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Infographie : le design qui cache la paresse intellectuelle

Actuellement, sur le web, que l’on parle de blogs ou de sites de grands quotidiens nationaux, la mode est à l’infographie percutante, édifiante, signifiante. Rappelons que l’infographie, c’est une image présentant, ou plutôt mettant en scène, des statistiques variées en mélangeant les graphiques et les illustrations de type ClipArts 2.0.

C’est bien, c’est beau, c’est sexy, ça en jette, c’est synthétique et facile à lire. Au point que le Monde, dans la présentation de ses nouveaux objectifs intitulée Le Monde c’est déjà demain, la range dans la catégorie « Formats porteurs de sens » (page 22) :

D’autres exemples vus sur le web ces jours-ci :

Campagne municipale anti-Juppé des jeunes socialistes
Campagne municipale anti-Juppé des jeunes socialistes

Bulletin d'adhésion de l'ATD-Quart Monde

Bulletin d’adhésion de l’ATD-Quart Monde

Porteuse de sens, l’infographie ? Vraiment ?

Il est vrai qu’elle présente l’avantage de se lire facilement, d’aller droit à l’essentiel. Et de se prêter particulièrement bien à des usages propagandistes.

MAIS… L’infographie, ce sont des chiffres bruts, sans contexte. Ou plus précisément, avec un contexte factice. Présentez les mêmes chiffres bruts dans un tableau en noir et blanc, ils perdent tout impact. On se demande d’où ils sortent. Mettez de la couleur, des bulles, des symboles, des graphiques… On a l’impression d’avoir un contexte, même s’il est graphique et non sémantique.

Le danger de ce type de présentation réside dans le fait qu’on gobe le chiffre sans chercher à savoir comment il a été sorti : quel échantillon à été utilisé, quelle méthode statistique, quels paramètres ont été pris en compte, etc. Tout ce qui permet de juger de la validité de l’étude et du crédit à lui accorder, finalement. Et tout ce qui permet de la relativiser, entre autres.

Et précisément, l’objectif de ce type de média est la viralité : édifiante et lisible, elle incite au partage massif via les réseaux sociaux. Or on s’entend, l’infographie est partagée sortie de son contexte, si tant est que l’article dont elle est tirée développe d’avantage les statistiques affichées.

Son usage explose dans les média papiers et numériques, comme l’illustre le Monde, mais également les sites web qui proposent des outils de création de vos propres infographies. Mais gardons à l’esprit que l’infographie n’est pas porteuse de sens, pas plus qu’elle est une référence ou une justification : c’est un affichage creux, qui peut facilement dissimuler le manque de méta-données (tout ce qui indique d’où sortent les chiffres) derrière un design glamour.

On surfe avec brio sur la vague de la paresse intellectuelle d’un public hyper-connecté informatophage, en donnant l’illusion de démontrer quand on ne fait que montrer, en ménageant le temps de cerveau disponible d’un public qui zappe principalement d’un contenu chatoyant à un autre.

Méfiance, donc, avec les infographies. Tout ce qui est pré-mâché est suspect.

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