Royal Affair, le film à voir ce mois-ci !

C’eût put être une romance à l’eau de rose, ou un conte philosophique niais commis par cet imbécile de Voltaire, mais non. C’est encore un beau film de cette fin d’année 2012.

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Au XVIIIe siècle, dans le Royaume du Danemark arrive la futur reine, qui n’est encore qu’une noble anglaise, pour épouser le roi. Elle est cultivée, lit les philosophes, mais la plupart des livres qu’elle amène avec elle lui sont confisqués à son arrivée car censurés au Danemark.

Et puis elle découvre son mari, le roi fou, fantasque et grandiloquent, fait pour le théâtre mais pas pour la politique. Un homme faible, sans volonté, que la noblesse manipule pour servir ses intérêts.

À la faveur d’un voyage en Europe, on lui assigne un médecin, le docteur Struensee, fils d’un pasteur allemand et libre penseur. L’homme est intelligent, il comprend le roi, devient son ami, son confident, son homme de confiance.

Au retour du roi au Danemark, la reine fait la connaissance de cet homme, avec qui elle partage des lectures subversives et des idées avant-gardistes. Et puis arrive ce qui devait arriver entre un homme et une femme qui vibrent à l’unisson.

Ensemble, ils vont utiliser l’emprise de Struensee sur le roi pour faire passer des réformes audacieuses, égalitaristes, libertaires, qui sont très mal vues par la noblesse, d’autant plus que Struensee est roturier. La gratuité de l’instruction, un semblant de protection sociale et surtout la taxation de la noblesse sont des premières européennes.

Le combat est épique, et l’issue funeste. C’est beau, c’est grand, c’est triste.

Les acteurs sont excellents, la mise en scène irréprochable, on passe un grand moment. Le film n’est pas spécialement joyeux, mais pas pessimiste pour autant.

Vous devez absolument aller voir Royal affair.

Argo, un film qui ne vous laissera pas respirer

Argo, le dernier film de Ben Affleck est une merveille. Il semble que les salles obscures soient décidées à nous combler, cet hiver.

Argo, de Ben Affleck

Synopsis

Le 4 novembre 1979, en pleine révolution iranienne, des militants iraniens prennent d’assaut l’ambassade des États-Unis. Les révolutionnaires font alors 52 otages, mais 6 diplomates parviennent à s’enfuir et à se réfugier à l’ambassade du Canada. 6 diplomates qu’il va falloir exfiltrer d’un pays où les frontières et les aéroports sont soigneusement gardés.

Tony Mendez, spécialiste de l’exfiltration de la CIA monte alors un plan totalement délirant, osé, risqué, mais sans alternative plus sérieuse.

Critique

Basé sur une histoire vraie, fidèle aux documents d’époque, on pourrait s’attendre à tomber dans le documentaire. Et bien non.

Le scénario est irréprochable, étant en grande partie réel. On évite donc à la fois l’effet « comme par hasard », avec des rebondissements un peu gros, et l’effet « post-it », avec un scénario tenant en 3 lignes. C’est assez agréable.

Mais la vraie bonne surprise de ce film est qu’il vous colle à votre siège : aucune longueur, de l’action juste ce qu’il faut, un suspense au bord de l’angoisse, de l’adrénaline, quelques moments de cynisme bien placé, et au final une belle histoire d’hommes pris dans la grande Histoire, servie par des acteurs excellents d’un bout à l’autre.

Ça décoiffe.

Quand YouTube décide de m’emmerder

Je suis pianiste. Si vous ne le saviez pas, il est encore temps d’aller écouter La Gazette Radio ou de regarder La Gazette TV.

Et comme de nombreux musiciens, j’enregistre certaines de mes interprétations que je poste sur YouTube. Pour ce faire, j’utilise un appareil photo pour la vidéo en HD 720 et un home studio complet (3 micros + carte son externe) pour le son stéréo, ce qui fait un total d’environ 800 € de matériel.

Avant même de songer à monétiser mes vidéos, elles ont été plusieurs fois identifiées à tort comme contenu sous droits d’auteur : le robot de Youtube m’a ainsi pris pour Horowitz ou encore pour Barenboïm. J’ai contesté à chaque fois ces identifications abusives (bien que flatteuses), et obtenu gain de cause. En effet, des oeuvres tombées dans le domaine public n’appartiennent qu’à leur interprète, ici c’est moi.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, si une de vos vidéos YouTube contient du contenu soumis au droit d’auteur, les ayant-droit sont en capacité de demander la monétisation de votre vidéo pour leur compte (ie de la publicité dans votre vidéo dont les royalties ne terminent pas dans votre poche). Ce qui est normal, en soi. Mais hors de question pour moi qu’une major se remplisse les fouilles avec mon travail, puisque je suis le seul ayant-droit.

Là où ça se corse, c’est depuis l’activation de la monétisation des vidéos de Youtube sans passer par la plateforme Google Adsense. Là, les identifications abusives se sont multipliées, et j’ai du faire opposition entre 2 et 4 fois sur toutes les vidéos. Aujourd’hui, j’ai même dû déposer mon premier appel contre une société Allemande qui m’a pris pour Rudolf Serkin et qui ne veut pas en démordre.

Captures d’écran choisies : (cliquez sur les miniatures pour agrandir l’image)

Vous noterez quand même la sonate de Mozart, identifiée à une sonate contenant un numéro « BWV 1001 », c’est à dire identifiée comme une partita pour violon de Bach (BWV = Bach-Werke-Verzeichnis = catalogue des oeuvres de Bach).

Alors pourquoi je pète mon câble aujourd’hui ?

1. Je suis auteur-éditeur de contenu multimédia

Et on m’empêche de travailler. Je dois régulièrement perdre du temps à défendre mon pré carré simplement pour avoir le droit de publier. Et je dois faire valoir mes droits à chaque fois qu’une major m’attaque, même sans raison.

2. Les systèmes d’identification automatiques sont foireux

Et pourrissent la vie de gens comme moi. Parce que j’ai beau avoir investi dans du matériel, mon son n’a rien d’un son CD made in studio, je fais quelques fausses notes, et… pas besoin d’être mélomane pour entendre que je ne suis ni Horowitz, ni Serkin…

3. YouTube/Google abuse de sa position dominante

Le jeu est clairement inégal : il suffit qu’une société de gestion des droits d’auteurs récrimine pour que ce soit moi qui aie des comptes à rendre sur mon travail, car ce n’est pas la société en question qui est contrainte d’apporter la preuve que mon contenu est bien sous sa coupe, avant de poser sa réclamation chez YouTube. Je n’ai aucun moyen de me protéger durablement de ces abus, et YouTube mange dans la main des majors en prenant les petits en otages.

Car en attendant que ces emmerdeurs daignent examiner mes oppositions et appels, mes vidéos sont suspendues du programme de monétisation. Mes 8 vidéos publiées pèsent, mises bout à bout, près de 3000 vues. Ce n’est pas extra-ordinaire, mais en terme de bénéfice potentiel, ça paierait la Gazette pour 6 mois…

De plus, Google n’est pas contactable directement, et l’on doit s’adresser à des formulaires.

4. YouTube et moi avons besoin l’un de l’autre

Youtube fournit un service gratuit d’hébergement de vidéos. En soi, c’est donc de la prestation de service gratuit. Elle permet à de petits créateurs de partager leurs créations.

Sauf que, autour des vidéos publiées, il y a pas mal de pub, dont les bénéfices vont dans la poche de Google. Vous allez me dire : « normal, ils paient ta bande passante et ton espace de stockage ». Oui, mais YouTube, comme tous les services Google, est devenu une grosse machine à cash… que les créateurs alimentent en contenu. Du coup, qui fournit le service à qui ? Celui qui alimente la plateforme en contenu monétisable ou celui qui permet aux créateurs de diffuser ?

On est dans le paradoxe « je travaille pour payer ma voiture mais j’ai besoin de ma voiture pour pouvoir travailler »… C’est une interdépendance, dans le principe. Parce que YouTube sans utilisateurs, ça devient MySpace et ça ne sert plus à rien. Mais dans les faits, c’est un gros rapport de force en faveur de Google.

Ça ne serait pas bien grave s’ils se la jouaient comme Apple, façon capitaliste assumé et décomplexé. Mai quand on joue les cavaliers blancs, avec des slogans comme « don’t be evil », faut pas déconner…

God bless America, ou Mort aux cons !

Si vous étiez atteint d’une tumeur incurable au cerveau, que votre mariage avait abouti à un divorce, que votre fille unique refusait de vous voir, que vous vous faisiez virer de votre boulot pour motif de harcèlement sexuel après avoir simplement envoyé des fleurs à une collègue qui venait de passer une journée difficile, que feriez-vous ?

Ajoutons au tableau que vos voisins sont d’insupportables beaufs impolis qui ont mis au monde une sirène d’alarme en lieu et place de bébé, que vous souffrez de migraines épouvantables et d’insomnies.

Et puis, là, vous vous rendez compte de la déliquescence des média qui ont érigé la méchanceté et la frivolité en nouveau credo, transformant grâce à la télé-réalité d’insupportables prétentieux en stars…

Franck, lui, a choisi son camp : il va exterminer la plus insupportable pétasse passée sur toutes les chaînes ces 48 dernières heures, avant de mettre fin à ses jours. Enfin, d’essayer. Car, en commettant son forfait, il va rencontrer Roxy, lycéenne délurée tout aussi désenchantée par son époque.

À deux, ils vont procéder à l’extermination par balle de tous les « méchants » made in USA : homophobes, journalistes, membres du tea party, antisémites…

Un film qui évite bien des écueils

Un tel sujet, une telle situation initiale… Il y a de quoi tomber dans les poncifs, le pathos, le larmoiement latent. Et bien non. Le film se joue des codes du genre, en adoptant un point de vue résolument décalé.

Malgré quelques moments plus graves, quelques critiques bien placées (mais parfois un peu trop entendues et convenues), le film n’a pourtant pas vocation à être un pamphlet. Ce dont on lui sait gré.

C’est drôle, c’est frais, c’est tordu et délirant. C’est une vengeance collective, un « mort aux cons ! » généralisé et salvateur, qui fait rire et qui fait catharsis. C’est un bon moment sans prise de tête.

God Bless America

Un film à voir en VO, autant que possible…

Skyfall, ou James Bond réinventé

Après 50 ans d’histoire de la franchise Bond, force est de constater que le dernier opus est une réussite, et que le genre a su brillament se réinventer.

Skyfall

Je suis depuis toujours un grand fan de James Bond, mais pas pour les raisons qu’on peut croire… D’abord, je fais partie des lecteurs de Ian Flemming, et j’essaye de convertir les pro comme les anti James Bond version cinéma à ses origines littéraires, beaucoup plus fines, plus psychologiques, et plus crédibles.

Ensuite, je regarde les épisodes antérieurs aux années 2000 en me bidonnant, tant les détails pas crédibles, l’excès de gadgets, la diabolisation outrancière du communiste, les supers méchants supers ridicules et les filles qui tombent trop facilement dans son lit donnent un résultat à la limite de la parodie.

Habitué donc aux Bond classiques, j’ai eu du mal avec le choix de Daniel Craig, dont les allures de brute épaisse évoquent plutôt les méchants du KGB que le Commander un rien aristocratique de la vieille Angleterre. Et pourtant…

Après 3 épisodes avec Daniel Craig, on a l’impression que ce nouveau James Bond a su trouver son rythme de croisière, dans un Bond beaucoup plus crédible, plus profond, plus complexe, plus sombre et… plus humain que ses prédecesseurs.

Il faut dire que le contexte a beaucoup changé : la Guerre froide est un lointain souvenir, qui n’évoque rien d’autre qu’un cours d’histoire pour tous ceux de ma génération. La lutte OTAN/URSS qui a fait les grandes heures de la franchise n’est donc plus au goût du jour. À ce titre, la reconversion dans l’anti-terrorisme de Bond est bien vue.

Les codes du genre ont donc été bien dépoussiérés, avec un abandon des gadgets à Q, qui étaient allés franchement trop loin auparavant, une révision de tous les aspects franchement misogynes de la série, où la femme passait quand même clairement pour une cruche sans volonté qui finirait dans le lit de James de toute façon. Avec un regret, toutefois, qui est que les derniers opus flirtent dangereusement avec le polar noir, privilégiant l’aspect « enquête » à l’aspect « infiltration/renseigement ».

Skyfall est donc une réussite, mais également un tournant. On y sent un tiraillement entre les anciennes et les nouvelles méthodes (qui est un élément clé de l’intrigue), un changement radical mais également un retour aux sources, et de nombreuses allusions (y compris sur le registre de l’auto-dérision) au passé de la série.

Les effets spéciaux du début du film sont proprement inédits et époustouflants. La bande originale d’Adele est de très bonne facture (ce qui n’a pas toujours été le cas, sur les épisodes des années 1980-90). Le film réinvestit donc les codes du genre (scènes de casino et smoking de rigueur), en usant régulièrement d’anti-clichés, mais en tombant tout de même dans quelques écueils de « comme par hasard », tout en mettant l’accent sur l’action. On notera l’absence quasi totale de scènes érotiques, se limitant à deux baisers langoureux dont on devine aisément la suite, dans des plans beaucoup plus courts et plus sobres que ce à quoi nous avait habitué 007. De plus, la musique caractéristique de tous les films se fait relativement discrète sur celui-ci, ce qui contribue peut-être à en changer l’ambiance.

Ceci dit, James Bond reste l’incarnation de l’élégance masculine à toute épreuve. De ce côté là, aucune raison de changer une recette qui fonctionne. Il conserve – mais avec d’avantage de sobriété – son côté ironique un rien fanfaron, mais l’on ne verra pas Daniel Craig, à l’image de Sean Connery, picorer quelques grains de raisin dans la coupe de fruits, avant de sortir de la chambre d’hôtel du méchant.

De nombreux changements de personnels sont à prévoir au MI6, avec l’entrée de jeunes blancs becs qui n’est pas sans provoquer des frictions avec les anciens jugés dépassés (mais encore efficaces) et surtout un retour aux sources pour 007 sur fond de plongée dans le passé gênant de M.

Bref, Skyfall est un excellent moment de cinéma que je vous recommande, et qui saura séduire un public beaucoup plus large que les épisodes antérieurs aux années 2000.

Extraits

Bande originale d’Adele, d’une rare élégance, dans la tradition des BO de James Bond, mais avec ce petit truc en plus.

Bandes annonces


Respectez mon espace de sécurité !

Une brève rapide pour m’énerver tout seul contre les connards qui me font des queues de poisson chaque jour sur l’autoroute, ou me dépassent pour se rabattre immédiatement devant moi, quand ils ont encore 100 m d’espace libre devant.

Bref, je me suis amusé à calculer la distance et le temps d’arrêt nécessaire à un véhicule pour passer de sa vitesse initiale à une vitesse nulle (arrêt). Oui, je fais de la mécanique dans ma vie.

Distance d’arrêt en fonction de la vitesse sur route sèche
En rouge : distance basse (véhicule haut de gamme)
En bleu : distance haute (véhicule bas de gamme)
En jaune : temps d’arrêt (véhicule bas de gamme).

Alors, qu’en conclure ?

  • À 110 km/h, il faut entre 115 et 140 m pour s’arrêter, en 17 secondes,
  • À 130 km/h, prévoyez entre 150 et 165 m, en 21 secondes,
  • L’augmentation des distances d’arrêt n’est pas proportionnelle à la vitesse (sinon, on aurait des droites). Ex : en passant de 50 à 60 km/h, on augmente de moins de 15 m. En passant de 130 à 140 km/h, on augmente de plus de 30 m.

Précisons que les bandes blanches, sur le côté de l’autoroute, mesurent 39 m et sont séparées de 13 m. Laisser 2 bandes blanches d’intervalle entre vous et la voiture de devant (comme recommandé fréquemment) revient à laisser seulement 91 m…

Alors respectez ces foutues distances de sécurité, nom de Dieu ! C’est quand même pas compliqué !

N.B. : Je précise que je n’ai rien à voir avec la Prévention routière.

Pour la mort pure et simple de l’enseignant-chercheur

CC Flickr – Ben110

Je suis en colère. Pas cette colère éclatante et grandiose, qui galvanise la foule et peut parfois émouvoir les ministères. Non, je suis dans une colère sourde et froide, qui commande la destruction et la vengeance. Quand nulle réparation ne peut être envisagée, il faut se résoudre à détruire.

Je suis en colère contre l’enseignant-chercheur, fonctionnaire de l’Éducation Nationale. Celui qui officie en milieu universitaire, et plus encore dans les filières techniques.

Ce personnage infâme, qui vient en cours forcé par un système qui lui demande de transmettre le savoir qu’il créé dans le fond de son laboratoire, assurant par dessus la jambe des heures d’amphi, de TD ou de TP pour des étudiants dont il n’a cure. Car des étudiants, il y en a cette année, comme il y en avait l’année passée, et comme il y en aura l’année prochaine. Ils sont mauvais, ils n’ont jamais le niveau, ils ne sont pas intéressés, et ça ne fait qu’empirer avec le temps.

Ce sont comme des têtes de bétail qu’on voit passer dans un abattoir, sans cesse suivies par d’autres. Des quantités négligeables par rapport à l’enseignant, unique, en poste pour 40 ans, sans remise en cause, sans évaluation, sans contrôle, sans inquiétude sur son emploi, sans autre préoccupation que celle de publier deux papiers scientifiques par an pour justifier de son activité de recherche.

Mais de justification de son activité d’enseignement, il n’y en n’a point. Il peut torcher des cours sans queue ni tête, en dépit du bon sens, catapulter des notions et des formules sans une once d’explication, pondre des examens au dessus du niveau auquel il prépare ses étudiants et mettre tous les ans les mêmes notes inquiétantes, personne ne s’en émeut. Personne ne l’évalue. Il est seigneur dans sa salle de cours, mandarin à l’égo délicat, habitué à ce qu’on l’approuve et non à ce qu’on le remette en cause. Il est docteur d’État, donc il a raison. Donc il n’a pas à être évalué sur ses capacités de pédagogue, ni par ses pairs ni par des professionnels, comme c’est pourtant le cas partout dans le monde. Mais pas en France.

Il forme de futurs professionnels, employés dans l’industrie, lui qui est sorti de la fac pour rentrer dans un labo. Il fait des cours sans contexte, des cours inefficaces, témoignages de son absence de culture industrielle. Il pense étude et réflexion, quand le monde « réel » pense problématiques et solutions. Il se masturbe le cerveau devant public, sans jamais donner la réponse à la question que tout le monde se pose : « à quoi ça sert ? ».

Et lorsqu’on lui pose une question, il répond avec des maths. D’autres équations pour expliquer les équations. Une formule est pratique pour dissimuler son ignorance, son incompréhension ou son incapacité à s’adapter au niveau de son interlocuteur. Il suscite la perplexité et l’incompréhension. Mais au fond, souhaite-t-il être compris ? Ses partiels ne sont que des séances de vomissement de cours ou de TD appris par coeur, visant à recracher des méthodes et des exercices types, en espérant que le monde professionnel soit lui aussi fait de méthodes types, pour que tous s’en sortent sans comprendre pourquoi ils font ce qu’ils font.

Il se plaint du niveau qui baisse, sans rien faire pour le relever. Et quand le volume sonore monte dans l’amphi, il déplore le manque d’intérêt des étudiants, sans envisager le fait qu’au bout de quelques dizaines de minutes d’incompréhension de son spécieux verbiage, il faille bien combattre l’impression d’être devenu idiot la veille.

Il joue volontiers les conseillers d’orientation, pour majorer son importance et bouffir son orgueil, mais il découvre parfois par un étudiant une filière où peuvent postuler les futurs diplômés qu’il forme. Les conseils d’orientation qu’il distille ne mènent qu’aux filières qu’il connaît, visant à envoyer les bons éléments à ses potes profs, et il ne cherche pas à se renseigner d’avantage sur les cursus où peuvent s’orienter ses étudiants. Qu’est-ce que cela lui apporterait ?

Il met les notes qu’il veut, et place la barre où il veut pour ses examens, suivant son humeur. Pour cette raison, il est tout à fait hypocrite de s’imaginer qu’un DUT obtenu à Metz, à Annecy ou en région parisienne ait la même valeur. C’est pourtant le présupposé fallacieux des écoles d’ingénieurs recrutant sur dossier en IUT.

Il ne se remet pas en cause, il ne cherche pas à améliorer ses cours, à les enrichir, à en revoir l’ordre logique. Pour quoi faire ? Pour un enseignant-chercheur français, du temps bien investi est du temps de recherche. Du temps qu’on peut valoriser vis à vis de sa hiérarchie. L’enseignant-chercheur est fonctionnaire, donc indévissable de son socle, et il en profite. Certains avouent volontiers, en privé, considérer leur temps d’enseignement comme du « temps perdu ». Et comme ils n’ont aucun compte à rendre sur leurs activités pédagogiques, tout le monde est satisfait.

Tout le monde, sauf les étudiants, formés par dessus la jambe, validant tant bien que mal des modules auxquels ils n’ont rien compris. Mais s’ils se risquent à une suggestion ou à une remarque, susceptibles d’améliorer la formation, on leur rit au nez, on leur explique pourquoi ce n’est pas possible, en attendant la prochaine promo qu’on espère moins casse-couilles.

En France, les filières scientifiques n’ont pas la cote, car jugées « trop difficiles ». Effectivement, lorsqu’il faut tout comprendre par soi-même sans pouvoir compter sur l’enseignant, voire presque refaire ses cours soi-même, il y a de quoi rebuter. Surtout quand les salaires après le diplôme sont ridicules, à niveau égal, par rapport aux professions commerciales et financières.

Mais il faudrait tout de même se poser les bonnes questions, et cesser de se trouver constamment des excuses.

Seul un professionnel peut former des professionnels. Un professeur ne peut former que d’autres professeurs. L’enseignement est un milieu consanguin fait de gens qui n’ont pour la plupart jamais appliqué ce qu’ils enseignent. Un chercheur n’a pas sa place dans la majorité des filières scientifiques, et devrait être remplacé dans bien des cas par un industriel, manipulant les mêmes notions et les mêmes concepts, mais dans l’optique de résoudre des problèmes, et non dans celle d’avoir traité son programme.

Ensuite, les formations du premier cycle supérieur, de par leur caractère « standard » (licences générales, DUT, licences professionnelles, hors options exotiques), devraient être harmonisées et faire l’objet d’un examen national dont les sujets et les critères d’évaluation seraient communs à tous les établissements, comme cela se pratique en BTS et au BAC. L’autonomie des universités est une idiotie encourageant chacun à faire sa cuisine dans son coin, au détriment des étudiants. Il serait temps de donner un sens aux diplômes en mettant tout le monde sur le même pied d’égalité, en évaluant de la même manière sur l’ensemble du territoire.

Mes deux années à d’IUT m’ont appris qu’on pouvait être un crétin diplômé d’un BAC+8, se croire sorti de la cuisse de Jupiter en étalant sa mauvaise foi, le tout en se gargarisant d’un titre, n’importe lequel, du moment que c’est joli sur la carte de visite. Et en envoyant promener tout ce qui pourrait tirer la formation vers le haut, parce que c’est toujours trop compliqué à mettre en oeuvre et qu’on ne s’adresse jamais à la bonne personne…

J’ai été élu représentant des étudiants, j’ai donné mon avis, j’ai émis des suggestions, j’ai fait remonter les remarques de mes camarades. J’ai tenté d’apporter ma pierre à l’édifice pour améliorer les choses. Mais je n’ai été qu’une potiche de plus, faussement consultée. On a répondu à mes arguments par des attaques ad-hominem, sans chercher le vrai dans ce que je disais, car au fond, le vrai problème c’est celui qui énonce les problèmes. L’argument de la dernière chance a été déplorable : si je n’étais pas content, je n’avais qu’à choisir une autre filière.

J’ai renoncé à changer les choses. La seule solution consiste à licencier en masse, ou à envoyer les profs à l’usine. On ne peut pas changer les choses avec un lobby enseignant aussi puissant, et avec tant de mauvaises habitudes ancrées. Quoi qu’on en dise, un prof est d’abord un privilégié,  et il entend le rester. Il y a tout à reconstruire, parce qu’on ne peut plus remettre de pansements sur notre jambe de bois, mais pour cela, il va d’abord falloir couper la jambe…

Si j’ai un bon conseil à donner à mon lecteur, c’est de bien se renseigner sur l’université où il compte mettre les pieds. Si certaines ont chaque année d’avantage de difficultés à remplir leurs promotions, il y a une bonne raison à cela. Et ce n’est pas moi qui redorerais leur réputation, car pour quelques personnes motivées et impliquées, il y a tout de même une belle brochette de bras cassés. Certains sont certes des scientifiques brillants, mais ce paramètre concerne uniquement leur directeur de recherche, et en aucun cas leurs étudiants.

Pour moi, l’avenir n’est plus en France. Je n’ai plus rien à faire dans un tel pays. Je ne vais pas passer ma vie à me battre contre un système hérité de Napoléon, après lequel tout le monde gueule, mais qui continue à se dégrader irrémédiablement, au milieu des querelles d’ego de petites gens. Il semble en effet que j’aie une vision du bien commun qui soit un peu démodée…

Que les Français continuent à se plaindre, c’est ce qu’ils font le mieux. Moi, je rêve d’un pays avec des moyens, et des gens qui veulent construire.