temps sur les réseaux sociaux ? Pour surveiller la vie de contacts qui ne me disent même pas bonjour dans la rue ? Pour ne pas manquer la dernière vidéo à la con ?

Un petit programme nommé LinksAlpha se charge pour moi de mettre à jour Facebook, Twitter, Linkedin et Google Buzz en y publiant mes derniers articles. Autant que je n’aurai plus à faire, tout en permettant à mes contacts qui utilisent ces réseaux de continuer à me suivre.

Quant à moi, Mozilla Thunderbird configuré avec les flux RSS adéquats sera mon seul outil de veille et ira me chercher tout seul les articles des blogs que je fréquente. Je centralise, je cesse de m’éparpiller et de gaspiller un temps précieux, que j’espère investir dans certaines activités que j’ai cessé de pratiquer : la lecture (de vrais livres) en particulier.

Je crois que les choses les plus intéressantes sont en dehors des flux de données et de l’agitation artificielle du web, de cette rage, cette frénésie, d’informer et de s’informer pour mieux tromper son angoisse du lendemain. On tombe dans la culture du « toujours plus vite » qui rend la société inhumaine parce que son rythme, celui qu’on lui impose, est inhumain. Le retour aux fondamentaux et à l’essentiel, ça ne fait pas de mal.

Je conserverai Twitter, tout de même parce que j’aime les échanges qu’il permet, même si les 160 caractères autorisés sont assez frustrants. Et pour les contacts, on n’a jamais rien fait de mieux que les mails ou le téléphone, avec ses vrais amis.

Comme disait Pangloss, allons cultiver notre jardin… Bienvenue dans ma vie 3.0.