Sauvons les orgues !

Il fait déjà beaucoup de bruit en soi, mais il est peu vraisemblable que l’orgue ne donne à Paris lieu aux débats les plus virulents entre NKM et Anne Hidalgo, même s’il semblerait qu’il soit encore plus mal en point que l’électorat conservateur.

Les liturgies catholiques sont infiniment chiantes, sauf à Saint-Nicolas-du-Chardonnet où il faut bien que les chants en latin viennent envelopper de myrrhe et de voix cristallines les innombrables appels à la haine. Aussi il est presque compréhensible qu’on puisse faire jouer du Bach lors des obligations catholiques dominicales sans risquer l’excommunication, quitte à reconnaître le sens du rythme qu’avait Luther en faisant chanter deux où trois des tubes de la Réforme. 

L’orgue préoccupe outre-manche

The Guardian Weekly a la bonté de se préoccuper cette semaine de ce qui permettra  d’infliger les grandes toccatas et fugues aux paroissiens fatigués de leurs longues marches braillardes dans les rues parisiennes: il traduit cette semaine dans ses colonnes un article du Monde intitulé « Les orgues refusent de jouer leur requiem » portant sur l’état des orgues en France et particulièrement sur ceux de la ville de Paris. On peut en effet y apprendre que c’est « la collectivité publique qui possède le plus d’orgues au monde ».

Copyright Flickr - User Zoreil
Copyright Flickr – User Zoreil

Et depuis la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, c’est à ce dernier que revient la charge de patrimoine un peu particulier que sont les orgues. Mais le fait qu’ils soient toujours fortement connotés curés, perçus comme un peu chiant et que les municipalités ont peut-être d’autres postes de dépenses qui peuvent apparaître plus utiles, ils sont laissés à l’abandon. Les budgets qui y sont affectés à Paris ont fondus de moitié depuis 2000, dans un contexte de multiplication par 2,5 du budget global de la municipalité.

Reconnaissons tout de même que c’est chiant

D’accord, Bach est un génie, notre père à tous et l’inventeur du Jazz (et du Rock par voie de conséquence). Même Cioran, nihiliste d’entre les nihilistes, était prêt à s’incliner devant la transcendance divine après l’avoir entendu: 

Quand vous écoutez Bach, vous voyez germer Dieu. Son œuvre est génératrice de divinité. Après un oratorio, une cantate ou une « Passion », il faut qu’Il existe. Autrement toute l’œuvre du Cantor serait une illusion déchirante… Penser que tant de théologiens et de philosophes ont perdu des nuits et des jours à chercher des preuves de l’existence de Dieu, oubliant la seule…

Certes à force d’aphorismes le philosophe aura tout dit, et de plus il se met à considérer la musique du grand Johan non plus en tant que telle mais comme un système. Mais enfin, voir celui qui s’exclamait qu’il « est vain de se tuer puisqu’on se tue toujours trop tard » trouver du supra-sensible chez un protestant saxon, ce n’est tout de même pas banal.

La seule fois où il m’est arrivé une expérience mystique en écoutant de l’orgue ce n’était cependant pas le cul balançant sur un prie-Dieu agonisant dans l’obscurité humide de vieilles pierres consacrées, mais par magnifique soir de juin où les rues vides de Nancy dans lesquelles j’errais n’étaient emplies que des grands soufflements psychédéliques de l’orgue de la cathédrale dont les portes étaient grandes ouvertes.  Dans toutes les autres situations, ça m’emmerde et je trouve insupportable le nombre indécent de notes que ce truc est capable de produire simultanément.

Son utilisation au cinéma pour faire musique et bruitages en direct change peut-être la donne espèrent Marie-Aude Roux et de François Wegel, les auteurs de l’article, mais bon, seuls quatre orgues, bientôt cinq, sont encore utilisés en France à cette fin.

Quand bien même: 7 raisons de sauver Willy

Marie-Claire Alain, immense organiste qui nous a quitté cette année en est une. La voici jouant la Fantaisie en Sol Majeur BWV-572 de Bach dont le premier mouvement joué en boucle pendant dix heures, selon le format bien connu des you-tubers, est une puissante arme de destruction psychologique. Et notez accessoirement ce marquage jazzy du contre-temps.

Une autre est ce mélange aussi délicieux qu’improbable entre accords chromatiques, musique pop et accents médiévaux, j’ai nommé les Litanies de Jehan Alan, toujours par la même interprète.

Aussi impensable que cela puisse paraître, l’accouplement entre un compositeur américain et un tuyau d’orgue, deux choses à peu près aussi subtiles que le yodel bavarois, permet d’obtenir une véritable grande œuvre musicale: la symphonie pour orgue et orchestre d’Aaron Copland crée en 1924.

L’orgue Hammond suffit à pardonner à son grand frère acoustique toutes les crucifixions dépressives qu’il a complaisamment joué. Illustration avec le Swing à Pleyel de Jimmy Smith en 1969 et ensuite le solo d’orgue de Jon Lord qui débute à 3:14 dans cette version live en 1972 de Highway Star de Deep Purple.

The Animals sont l’une des preuves que le rock de 60’S ne serait rien sans l’orgue électronique. Regardez plutôt l’utilisation du Vox Continental dans the House of the Rising Sun, en ostinato aussi bien qu’en solo à partir de 1:45.

Et enfin puisqu’on en est à parler religion, finir avec Stevie Wonder sur son Clavinet Hohner dans Superstition semble indispensable.

 

Vous pensez tout connaître? 10 Films et Séries à voir.

En ce moi de Mai tout gris et tout pourri, du moins en Métropole, je vous offre un petit florilège d’œuvres pour égayer vos journées.
House of Cards
House of Cards

Mon idée était de vous proposer des films et séries que vous pourriez ne pas connaître : exit donc les Forrest Gump et autres Game of Thrones. Bien que ces exemples soient des chefs d’œuvres dans leur genre, ce n’est pas le message que j’ai envie de passer : le maître mot sera « Découverte ». 

[box id= »info »]Les notes sont tirées de l’Internet Movie Data Base (IMDB).
[/box]

Séries

How not to live your Life

(2007-2011) 3 saisons, Terminé. IMDB : 7.8/10

C’est une série comique anglaise qui raconte la vie de Don. Il vient d’hériter de la maison de sa grand mère et d’un paquet de dettes. Pour commencer à les payer il décide de chercher une colocataire. Le pitch ne fait pas vraiment rêver mais vous trouverez avec Don un personnage attachant par sa stupidité, son manque de savoir vivre. Il vous expliquera « Comment rater sa vie ».

Community

(2009-?) 4 saisons, en cours. IMDB : 8.7/10

C’est la vie d’une bande de personnes d’ethnies et d’ages différents dans un community college aux États Unis ( collège ouvert à tous ). C’est une série comique très porté sur les stéréotypes télévisuels et la culture pop. Ouvert à tous il fera rire principalement les gens qui sauront repérer ces allusions. On s’arrêtera tous de mémé à la 3eme saison, le départ ( forcé ) du créateur aura fait beaucoup de mal à la série.

Arrested Development

(2003-2013) 4 saisons, en cours. IMDB : 9.2/10

La série raconte la nouvelle vie d’une famille devenue riche grâce à l’entreprise montée par le grand père mais qui a presque tout perdu quand un scandale à éclater. Il s’agit là encore d’une série comique. Entre les caprices de toute la famille et la solitude du héros qui doit relancer l’entreprise seul, vous trouverez une famille atypique à mourir de rire. Pour la petite histoire, cette série a lancer la carrière de Jason Bateman et Michael Cera. Après une longue absence, une 4ème série a été tournée et devrait se terminer par un film dans les années à venir.

Hannibal

(2013-?) 1 saison, en cours. IMDB : 8.4/10

Comme son nom l’indique, ce n’est pas une série comique, elle retrace bien entendu l’histoire d’Hannibal Lecter. La série se place avant « Le Dragon Rouge » et met en scène le même héros : Will Graham. Hannibal est d’ailleurs joué par Mads Mikkelsen et autant vous dire qu’il n’a pas à rougir face à Anthony Hopkins ! Une série de qualité, avec des scènes parfois suggestive, elle vous donnera faim.

House of Cards

(2013-?) 1 saison, en cours. IMDB : 8.9/10

Sans conteste la série de l’année 2013, vous en avez même déjà entendu parlé. Porté par un Kevin Spacey au plus haut de son œuvre, c’est l’histoire d’un sénateur américain qui escalade la chaîne alimentaire sans épargner ses adversaires. La série est filmée de manière intéressante avec pas mal « d’apartés en direct » ( il faut voir au moins le trailer pour comprendre). Explorant les dessous de l’administration américaine, elle détrône sans difficulté Homeland qui avait déjà mis la barre très haute.

Et pour aller encore plus loin: Luther, Jekyll,  Da Vinci’s Demon, Firefly…

Films

Side Effects

(2013) de Steven Soderbergh avec Jude Law, Rooney Mara, Channing Tatum et Catherine Zeta-Jones.

IMDB : 7.2/10 (SCANDALE)

Le psychiatre docteur Banks ( Jude Law ) donne à sa patiente Emily ( Rooney Mara) un nouveau médicament très efficace mais avec un certain nombre d’effets secondaires. Une etrange affaire s’ouvre alors, plongeant le Dr Banks au cœur d’un scandale national. Un scénario béton avec des acteurs brillants, ce film est une pépite passée un peu trop inaperçue. Mention spéciale pour Rooney Mara.

The Boondock Saints

(1999) de Troy Duffy avec Willem Dafoe, Sean Patrick Flannery, Norman Reedus.

IMDB : 7.8/10

Le scénario est simple : deux frères décident, par un élan religieux, de purifier la ville de la mafia Italienne et Russe. Un film d’action sans fioritures qui vous fera passer un très bon moment, le tout agrémenté de quelques blagues justement placées.

Sucker Punch

(2011) de Zack Snyder avec Emily Browning

IMDB : 6/10 ( mouais, sévère )

Attention, petit plaisir personnel, pas pour les jolies filles présentes dans le film mais pour la beauté du film. A regarder en HD ! Bien que dans la même lignée, je l’ai trouvé encore plus impressionnant que 300 et Watchmen. Certains ( la plupart ) trouve le scénario pipeau et voient le film comme une manière de mettre des minettes en mini jupes et assouvir le fantasme geek de base, on a du mal à leur donner tort. Cependant, en faisant abstraction de ce détail, on a devant nous un film qui va nous en mettre plein les yeux. Les effets spéciaux sont superbes, les scènes d’actions sortent des délires les plus fous de n’importe quel adolescent planté devant sa console. Mettez votre cerveau de côté et admirez le paysage.

Death at a Funeral

(2007) de Frank Oz avec Matthew McFayden

IMDB : 7.3/10

Attention, version anglaise et pas le remake américain ! Le film se passe pendant les funérailles d’un père de famille. Drogue, fête de famille et petits secrets. Il y a tout pour dynamiter une soirée a priori tranquille. Une comédie à l’humour noir qui vous fera mourir de rire.

In Bruges

(2008) de Matin McDonagh avec Colin Farell , Brendan Gleeson et Ralph Fiennes

IMDB: 8/10

Deux assassins se retrouvent à Bruges après un contrat qui ne s’est pas passé comme prévu. Leur mission ? Attendre les instructions. Les deux compères aborde différemment cette mise à l’écart, le premier va en profiter pour visiter la ville alors que l’autre va ronchonner et traîner les pieds. Une comédie là encore avec un humour assez noir. 

Et pour aller plus loin: Four Lions, Inside Man, Garden State…

C’est tout pour cette fois ci , j’espère que vous allez aimer quelques unes de mes petites propositions.

— Sp0tnik

Boire de l’eau pour hydrater sa peau

Au chapitre des conneries qu’on peut lire un peu partout, principalement dans la presse féminine, mais aussi chez les naturopathes et autres professionnels paramédicaux, il y a une croyance tenace qui consiste à recommander de boire de l’eau pour bien hydrater sa peau.

Ben oui, hydrater, c’est forcément avec de l’eau (cf hydraulique, hydrophobe etc.). C’est du bon sens… Donc boire plus, pour une peau moins sèche, c’est logique…

Oui mais non.

Le problème de sécheresse de la peau vient d’une sécrétion insuffisante de sébum, qui est un corps gras, c’est à dire un lipide. Ce corps gras, par nature hydrophobe, a pour objectif de piéger l’eau dans les cellules, en formant une barrière imperméable.

On hydrate donc bien avec de l’eau, mais le problème de peau sèche n’est pas tant un manque d’eau qu’une incapacité à la retenir dans les cellules, dûe un manque de lipides.

Là vous commencez à saisir la méprise ?

L’hydratation de la peau se fait au moyen de corps gras, point. Boire plus, c’est remplir une baignoire qui se vide en permanence… Autant fermer le bouchon.

Comme quoi le bon sens, en science…

[Dossier] Mes craintes sur l’avenir du web

Je fais partie des gens qui, modestement, « font » le web : un peu auteur, un peu éditeur, un peu développeur, un peu podcasteur… bref blogueur. Je roule ma bosse depuis 3 ans, sur scène et en coulisse, avec Google et consorts, ce qui me permet de savoir un peu ce qui se trame en arrière-plan, ce dont l’internaute lambda (même technophile) n’a souvent pas conscience.

Avertissement : c’est un article-fleuve en 2800 mots que je vous propose, mais le sujet est suffisamment grave pour que vous preniez le temps de le lire jusqu’au bout.

[toc levels= »3,4″ title=’Sommaire’]

La vie privée

La technologie est votre ennemi

Vous le savez sans doute, je ne suis pas technophile : je ne m’emballe jamais pour le dernier gadget à la mode, je me méfie de toute technologie susceptible de me tracer, de toutes les informations que je laisse derrière moi… Je suis devenu ce qu’on pourrait appeler un technoïaque (paranoïaque de la technologie). Et je vais vous expliquer pourquoi, en m’adressant en priorité aux non-geeks.

Je suis souvent effaré de voir avec quelle désinvolture l’internaute moyen considère la menace que représentent les réseaux sociaux, les publicités, les cookies etc. et considère comme superflu de s’en protéger. Il ne sait d’ailleurs même pas comment.

Vous (et moi) avez (avons) dans votre (notre) poche un mouchard qui nous permet de téléphoner : ce légendaire smartphone, qui permettait autrefois de nous localiser par triangulation par rapport à 3 antennes de télécommunications, et qui aujourd’hui comporte directement une puce GPS. Cette puce, que certains ne prennent pas la peine de désactiver quand ils ne s’en servent pas, envoie en permanence des données de géolocalisation à diverses applications. Génial pour trouver une station service à proximité en moins de 30 secondes. Génial pour vous espionner 24/24H 7/7j.

Tout autour de nous, ce sont autant d’appareils initialement pensés pour nous faciliter la vie qui se retrournent désormais contre nous, en permettant à des tiers (sociétés, gouvernements, pirates) d’en savoir plus sur nous mêmes que notre propre conjoint. Le problème majeur provient du fait que la majorité des gens n’ont pas les connaissances suffisantes pour comprendre comment fonctionnent ces appareils : ce sont pour eux des boîtes noires, qui fonctionnent un point c’est tout. Ils ne peuvent donc pas évaluer les risques, sachant qu’ils n’ont aucune idée d’où ils peuvent provenir. L’ignorance est toujours le terreau de l’asservissement.

Les réseaux sociaux

Moi-même, il y a quelques années, quand j’utilisais encore Facebook, je pensais être à l’abri avec la gestion fine de mon profil (le contrôle de qui voit quelles informations, parmi mes contacts). En réalité, la pire menace n’est pas tant les autres internautes, même mal intentionnés, qui récupèrent vos informations personnelles (même si cette menace est à considérer avec sérieux) que les sociétés qui utilisent et revendent vos données, mêmes celles qui n’apparaissent pas aux yeux des internautes. Leur usage commercial est une chose, mais il en est désormais fait un usage gouvernemental. Oui, les gouvernements espionnent leur peuple (les détails viennent plus bas).

Je n’ai rien à cacher, donc rien à craindre

Je suis également atterré d’entendre l’éternelle rengaine du « je n’ai rien à cacher donc je n’ai rien à craindre ». Les gens n’apprennent jamais de leurs erreurs. En 1939, les Juifs non plus n’avaient rien à cacher, surtout pas leur confession. Et pourtant… Qui sait si demain, un nouveau dictateur n’arrivera pas au pouvoir, décidant « pour le bien de la nation », que telle confession, tel courant de pensée, telle communauté est une menace pour la nation toute entière. Un Philippe le Bel qui voudra éliminer les Templiers, un Robespierre qui voudra éliminer les « ennemis » de la Révolution, un Pétain qui donnera les Juifs et les Francs-Maçons en espérant protéger les autres ? Ne riez pas, ce n’est parce que ces exemples commencent à dater qu’ils sont pour autant périmés. Chaque année apporte son lot de nouveaux tyrans en herbe (pas forcément à l’autre bout de la planète), et chaque nouveau gouvernement est une nouvelle menace pour la démoncratie, si le peuple ne s’en préoccupe pas suffisamment.

Des experts en sécurité informatique nous avertissent

Ces dernières semaines sont parus plusieurs articles édifiants concernant l’anonymat, la protection des données privées et la transformation progressive d’internet en état policier. Je vous invite à les lire d’abord avant de revenir à ma prose. C’est assez long, mais ce n’est pas du temps perdu :

Rapide résumé des points clés :

  • Internet est un passage obligé en 2013, quel que soit votre âge, votre profession, pour :
    • réserver tout et n’importe quoi, de votre billet de train à votre nuit d’hôtel, en passant par votre place de concert,
    • effectuer un nombre croissant de démarches administratives, comme les inscriptions aux examens et concours (bac, concours d’entrée), inscriptions dans l’enseignement supérieur, déclarations d’impôts, demandes de visas et permis de travail, recherche d’emploi etc.
    • acheter des produits introuvables dans votre ville (magasins hyperspécialisés),
    • accéder à la plus importante base de connaissances de tous les temps (presse, encyclopédies, cours, tutoriaux, vidéos, etc).
  • Internet n’est plus aussi décentralisé qu’il y a 10 ans mais noyauté par quelques énormes entreprises tentaculaires (Google – Facebook – eBay – Amazon – Microsoft – Yahoo) qui rachète petit à petit toutes les plateformes qui « ont de l’avenir » (Skype, Youtube, …)
  • Tout ce que vous faites est tracké, loggé, en deux mots tracé et archivé par ces compagnies, et mis à la disposition des États sans nécessiter l’accord d’un juge, en vertu de lois destinées à prévenir le terrorisme mais qui bafouent allègrement les libertés les plus fondamentales,
  • In fine, les États Unis espionnent, via leurs sociétés internet, la planète entière. L’anonymat n’est plus possible, comme en atteste l’arrestation de membres des Anonymous pourtant experts en sécurité informatique et bien protégés, et les témoignages d’anciens de la NSA ou du FBI.

Tout ceci pour dire que votre vie privée est lourdement menacée et qu’il est probable que vous n’en ayez même pas conscience. Il s’agissait au départ d’établir votre profil mercantile, de façon à vous proposer des publicités ciblées. Mais encore une fois, personne ne peut garantir que les données enregistrées sur vous – à votre insu – ne seront pas utilisées contre vous. Or c’est ce qui commence à se produire. Personne n’est d’accord pour basculer dans un état policier, mais chacun y participe à chaque nouveau post sur Facebook.

Le copyright et les brevets logiciels

Une autre menace qui pèse sur le web est le problème épineux du copyright.

Libre accès vs. rémunération des auteurs

D’un côté, la création de textes, d’images, de vidéos, de programmmes informatiques, engendre des coûts matériels (serveurs, matériel audio-visuel, électricité, bande passante) et mobilise de la main-d’oeuvre qu’il faut financer.

De l’autre le libre accès à la connaissance, à l’information et à la culture est une nécessité sociale et pédagogique. Ce libre accès, couplé à des possibilités de partage massif, moyennant toutefois une connexion internet, rend la rémunération des auteurs/éditeurs de plus en plus difficile, surtout en l’absence d’un vrai modèle économique :

  • le modèle contenu gratuit avec publicité est une aggression pour l’internaute car les publicités s’accompagnent de codes de tracking qui nous renvoient au problème de la protection de la vie privée. De plus, les bloqueurs de publicité en court-circuitent le principe. Ex : la plupart des sites de quotidiens nationaux, Youtube
  • le modèle contenu payant fait fuir l’internaute vers d’autres contenus gratuits, souvent de qualité inférieure, ou vers les plateformes de contenus piratés. Ex : vidéo à la demande payante
  • le modèle contenu gratuit financé par une fondation n’est possible que dans des cas particuliers, et demande une grosse organisation. Ex : Wikipédia

Les « solutions » trouvées : des privations de libertés

Partant de ce constat, les éditeurs/producteurs essayent tant bien que mal d’appliquer aux contenus numériques la définition de la propriété intellectuelle datant de Balzac, et forcent à grand renfort de lobbying des outils de répression « judiciaires » tels que Hadopi, ACTA, SOPA, PIPA etc. qui sont autant d’intrusions dans la vie privée des internautes, puisqu’il s’agit là encore de surveiller tout ce que vous téléchargez pour vérifier que rien d’illégal ne s’y trouve.

Lire l’article La guerre du copyright menace la santé d’Internet (par Cory Doctorow, écrivain).

Certains éditeurs ont également mis en place des DRM (Digital Rights Management – Gestion des droits numériques) qui sont censés éviter la copie sauvage de fichiers numériques. Le problème de ces DRM est qu’un fichier acheté pour un support via une plateforme n’est pas lisible sur un autre support. Par exemple, un livre numérique acheté sur iTunes (plateforme Apple) ne sera pas lisible sur un Kindle (liseuse Amazon) ou sur un appareil Android (système d’exploitation Google). De plus, le fichier ne vous appartient pas vraiment, vous ne jouissez que d’un droit d’accès qui peut être résilié si votre marchand retire le livre de sa librairie. Autre exemple, les fichiers PDF avec DRM ne sont lisibles que via le logiciel Adobe Digital Editions, dont il n’existe aucune version compatible Linux.

Les brevets logiciels, ou comment tuer l’innovation

Pour finir, le problème épineux des brevets logiciels risque à moyen terme de compromettre l’innovation et le développement de nouveaux programmes. Un code/programme breveté n’est pas réutilisable par un développeur tiers, à moins de s’acquitter d’une licence dont le montant est laissé à l’appréciation du propriétaire du brevet. Dit comme cela, tout paraît normal.

Les problèmes qui surviennent sont de deux types : d’une part, tout développeur devra vérifier que le code que l’algorithme qu’il vient d’écrire n’est pas déjà breveté, ce qui est une tâche insurmontable étant donné le nombre de brevets déjà déposés. Si son algorithme est juste similaire, mais pas exactement identique, il peut tout de même être attaqué en justice dans des procès d’une complexité démentielle. D’autre part, avec la mutliplication des brevets, cela revient à laisser le « droit d’innover » seulement à des sociétés qui ont les moyens de payer des licences (donc à Google – Amazon – …), ce qui représente une menace pour l’innovation én général, puisque ces sociétés n’ont heureusement pas le monopole de la matière grise.

Par analogie, imaginez ce qui ce serait passé si Newton avait breveté ses formules. Combien de découvertes n’auraient pas été réalisées, ou auraient attendu l’expiration du brevet, faute de moyens pour payer une licence ?

Parce qu’on ne parle pas ici de la production/commercialisation d’un produit industriel. Un brevet logiciel n’est pas un brevet comme un autre, sachant qu’un logiciel n’est pas une invention comme une autre : c’est la possibilité donnée au consommateur d’utiliser la machine (l’ordinateur) qu’il a acheté, et d’en faire ce qu’il veut.

Derrière le problème des brevets logiciels, il y a également une idée d’inter-opérabilité. Si, comme souvent, un programme (ou un format de fichier) est breveté, que son propriétaire le distribue pour un usage sous Windows, et refuse d’en éditer une version pour Mac et Linux, soit l’utilisateur de Mac ou de Linux devra en faire son deuil, soit il en développe une version adaptée, mais il se met alors en totale illégalité. Un vrai casse-tête…

À titre d’exemple, les DVD cryptés pour empêcher leur copie n’ont toujours pas de solution « propre » pour être lus sous Linux : la sécurité doit être forcée pour pouvoir lire le DVD. Cependant, le Conseil Constitutionnel, dans un arrêt de 2006, a autorisé le craquage de cette sécurité sous Linux, puisqu’aucun autre moyen ne permet de les lire. Les utilisateurs de Linux doivent donc installer un paquet nommé libdvdcss dont la fonction est de… forcer une sécurité (censée être inviolable, au passage…).

En guise de synthèse de cette partie, la protection des créateurs (développeurs, auteurs, artistes, etc.) se fait sans redéfinir le concept de droit d’auteur à la lumière des nouvelles technologies, en conservant les définitions créées pour le papier. Comme d’habitude, ce sont les plus grosses sociétés qui, pour assurer leurs revenus, s’arrogent des droits abusifs, restreignent, contrôlent, bafouent les droits des consommateurs et la vie privée des citoyens, en un mot… font ce qu’elles veulent au mépris de tout le reste.

La neutralité du web

Il y a un principe fort sur le web qui découle des valeurs démocratiques, c’est l’accès indifférencié à tous les contenus. Concrêtement, votre fournisseur d’accès est sensé vous fournir un accès aveugle à tout contenu présent sur internet, sans effectuer de filtrage d’aucune sorte. Il est supposé servir de tunnel, point.

Le problème est que ce principe est une habitude et non une obligation, sachant qu’aucun gouvernement en place n’a jamais donné suite aux réclamations de la Quadrature du Net de faire inscrire la neutralité du Net dans la Loi.

Usant de ce vide juridique, certains fournisseurs d’accès ont restreint voire supprimé l’accès à certains contenus : Free bride Youtube, les CROUS bloquent les plateformes de streaming et certains contenus « de mauvais goût »…

À quand le filtrage politique, comme en Chine ou en Corée du Nord ? Car du blocage « pour raisons techniques » (consommation de bande passante) à la censure pure et simple, il n’y a qu’une question de définition, et aucune loi pour l’encadrer.

Aucune société commerciale ne devrait être apte à effectuer un contrôle de ce que vous avez le droit de voir ou non, des contenus auxquels vous avez le droit d’accèder ou pas, quelles qu’en soient les raisons. Ce principe devrait être gravé dans le marbre des institutions françaises et européennes en tant que corollaire à la liberté d’expression, qui est l’un des droits de l’Homme les plus fondamentaux, et le support de la démocratie.

Néanmoins, le politique moyen (moyenne d’âge : 60 ans), nul en nouvelles technologies, n’en a cure et n’est même pas conscient des enjeux sous-jacents.

Pourquoi Internet est-il (devenu) vital ?

Le 21e siècle est le siècle de l’information. Plus que jamais, le savoir est un pouvoir. Le web offre une facilité de communication et de partage inouïe, tout comme un accès illimité à toutes les connaissances humaines. Mais il s’accompagne par une facilité jamais atteinte de contrôler et d’espionner.

Je suis en mesure de retrouver chaque adresse IP qui s’est connectée sur un de mes sites, de savoir quelles pages ont été consultées via cette adresse, à quelle heure, en combien de temps, quel était le système d’exploitation utilisé, la résolution de l’écran, le nom et la version du navigateur, et je pourrais même faire en sorte de récupérer les pages précédemment consultées par cet internaute, tout comme installer des mouchards dans son ordinateur pour recevoir les futures adresses qu’il consultera (ce que Google et Facebook font déjà).

En France, l’utilisation de ces informations est plutôt bien réglementé, mais quelle importance ? Si demain, je déménage la Gazette aux États Unis, j’en ferai ce que je voudrai, tout en offrant au gouvernement US un accès à volonté.

L’accès à Internet est une nécessité pour désenclaver des territoires, pour offrir un accès numérique à des services administratifs qui les ont désertés, pour permettre à chacun un accès facile, égal et indifférencié à la connaissance et à la culture, pour permettre aux chercheurs et aux ingénieurs de mettre en commun leurs avancées et économiser temps et argent dans leurs recherches.

Naturellement, Internet n’est pas un Eden : il y a la pornographie, la pédophilie, le racisme, l’homophobie, le terrorisme… Toutes choses qui pré-existaient dans la vie réelle et qui se sont logiquement portées sur les réseaux d’informations, Internet, mais auparavant la télévision, la radio, et le papier. Les pamphlets distribués sous le manteau ou les journaux clandestins ont laissé la place à des blogs anonymes. Toute médaille a son revers, mais dans le fond, seule la forme a changé.

Cependant il ne faudrait pas perdre de vue les avantages incroyables que cela offre, en s’attardant trop sur les inconvénients. C’est pour cette raison qu’il faut prendre conscience des dangers et des menaces qui pèsent sur le web, et de ce que nous perdrons tous, collectivement et individuellement, si ces menaces se concrétisent.

Ce sont aux gouvernements de craindre leur peuple, pas l’inverse. C’est aux citoyens que revient la tâche de surveiller leurs dirigeants, pas l’inverse. La collecte croissante d’informations personnelles via les réseaux d’informations va à l’encontre de tous les principes fondamentaux sur lesquels nous avons bâti nos systèmes politiques, et il va sans dire que l’usage qui en est fait ne sert clairement pas les intérêts des citoyens. Allons-nous continuer à utiliser la technologie avec confiance, en considérant nos appareils électroniques comme des boîtes noires, sans chercher comment ils fonctionnent et comment on peut donc en détourner l’usage ?

À chacun de répondre individuellement à cette question.

Comment se protéger ?

Les experts s’accordent plus ou moins à dire que l’anonymisation n’est pas une solution à long terme : si elle rend l’identification plus compliquée (et plus longue), elle ne la rend pas impossible. Plusieurs membres des Anonymous ont été ainsi arrêtés après avoir été trahi par leur adresse IP (pourtant soigneusement masquée).

Dans un prochain article, je traiterai des moyens de se protéger (plus ou moins) du tracking sauvage.

Le jeu de la patate via Gentil Salaud®

Le jeu qui tourne en ce moment chez les blogueurs, c’est le jeu de la patate en onze questions. Celles de Gentil Salaud sont marrantes, et comme je suis en vacances maintenant, je vais y répondre.

Potato_sprouts

1. Tu crois que le pape il se branle? Et les Immams ? Et les rabbins ? Et le Dalai-Lama ? Et au passage, pourquoi les dieux “choisissent”-ils toujours des hommes comme porte-parole, sont-ils mysogines ?

Pour ce qui est des prêtres catholiques, on sait depuis longtemps qu’il se font branler par les petits enfants, au catéchisme ou après la messe. Certains avaient un peu de courage, ils ont osé se faire tripoter par des vraies femmes vraiment consentantes. Ceux-là ont toute mon admiration.

Pour les immams et les rabbins, je dirais qu’il n’y a pas plus cochon que des barbus rigides (d’ailleurs, les photos des DSK parues à l’occasion de la publication du dernier livre torchon sur sa sexualité le montrent barbu).

Pour le Dalai-Lama, difficile d’imaginer la vie sexuelle d’un mec qui rigole tout le temps. Peut-être qu’il se marre aussi quand il le fait.  À voir.

Enfin, les dieux ont choisis des hommes pour révéler leurs vérités parce que les femmes sont vraiment insupportables une fois tous les 28 jours (minimum), et que c’est pénible pour répandre la Parole. Et puis ce sont les femmes qui ont inventé la grève du sexe, ça prouve à quel point elles sont perfides.

2. Qu’est-ce qui rend les gens si allergiques à l’ennui ? Pourquoi ils préfèrent toujours tripoter leur phone, fumer, ou dire des inepties ? (la peur de mourir ?). Pourquoi les gens ont-ils horreur des “blancs” ?

Ennui = temps de cerveau disponible = possibilité de penser sans but précis = risque de question existancielle. Ce qui renvoie le code d’erreur 666 :

Erreur système critique : fonction non implémentée – risque majeur pour la santé (code 666).

Les publicitaires et les médias l’ont compris, et en toute bienveillance, ils ont pourvu à ce besoin d’occupation — même surfaite et futile — afin de nous éviter un danger important pour notre santé.

C’est pour ça que j’aime Jacque Séguéla.

3. Quels (vrais) defauts es-tu prêt à supporter pour vivre avec un bon coup, sur le long terme?

Aucun, ce qui explique probablement l’absence de long terme (comme l’absence de court terme, d’ailleurs). En fait, je ne supporte déjà pas mes défauts, alors ce n’est pas pour vivre avec ceux de quelqu’un d’autre.

4. Si on te dit “le mois prochain, c’est aux frais de la Princesse”, tu pars où en voyage ?

Vienne -> Athènes -> Brasilia -> Moscou -> St Petersbourg -> Londres

En gros.

5. Si on te dit “demain, c’est impunité totale”, qui vas-tu trucider en pensant que la Terre s’en portera mieux ?

Comme ça, je dirais un paquet de monde : des politiques, des universitaires, des voisins, des financiers, des connards. Impunité totale, c’est bien beau, mais il faudrait aussi munitions illimitées. Là je te nettoie la Terre comme une map de Call of Duty II.

6. L’énergie pure du Big Bang est neutre quant aux nombres quantiques. De cette énergie on ne peut créer la matiere qu’en créant l’anti-matiere associée pour que le tout reste équilibre et neutre. Dès lors, pourquoi notre univers n’est-il fait que de matière, ou est passée l’antimatière ?

DTC. Non sérieusement, l’anti-matière, après avoir fini le boulot, a créé le premier syndicat d’extrême gauche de l’histoire, puis a obtenu les congés payés et elle est parti en vacances. Comme il n’y avait pas de syndicats de patrons, personne ne l’en a empêché et elle est toujours en vacances far away. C’était longtemps avant la première cyanobactérie. De mémoire, ça a mis un sacré bordel. C’est là que je me rends compte que le temp passe suuuuuuper vite.

7. Les moeurs évoluent vite. Hier, sucer était dégradant et le string était mal vu, alors qu’aujourd’hui posséder un sextoy c’est normal, publier sa sextape c’est hype. A ton avis, où est la limite admise comme “choquante” de nos jours ? Il faudra combien d’années pour démocratiser la partouze et la faciale ? Verra-t-on un jour une Association des Zoophiles de France au JT ?

La faciale, c’est déjà démocratique, et en plus c’est souvent assez convivial parce que ça peut facilement se pratiquer à plusieurs. L’Homme étant une espèce sociable et grégaire, le sexe de groupe est une évidence.

Je dirais que pour choquer, aujourd’hui, après la zoophilie, je ne vois que la nécrophilie. Je n’ai pas pire sur mon échelle de l’horreur. À part peut-être certaines pratiques SM particulièrement tordues, mais je manque d’imagination dans ce domaine.

8. Si on remplacait les politiques par des scientifiques objectifs et sans ambition personnelle, tu crois que ça irait mieux ?

En tant qu’élève ingénieur, je puis affirmer que les scientifiques ne sont pas toujours objectifs, presque jamais dénués d’ambition, et que lorsqu’ils mélangent la science avec leur égo et leurs guéguerres intestines, sous couvert d’objectivité, ça peut être assez extrême.

Alors bon, le mythe du scientifique objectif, bof. Laisse un pouce de pouvoir à un mec, politique, scientifique, religieux ou mythomane, et tu peux être sûr que le résultat sera le même dans tous les cas : humain, donc merdique.

Par exemple, Angela Merkel est docteur en chimie quantique. Objective et sans ambition, on disait ?

9. Si les religions n’avaient jamais existé, ça irait mieux ou moins bien ?

On aurait trouvé d’autres raisons de s’entre-tuer, d’autres justifications pour nos crimes de guerre et nos éthnocides. Ça aurait changé la photo de couverture, mais pas les pages intérieures.

10. La prochaine guerre nucléaire, elle partira d’où ? Inde/Pakistan, Corée du Nord ? Iran/Israël ? Chine/USA ?

D’Iran mouhahaha. Quand ils auront fini leur bombe en papier maché, ils pourront la lancer avec leur avion de chasse en carton, quand leur tigre de papier de président appuyera sur le bouton. Note pour plus tard : dans cette histoire, de l’essence, un briquet, et on n’en parle plus.

11. Les fois où tu vas bosser par pure obligation de survie, pour toucher un chèque, est-ce que comme moi tu as un arrière-goût de prostitution ?

C’est vrai, je trouve ça affreusement vulgaire de travailler pour de l’argent. Mais quitte à être une pute, je préfère être celle qui prend son pied avec ses clients et qui a choisi son métier parce qu’elle avait besoin de grimper aux rideaux 12 fois par jour.

11+1. À ton avis, qu’est-ce qui justifie le besoin de fidélité sexuelle chez les gens ?

J’hésite entre le désir égoïste d’avoir une personne qui leur appartient exclusivement — après tout, à part les dépenses, personne n’aime partager — et le souvenir d’une époque glorieuse où la chtouille ravageait les rois de France. Je pense que derrière la sacralisation de la fidélité, il y a une volonté assumée d’éviter de récupérer les saletés des autres. Par exemple, je serais ennuyé de refiler les merdes de l’amant de ma femme à ma maîtresse.

Pouvoir éjaculer tranquille, c’est important.


Mes questions :

  1. Ton chat et ton chien sont en plein combat à mort. Tu sauves lequel ?
  2. Tu as le choix entre la Station Spatiale internationale et la Maison Blanche, où passes-tu Noël l’année prochaine ?
  3. Si je te dis que j’ai déjà tué une souris avec une canne, tu me réponds quoi ?
  4. L’amour/la mort : est-ce un hasard s’il y a tant de ressemblance entre la phonétique de ces deux mots ou faut-il y voir le complot d’une société secrète ?
  5. Qu’est-ce qui peut bien pousser les gens à vouloir des gosses ? (j’ai pas dit  « à faire des gosses », hein, les accidents arrivent à tout le monde).
  6. Y a-t-il une vie avant la mort ?
  7. Que penses-tu de l’Arle-Ueinisme comme nouvelle religion d’État ? Le principe est simple : je suis le seul Dieu, je suis le seul prêtre, je suis la seule source de vérité, et si tu fais ce que je dis, je te promets une vie avant la mort.
  8. oUIZHGeifuhvbqoiefhnaiorejnoai. Commente ceci en 140 caractères.
  9. La Geekette, pour toi, c’est : 1/ un fantasme, 2/ une blogueuse, 3/ un mythe, 4/ une invention des publicitaires, 5/ la prochaine marionnette des Guignols de l’info.
  10. Tu as les pleins pouvoirs pendant 24 heures. Tu fais quoi ?
  11. Tu créés une entreprise demain matin à 8h32. Tu vends quoi ?

Du mariage homosexuel et de l’ambiance en France

Vous m’auriez posé la question il y a 3 mois, je vous aurais répondu que le mariage « pour tous », c’est à dire aussi pour les couples homosexuels, je n’en avais rien, mais alors rien à faire. Ni pour ni contre, juste pas concerné et sans avis particulier.
Un vieux con. (Crédits Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)
Un vieux con. (Crédits Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)

Je suis en Amérique du Nord depuis 2 mois. Pour information, le Québec a légalisé le mariage homosexuel en 2002 et le gouvernement du Canada a suivi en 2005. J’ai suivi de loin les débats à l’Assemblée Nationale, où comme d’habitude, les députés ont perdu leur dignité, en bafouant par la même la dignité de la France. On a les élus qu’on mérite.

Pendant ce temps là, Maître Éolas, sur Twitter, nuançait en direct les propos des uns et des autres, rappelant les faits et le droit, avec une absence de passion qui faisait plaisir à lire.

Et aujourd’hui, je suis fondamentalement pour le mariage des homosexuels. Je précise que je suis aussi hétéro qu’il est possible de l’être, et que mon point de vue n’a rien à voir avec moi ou avec mon entourage, mais vient simplement d’une réflexion à froid, après un changement de décor qui force à la relativisation.

1. Qu’est-ce qu’on en a à foutre ?

Observons les choses sous un angle différent : légalisé ou non, le mariage des couples homosexuels ne changera pas la vie de millions de Français, pour qui tout restera exactement comme avant. Par conséquent, pourquoi s’y opposer avec tant d’acharnement quand des sujets plus graves requièrent toute notre énergie ?

2. un vrai statut pour les homos

J’ai commencé par mon argument le plus pauvre. Rentrons à présent dans le vif du sujet.

En dehors des discours politiques, des médias, de tout ce qui est de près ou de loin contaminé par la bienséance et/ou le politiquement correct, il y a en France un climat d’homophobie latent et consensuel. Je dirais même « de bon goût ».

Le Français moyen n’a rien de spécial contre les « pédés », mais il ne veut pas de ça chez lui, c’est tout. C’est le statut quo entre la tolérance et l’homophobie : il ne cassera pas la gueule au premier homosexuel qu’il croisera, mais il l’évitera prudemment. En société, ceci est même globalement admis voire valorisé, dans les milieux « moyens », c’est à dire éduqués mais sans plus (ce qui représente quand même une masse importante).

Donner le mariage aux homosexuels, c’est leur donner enfin une place et la reconnaissance qu’ils méritent. C’est les mettre au même niveau que les couples hétérosexuels. C’est graver dans le marbre — ie dans la loi — qu’ils sont des couples comme tous les autres. Et c’est peut-être, à terme, cesser de les voir comme une insulte à la nature ou comme anomalie, qu’on tolère de facto — parce que, vous comprenez, on n’est pas raciste — mais qu’on considère toujours avec une certaine condescendance. C’est peut-être enfin, d’ici une ou deux générations, changer durablement les mentalités à leur sujet.

On va invoquer la possiblité du PACS, en disant que ça revient au même et que c’est déjà bien assez. Mais la question n’est pas là, il ne s’agit pas de considérations administratives, mais de symboles et du regard de la société. Le mariage est un contrat civil, mais surtout un symbole fort et ancré. À côté, le PACS n’est qu’un bout de papier.

3. l’immobilisme des réactionnaires jansénistes attardés

Les arguments des défenseurs de la partie adverses sont assez affligeants. Les propos de l’archevèque de Paris, qui parle du premier pas effectué vers la levée des tabous que sont l’inceste et la pédophilie est le pire point Godwin jamais proféré de sang froid et démontre un cantonnement dans des traditions séculaires dépassées, mais confortables et rassurantes. Au fond, les contorsions des catholiques pour empêcher les changements me font penser à moi lorsqu’un des mes classeurs vient de s’ouvrir et que je préfère perdre ma dignité en rattrapant les feuilles au vol de façon grotesque plutôt que d’avoir à tout remettre en ordre par terre. Or c’est précisément cela qu’il va falloir faire : remettre en ordre, non pas nos feuilles mais nos valeurs, et ne pas hésiter à jeter les vieilles copies.

La France est en train de devenir un musée à ciel ouvert, empêtré dans des traditions que la force de l’habitude empêche de remettre en cause, et incapable d’évoluer. La France est un pays sans avenir parce qu’il n’y a personne pour l’imaginer. On ne fait plus de la politique, en France, on fait de l’administration des affaires courantes. On ne donne plus de direction, on pare constamment au plus pressé. Cf la remise aux calendes grecques de l’interdiction du double mendat.

Le peuple français est enfermé dans une schyzophrénie désopilante, vue de l’étranger : il réclame des changements auxquels il s’oppose systématiquement. On fait rire le reste du monde, c’est déjà ça…

Bref, quand les catho-facho-intégristes commencent à essayer de contaminer la morale civile avec leur morale religieuse, en application de la propagande qu’on leur répète depuis des siècles, ça sent toujours très mauvais. Un mec qui avale un rond de pain azyme en prétendant que c’est le corps du Christ, qui boit un coup de piquette en prétendant que c’est le sang du Christ, et qui relèche des vieux ossements parce qu’ils est persuadé qu’ils ont des pouvoirs magiques, s’il n’y avait pas 4 milliards de chrétiens dans le monde pour faire comme lui, on l’enfermerait.

Oui je sais, « toutes les croyances sont respectables » et préchi-précha… Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’une croyance qui rend des gens malheureux en refusant et en dénigrant leur nature profonde est nauséabonde. Surtout quand elle les cramait il y a quelques siècles…

Tout ça pour dire que faire des manifestations contre le mariage homosexuel, en faisant au passage un amalgame sans queue ni tête avec l’adoption, sur fond de « un enfant a besoin d’un père et d’une mère », alors que sur le plan pédopsychiatrique et scientifique, on n’a aucune certitude, mais simplement parce que certains sont assez obtus pour s’imaginer que la norme, c’est eux, c’est indécent.

Voyez ces photos de manifestation, c’est à gerber. Le mode catholico-rupin-coinçé-vieille noblesse-fin de race où l’on fait défiler les gamines en jupe plissée derrière des banderoles qui scandent des réalités qui n’ont jamais eu cours, ça me donne la nausée.

Un enfant a besoin d’un entourage sécurisant, et de personnes qui guident ses premiers pas dans la vie avec bienveillance. Point.

Un couple homosexuel n’est pas fertile, et alors ? Ce n’est pas comme si l’espèce était en voie de disparition. L’homosexualité n’est ni un choix, ni une maladie, c’est un état de fait. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faciliter la vie des homos en leur donnant les mêmes chances de bonheur qu’aux autres.

Conclusion

Une opposition nature vs. culture à la Rousseau ne tient pas debout simplement parce qu’il est impossible de distinguer les deux, l’homme vivant en société dès sa naissance. Les avancées de la neurologie, de la génétique et de la compréhension de la psyché humaine rendent de moins en moins péremptoire quant à l’existence et à la définition d’une « nature humaine », qui serait une sorte de norme rassurante qui condamnerait ceux qui ne remplissent pas ses critères à l’ostracisme dans la catégorie « déviants contre-nature ».

Dommage, parce que c’était pratique. Les catholiques, dont les ancêtres ont cramé du sodomite à tire-la-rigot, feraient bien de réfléchir un peu plus que 2 minutes avant de lâcher leur cri du coeur, tout droit tiré d’une foi aussi irrationnelle qu’anachronique, qu’ils se gardent bien de remettre en cause parce qu’on leur a dit que c’était mal, et parce que si ça a duré, c’est que cétait du solide.

Le mariage pour les homosexuels s’inscrit dans la lignée du droit à l’avortement et de l’abolition de la peine de mort : c’est un changement profond de notre société, une mutation, une révolution, et un pas de plus vers une rationnalisation nécessaire pour aller de l’avant et devenir un peu plus humains.

À une époque (pas si lointaine), les homosexuels étaient persécutés. On ne peut pas dire qu’ils soient encore bien acceptés partout (à commencer par l’armée française). Mais, bon dieu, quel est leur crime ?

Pensée du jour

Note pour plus tard : ne jamais donner de droit de veto, ou un quelconque pouvoir d’obstruction, à quelqu’un qui n’a aucun pouvoir d’action.

L’Homme est un assoiffé de pouvoir qui aime par dessus tout faire mumuse avec pour se prouver ou se rappeler « qu’il en a ». Si son seul pouvoir est celui de faire chier, nul doute qu’il faille prévoir un stock de PQ.