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Du mariage homosexuel et de l’ambiance en France

Vous m’auriez posé la question il y a 3 mois, je vous aurais répondu que le mariage « pour tous », c’est à dire aussi pour les couples homosexuels, je n’en avais rien, mais alors rien à faire. Ni pour ni contre, juste pas concerné et sans avis particulier.
Un vieux con. (Crédits Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)
Un vieux con. (Crédits Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)

Je suis en Amérique du Nord depuis 2 mois. Pour information, le Québec a légalisé le mariage homosexuel en 2002 et le gouvernement du Canada a suivi en 2005. J’ai suivi de loin les débats à l’Assemblée Nationale, où comme d’habitude, les députés ont perdu leur dignité, en bafouant par la même la dignité de la France. On a les élus qu’on mérite.

Pendant ce temps là, Maître Éolas, sur Twitter, nuançait en direct les propos des uns et des autres, rappelant les faits et le droit, avec une absence de passion qui faisait plaisir à lire.

Et aujourd’hui, je suis fondamentalement pour le mariage des homosexuels. Je précise que je suis aussi hétéro qu’il est possible de l’être, et que mon point de vue n’a rien à voir avec moi ou avec mon entourage, mais vient simplement d’une réflexion à froid, après un changement de décor qui force à la relativisation.

1. Qu’est-ce qu’on en a à foutre ?

Observons les choses sous un angle différent : légalisé ou non, le mariage des couples homosexuels ne changera pas la vie de millions de Français, pour qui tout restera exactement comme avant. Par conséquent, pourquoi s’y opposer avec tant d’acharnement quand des sujets plus graves requièrent toute notre énergie ?

2. un vrai statut pour les homos

J’ai commencé par mon argument le plus pauvre. Rentrons à présent dans le vif du sujet.

En dehors des discours politiques, des médias, de tout ce qui est de près ou de loin contaminé par la bienséance et/ou le politiquement correct, il y a en France un climat d’homophobie latent et consensuel. Je dirais même « de bon goût ».

Le Français moyen n’a rien de spécial contre les « pédés », mais il ne veut pas de ça chez lui, c’est tout. C’est le statut quo entre la tolérance et l’homophobie : il ne cassera pas la gueule au premier homosexuel qu’il croisera, mais il l’évitera prudemment. En société, ceci est même globalement admis voire valorisé, dans les milieux « moyens », c’est à dire éduqués mais sans plus (ce qui représente quand même une masse importante).

Donner le mariage aux homosexuels, c’est leur donner enfin une place et la reconnaissance qu’ils méritent. C’est les mettre au même niveau que les couples hétérosexuels. C’est graver dans le marbre — ie dans la loi — qu’ils sont des couples comme tous les autres. Et c’est peut-être, à terme, cesser de les voir comme une insulte à la nature ou comme anomalie, qu’on tolère de facto — parce que, vous comprenez, on n’est pas raciste — mais qu’on considère toujours avec une certaine condescendance. C’est peut-être enfin, d’ici une ou deux générations, changer durablement les mentalités à leur sujet.

On va invoquer la possiblité du PACS, en disant que ça revient au même et que c’est déjà bien assez. Mais la question n’est pas là, il ne s’agit pas de considérations administratives, mais de symboles et du regard de la société. Le mariage est un contrat civil, mais surtout un symbole fort et ancré. À côté, le PACS n’est qu’un bout de papier.

3. l’immobilisme des réactionnaires jansénistes attardés

Les arguments des défenseurs de la partie adverses sont assez affligeants. Les propos de l’archevèque de Paris, qui parle du premier pas effectué vers la levée des tabous que sont l’inceste et la pédophilie est le pire point Godwin jamais proféré de sang froid et démontre un cantonnement dans des traditions séculaires dépassées, mais confortables et rassurantes. Au fond, les contorsions des catholiques pour empêcher les changements me font penser à moi lorsqu’un des mes classeurs vient de s’ouvrir et que je préfère perdre ma dignité en rattrapant les feuilles au vol de façon grotesque plutôt que d’avoir à tout remettre en ordre par terre. Or c’est précisément cela qu’il va falloir faire : remettre en ordre, non pas nos feuilles mais nos valeurs, et ne pas hésiter à jeter les vieilles copies.

La France est en train de devenir un musée à ciel ouvert, empêtré dans des traditions que la force de l’habitude empêche de remettre en cause, et incapable d’évoluer. La France est un pays sans avenir parce qu’il n’y a personne pour l’imaginer. On ne fait plus de la politique, en France, on fait de l’administration des affaires courantes. On ne donne plus de direction, on pare constamment au plus pressé. Cf la remise aux calendes grecques de l’interdiction du double mendat.

Le peuple français est enfermé dans une schyzophrénie désopilante, vue de l’étranger : il réclame des changements auxquels il s’oppose systématiquement. On fait rire le reste du monde, c’est déjà ça…

Bref, quand les catho-facho-intégristes commencent à essayer de contaminer la morale civile avec leur morale religieuse, en application de la propagande qu’on leur répète depuis des siècles, ça sent toujours très mauvais. Un mec qui avale un rond de pain azyme en prétendant que c’est le corps du Christ, qui boit un coup de piquette en prétendant que c’est le sang du Christ, et qui relèche des vieux ossements parce qu’ils est persuadé qu’ils ont des pouvoirs magiques, s’il n’y avait pas 4 milliards de chrétiens dans le monde pour faire comme lui, on l’enfermerait.

Oui je sais, « toutes les croyances sont respectables » et préchi-précha… Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’une croyance qui rend des gens malheureux en refusant et en dénigrant leur nature profonde est nauséabonde. Surtout quand elle les cramait il y a quelques siècles…

Tout ça pour dire que faire des manifestations contre le mariage homosexuel, en faisant au passage un amalgame sans queue ni tête avec l’adoption, sur fond de « un enfant a besoin d’un père et d’une mère », alors que sur le plan pédopsychiatrique et scientifique, on n’a aucune certitude, mais simplement parce que certains sont assez obtus pour s’imaginer que la norme, c’est eux, c’est indécent.

Voyez ces photos de manifestation, c’est à gerber. Le mode catholico-rupin-coinçé-vieille noblesse-fin de race où l’on fait défiler les gamines en jupe plissée derrière des banderoles qui scandent des réalités qui n’ont jamais eu cours, ça me donne la nausée.

Un enfant a besoin d’un entourage sécurisant, et de personnes qui guident ses premiers pas dans la vie avec bienveillance. Point.

Un couple homosexuel n’est pas fertile, et alors ? Ce n’est pas comme si l’espèce était en voie de disparition. L’homosexualité n’est ni un choix, ni une maladie, c’est un état de fait. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faciliter la vie des homos en leur donnant les mêmes chances de bonheur qu’aux autres.

Conclusion

Une opposition nature vs. culture à la Rousseau ne tient pas debout simplement parce qu’il est impossible de distinguer les deux, l’homme vivant en société dès sa naissance. Les avancées de la neurologie, de la génétique et de la compréhension de la psyché humaine rendent de moins en moins péremptoire quant à l’existence et à la définition d’une « nature humaine », qui serait une sorte de norme rassurante qui condamnerait ceux qui ne remplissent pas ses critères à l’ostracisme dans la catégorie « déviants contre-nature ».

Dommage, parce que c’était pratique. Les catholiques, dont les ancêtres ont cramé du sodomite à tire-la-rigot, feraient bien de réfléchir un peu plus que 2 minutes avant de lâcher leur cri du coeur, tout droit tiré d’une foi aussi irrationnelle qu’anachronique, qu’ils se gardent bien de remettre en cause parce qu’on leur a dit que c’était mal, et parce que si ça a duré, c’est que cétait du solide.

Le mariage pour les homosexuels s’inscrit dans la lignée du droit à l’avortement et de l’abolition de la peine de mort : c’est un changement profond de notre société, une mutation, une révolution, et un pas de plus vers une rationnalisation nécessaire pour aller de l’avant et devenir un peu plus humains.

À une époque (pas si lointaine), les homosexuels étaient persécutés. On ne peut pas dire qu’ils soient encore bien acceptés partout (à commencer par l’armée française). Mais, bon dieu, quel est leur crime ?

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