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Réflexions sans vocation à la vérité, ni prétention

Pourquoi je ne publie (presque) plus

Lassitude, ça pourrait être le mot qui décrirait ce que je ressens face au web de cette fin 2013. Bientôt 4 ans que j’ai ouvert la boîte, et c’est de moins en moins cool.

J’avais 18 ans, je ne savais pas programmer, j’avais des idées, des choses à dire. Avec la Gazette, j’ai appris à coder, en PHP, en HTML, en CSS, un peu en javascript, j’ai appris à traiter avec Google et comment utiliser les réseaux sociaux. J’ai espéré faire un peu d’argent avec mon travail, ça a presque marché à un moment. J’ai expérimenté plein de choses, sur le fond et sur la forme. J’ai écrit des bijoux et des daubes. J’ai fait parfois du racoleur, parfois du sélectif. J’ai beaucoup appris. C’était l’époque où il y avait moins de pub sur Facebook, où il n’y en avait pas sur Youtube, et où Deezer était gratuit et illimité. #C’étaitMieuxAvant. Lire la suite Pourquoi je ne publie (presque) plus

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Ces mots qui ne veulent plus rien dire

Hommes politiques, patrons, journalistes, publicitaires… se plaisent à nous servir de belles phrases pompeuses, pleines de sens cachés mais malheureusement sans véritable signification. Quelques exemples ?
CC Flickr - Udayanga Amarasekara

Humanisme

L’Humanisme, à l’origine, est le mouvement intellectuel datant de la Renaissance et visant à replacer l’Homme au centre du monde, dans un charmant combat terrien vs Dieu, contre l’obscurantisme. Pour le TLFI, c’est :

Attitude philosophique qui tient l’homme pour la valeur suprême et revendique pour chaque homme la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines

Aujourd’hui, l’humanisme a été tellement mis à toutes les sauces que tout le monde peut à peu près s’en réclamer, à tel point que j’ai refusé de l’employer sur la page À propos de ce site. Ainsi donc, la charité est jugée humaniste, de sorte que la plus vaniteuse condescendance est devenue une vertu.

Pour les grandes écoles, proposer une « formation humaniste » est, semble-t-il, plus élégant qu’un « cursus pluridisciplinaire ». Et puis, ça a un doux parfum d’universalité et d’intemporalité, avec comme sous-entendu que ladite formation se préoccupe plus de l’épanouissement des ses étudiants que de son classement et de ses statistiques de réussite. Bref, c’est classe.

Enfin, les hommes politiques aiment beaucoup user de ce qualificatif glorifiant dans leurs séances d’auto-congratulation ou dans les éloges jamais vraiment désintéressés qu’ils s’adressent les uns aux autres. C’est un peu le mot populiste passe-partout qu’on case pour meubler et faire comme si on préférait l’individu au système, l’homme à l’électeur et qu’on en avait quelque chose à faire de la morale et des vertus.

Optimisation

Signe des temps, dans une quête nocive à l’efficacité, à l’efficience, aux rendements, au toujours mieux, où les hommes sont des pions qu’on peut détruire parce que nul n’est irremplaçable, l’optimisation est devenu le mot à la mode partout.

Il s’agit en fait d’un anglicisme dérivé de to optimize, employé pour la première fois en 1844 dans le sens de «se comporter en optimiste» et à partir de 1857 au sens de «faire quelque chose de manière optimale» (source : TLFI).

On connaissait, en conception (et surtout en maths appliquées), les fonctions d’optimisation, dont la plus basique consiste à calculer la boîte parfaite qui, tout en contenant un volume maximal, présentera une surface minimale afin d’économiser le carton.

Il y a eu également les fonctions optimisées en informatique, qui consistent à écrire des programmes contenant le moins de commandes possible, afin de les rendre plus légers, plus lisibles et d’éliminer le plus de sources de bugs possible. Suivirent les fichiers compressés, optimisés pour le meilleur rapport poids/qualité. On pense au format d’image jpeg ou aux dossiers zip.

Bien avant, on s’était mis à optimiser la production industrielle, avec les modèles de production de Taylor, de Ford ou même de Toyota. Si le principe de vouloir produire plus avec moins (de main-d’oeuvre, de matière première, …) est louable, le problème vient d’un décalage criant entre la (belle) théorie et la réalité (pourrie) : le facteur humain.

À force de vouloir faire toujours mieux, toujours plus, et de courir sans cesse après des résultats toujours plus irréalistes, on a transformé l’humain en machine en oubliant totalement qu’un employé a besoin de s’épanouir un tant soit peu dans son travail pour rester en bonne santé (physique et morale), et également pour produire un travail de qualité. Jusque là, on est dans l’évidence.

Sauf que l’évidence semble avoir été totalement oubliée par le monde de l’entreprise version française. Ce qui est stupide à long terme, puisque l’économie ponctuelle réalisée par une entreprise en confondant employé et citron va générer notamment des dépenses de santé supplémentaires que toute l’économie devra supporter, via la Sécurité sociale. Le Prosac, ça finit par coûter cher… Il n’y a certes pas que sur ce terrain que l’économie à court terme coûte cher à long terme, mais ce n’est pas mon propos.

Par voie de conséquence, « optimiser », aujourd’hui, ça veut surtout dire « casser de l’humain ».

Égalité

Où je vais m’attaquer à un des superbes mythes de notre glorieuse République bananière…

Historiquement, le terme égalité qui apparaît en Français au début du XVIe siècle se réfère d’abord à un fait mathématique : « relation entre deux choses ne présentant aucune différence de grandeur, de qualité ». C’est au XVIIe siècle qu’on étend son usage à des faits sociaux (1647 : « (de personnes) état de conditions égales » (CORNEILLE, Théodore)) et caractériels (1639 : « stabilité, constance dans les dispositions du caractère »).

À la lumière de quoi, je pense pouvoir affirmer que l’égalité, ça n’existe pas en dehors des mathématiques. La devise « Liberté, égalité, fraternité » est jolie sur le papier mais ne signifie rien.

Pourtant, on nous ressasse l’égalité devant la loi, l’égalité entre les sexes, l’égalité de traitement, … On peut, au mieux, parler d’équité (« Principe impliquant l’appréciation juste, le respect absolu de ce qui est dû à chacun », TLFI), mais l’égalité, mieux vaut ne pas courir après des chimères : c’est un idéal inaccessible. Parce qu’il y a aura toujours des forts et des faibles, des grands et des petits, des amis et des ennemis, des abrutis et des génies, des hommes et des femmes, …

C’est pourquoi ça ne coûte pas cher, de tartiner de l’égalité partout. Personne ne sait ce que c’est, au fond.

Message fort

Il semble y avoir des messages faibles, car à en croire les journalistes (qui sont pour beaucoup dans les évolutions de la langue), à chaque fois qu’un homme politique en fonction ou non ouvre la bouche, il adresse un « message fort » à quelqu’un.

Mais qu’est-ce qu’un message fort ? Une menace ? Un rappel à l’ordre ? Un sous-entendu lourd de sens ? Une bafouille contenant des valeurs universelles ?

D’après le TLFI, toujours, une chose forte est « capable d’exercer une action puissante, doué[e] d’une grande efficacité ». Finalement, on est dans l’oxymore, car l’action d’un discours est surtout fonction de l’importance de l’orateur, c’est à dire assez limitée dans la plupart des cas.

Ici, je serais incapable de dégager le sens de l’expression, et je ne serais même pas surpris qu’il en soit de même pour ceux qui l’emploient. Ou alors ça ne veut simplement rien dire…

Film événement

Narcissisme des cinéastes ou hyperbole des producteurs ? Il semblerait que chaque film qui sorte soit voué à devenir un phénomène de société qui impacte durablement la culture occidentale car, à en croire la promotion des films actuellement à l’affiche, ce ne sont que des « films événement ».

La locution est ici assez claire : le film est voué à prendre une certaine importance dans la vie des gens. Ce dont on doute beaucoup quand elle se trouve accolée au dernier blockbuster made in Hollywood.

Mais enfin, on peut comprendre qu’après le succès inattendu de Bienvenue chez les ch’tis, le pire nanard de troisième zone soit en droit d’attendre un succès retentissant. Hein biloute ? La morale de l’histoire, c’est que les publicitaires n’ont vraiment peur de rien, surtout pas du ridicule. CQFD.

De la foi

La foi est l’échec de la raison. C’est un concept que j’abhorre. Je vous propose un court essai pour vous en exposer mes idées principales.

Le TLFI donne de la foi la définition suivante (dans le sens où je l’emploie ici) :

Adhésion ferme et entière de l’esprit à quelque chose; en partic., croyance assurée à la vérité de quelque chose. Foi politique, philosophique, religieuse. […] Croyance aux dogmes de la religion. L’objet de cette croyance.

CC La Gazette - Arle Uein

La foi est la croyance aveugle, le fait de faire sienne une certitude inventée par d’autres et qu’on essaie de faire passer pour une vérité. Car la vérité, il faudra bien s’y faire, est inaccessible aux hommes. ll n’en existe que des approches, des perceptions, des visions plus ou moins fausses, inhérentes au vécu de chacun. Mais, en parallèle à ce voile jeté définitivement sur la vérité, l’Homme ressent invariablement un besoin de réponses à ses questions, une soif d’absolu. D’où la science et la religion, qui sont deux réponses diamétralement opposées à ces besoins.

La foi peut être religieuse ou politique. Dans tous les cas, elle ne devrait pas être et a conduit au pire, puisque qu’en enfermant l’individu depuis sa prime jeunesse dans des certitudes exclues de toute remise en cause, elle court-circuite sa raison la plus élémentaire.

L’acte de foi

L’acte de foi consiste à admettre sans preuve, et à accepter l’invérifiable. En cela, il constitue le premier acte de renoncement à sa raison, à son libre-arbitre, à sa liberté, pour se placer sous une autorité divine ou humaine que l’on ne remettra pas en cause. Il est le début de la fin : le début de la tyrannie, du dogmatisme, de l’obscurantisme, du déclin intellectuel. On peut tout faire admettre, tout faire faire au nom de la foi et d’une idéologie. Mais la foi ne profite jamais à une idéologie ou à une croyance, elle profite seulement à ceux qui l’organisent, qui prônent ses « vérités ».

Croyance vs. Connaissance

Tout ce qui est invérifiable, indémontrable, est supputation et allégation. L’acte de foi est le procédé par lequel des supputations deviennent des « vérités ». Le fait même de croire est la preuve de son ignorance : là où il y a un savoir, il ne reste pas de place pour la croyance.

Ce que la science démontre, explique, en se trompant parfois lourdement, procède d’une démarche rationnelle d’analyse et de mise en évidence des liens de causalité. Ce que la science produit est du savoir, relatif à son époque, donc potentiellement faux ultérieurement, mais les chemins qu’elle emprunte et les méthodes formelles qu’elle utilise rendent chacun de ses savoirs – même erroné, donc – vérifiables et démontrables. Grâce à la science, on sait ou on ne sait pas et on sait pourquoi (en général…). La foi s’empare alors de ce qu’on ne sait pas, en choisissant arbitrairement comme vraie la réponse qui arrange ses pontes.

Foi et religion

Sur le plan religieux, la foi est la manifestation d’un besoin d’espoir, ou plutôt d’espérance, en plus de la quête d’absolu dont on a déjà parlé. L’absence de foi provoque la sensation assez angoissante d’être seul au monde, privé de la figure paternaliste d’une divinité protectrice qui veille sur nous et nous protège. Mais cela signifie également ne s’en remettre qu’à soi, seule entité dont on soit certain de l’existence, au fond, et cela signifie encore rester seul maître de ses choix, sans s’en remettre à une entité extérieure dont l’influence comme l’existence restent à prouver.

Sans compter que chaque religion, chaque secte, chaque mouvance, a ses propres certitudes, ses propres « vérités ». Comment affirmer avec certitude laquelle est la plus vraie ? On pourrait presque penser que chacun peut, dans un vaste supermarché idéologique mondial, choisir le dogme qui lui convient le mieux. Ou faire le choix de la voie médiane, le Bouddhisme, par lequel il trouvera lui-même ses propres réponses sans chercher à les asséner à ses contemporains. La voie qui me paraît la plus sage, en somme.

Ce qui me semble décrédibiliser définitivement les religions est le fait qu’elles ne soient que des empilements de constructions humaines, qui s’arrangent pour former un ensemble à peu près cohérent, sur fond de mysticisme et d’ésotérisme, en lien avec des divinités dont les chefs religieux parlent comme s’ils les avaient au téléphone chaque jour. Qui sont-ils pour prétendre savoir ce que veut tel ou tel dieu que personne n’a jamais approché ?

Foi et politique

Sur le plan politique, la foi se nomme plus communément confiance. Celle-ci est une forme de pouvoir, ou du moins le fondement du pouvoir, puisqu’on peut s’appuyer sur elle pour agir et qu’on ne confie le pouvoir qu’aux gens en qui on a confiance. En fait, ceux qui sont investis de pouvoir devraient susciter la défiance, et leur gouvernance devrait faire l’objet de la plus minutieuse attention, tant cette drogue ancestrale peut changer un homme et le détourner des ses idéaux en le confinant dans un confort et dans des privilèges auxquels on s’habitue toujours trop vite. Au fond, nombre de dictateurs sont arrivés au pouvoir acclamés comme des héros, parce qu’ils avaient su redonner espoir et confiance à leur peuple. Avec les suites qu’on connaît…

Conclusion

La conclusion de tout ceci est que la foi est une erreur, un signe de faiblesse. Chaque individu devrait exiger qu’on lui prouve et qu’on lui démontre tout plutôt que de s’en remettre au jugement d’un autre et de choisir aveuglément une réponse plutôt qu’une autre.

Tous ceux qui ont un jour tenté de me convertir m’ont dit la même chose :

« Quand tu crois, tu sais, tu le sens. Tu n’as aucun doute sur la véracité de ce que tu crois, tout devient limpide, c’est impossible que ce soit autrement. »

À ceux-là, je ferai toujours la même réponse : je ne crois que ce que je suis en mesure de démontrer. Aujourd’hui, mes seules certitudes sont mathématiques. Pour tout le reste, j’assume mon ignorance, je ne cherche pas à la camoufler derrière un stock de croyances destinées simplement à me rassurer. Je n’ai pas peur de la mort, ni de ma propre finitude. Je n’ai donc plus rien à craindre.

Et je serai le dernier à tuer ou a crever au nom d’un dieu que je n’ai jamais vu. Je suis mon propre dieu, et je me suis libéré des inventions des hommes, avec tous les inconvénients et toutes les angoisses que cela comporte. Parce que toutes les constructions humaines sont aussi imparfaites que l’Homme lui-même, je ne vois pas pourquoi je m’y donnerais corps et âme. Au fond, la foi, c’est juste le pouvoir que quelques marchands d’espoir ont acquis sur leur semblables. La foi, c’est l’échec de la raison.

Et vous, vous croyez ? Vous ne croyez pas ? Que pensez-vous de tout ceci ? Dites-le en commentaire…

Congratulations publiques

Les compliments qu’on fait aux autres, en public, sont surtout des compliments qu’on se fait à soi : sous couvert de louer leurs qualités et leur vertu, on loue publiquement notre empathie, notre gentillesse et notre bienveillance.

Les vrais compliments ne se répandent pas en obséquieux babillage sur la place publique.

D’autant plus qu’il y a toujours quelque chose d’arrogant et de prétentieux dans les félicitations, et dans les compliments, car le compliment suit le jugement, et qui sont ces gens qui s’arrogent le droit de juger vos mérites ? Gare aux prétentieux qui apprécient de pouvoir traiter avec condescendance, mais déguisée en flatterie, ceux qui les surpassent…

S’il y a bien une chose que je déteste, c’est recevoir les félicitations de mes pairs.

Ces livres castrateurs

C’est l’histoire d’un livre. Du Livre. Vous l’avez entre vos mains, vous ne le lâchez que pour manger, dormir, et satisfaire des besoins qu’on taira ici. Vous passez avec lui des moments exquis. Vous voudriez que lui et vous, ce soit pour la vie.

Vous admirez son histoire, son écriture, son auteur. Vous vous reconnaissez en lui, vous vous y voyez en mieux. Il est fin, très fin. L’intrigue est bien menée, la psychologie des personnages est profonde et riche.

Et vous le terminez. Stupeur, effroi, surprise. Il était bien jusqu’à la dernière page. Vous le posez.

Vous n’osez plus en prendre un autre, vous savez qu’il vous décevrait. Il vous faudra du temps pour oublier.

Lettre ouverte de Dieu à Moïse

[toc levels=3 title= »Sommaire »]

Moshe,

Écoute ! C’est ton dieu qui te parle. Oui, je sais, ça fait un bout de temps qu’on s’est perdu de vue, mais tu comprends, j’avais un boulot dingue. Et c’est en partie ta faute et surtout celle de tes descendants. Tu te souviens la dernière fois, au Sinaï ? Tu avais les oreilles en veilleuse, et tu as compris à peine la moitié de ce que je t’ai raconté. Et si tu n’avais pas écrit tant de bêtises, on n’en serait pas là.

Il a donc fallu que je me mette à l’informatique pour te communiquer ceci en étant sûr que ce que je dis ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Tu te rends compte, à mon âge ? Bref, passons … je commence mes mises au point.

Des femmes

La dernière fois, j’avais été un peu dur avec les femmes. Il ne faut pas trop m’en vouloir : juste avant ma petite allocution, ma mère venait encore de m’engueuler : « Mon fils, si tu ranges pas ta chambre, tu vas tuer ta pauvre mère ! ». Après quoi, je me suis un peu emporté, tu aurais fait pareil à ma place. Et j’ai dit des bêtises. Personne n’est parfait. Cependant, il me faut réparer ma faute.

J’ai créé la femme avec un bout d’os à Adam. Tu vas me dire que j’aurais pu prendre un bout de cerveau. C’est vrai, mais je ne l’ai pas fait, et pour une bonne raison. Non, ce n’était pas pour priver ce cher Adam du peu dont il disposait. Mais, dans le jardin d’Éden où tout était parfait, ce zigomare n’avait rien de mieux à faire que cogiter. Donc il s’était mis en tête de chercher à comprendre comment tout fonctionnait.

Je te dis pas, en trois jours il me faisait déjà des calculs de résistance des matériaux, et au bout d’une semaine il avait découvert la relativité restreinte. Je lui aurais laissé deux jours de plus, il aurait trouvé le boson de Higgs ! Ma particule à Moi, ça va pas la tête ? Il a fallu que je trouve vite fait quelque chose pour l’occuper. Alors j’ai créé la femme, avec un bout de côte, pour ne pas reproduire la même erreur.

Et je l’ai faite belle, évidemment, sinon le subterfuge aurait été vain. Et ça a fonctionné, au delà de mes espérances … Quand il l’a vue, il s’est payé une trique, monumentale ! Il l’a entreprise pendant des mois, sans jamais fatiguer, l’animal. Mais Adam a quand même fini par débander. Ils ont alors inventé une nouvelle forme d’union : intellectuelle. Mes chers petits ont repris à deux leur grande enquête sur le monde, et ils ont trouvé des trucs que même tes prétentieux de descendants ne savent pas encore.

Si ce je te raconte tout ça, c’est pour te montrer que Ève et Adam sont les deux parties du même monde. Il serait temps que tous leurs petits descendants le comprennent et cessent de s’empoigner. Aucun des deux sexes ne prendra le pas sur l’autre, car j’y veillerai personnellement. Tu peux aussi dire aux patrons que l’égalité des traitements arrivera un jour, j’y veillerai aussi. Qu’ils y mettent du leur ou non changera seulement l’intensité de la baffe qu’ils prendront le jour J.

Tu peux aussi dire aux zouaves en babouches que si j’ai fait la femme belle, ce n’est certainement pas pour qu’ils nous la collent sous un abat-jour, intégral ou même partiel. Mes chers petits ont bien grandi, et c’est leur faire offense que de s’imaginer que la vue de jambe nues et de minois poudrés les poussera irrémédiablement au viol. Leurs craintes sont sans fondements (pas comme les dames, mais … hmm, je m’égare).

Des religions

Je veux que tu dissolves au plus vite ces vieilles filiales que sont l’Église, l’Assemblée des musulmans désunis et la Confrérie internationale des juifs diasporisés. Je les avais fondées en des temps troublés pour remettre dans le droit chemin mes chers petits. Aujourd’hui, elles ne sont plus que des armes communautaristes qui servent de prétextes et de justifications à leurs massacres en famille.

Tous me vénèrent moi, et se bouffent entre eux. J’avoue ne pas toujours comprendre. Sans compter que leurs chefs religieux ont bien saisi le pouvoir que leur donne leur qualité de guide spirituel, et s’en servent largement, à leur profit ou à celui de leurs délires utopiques. Ma Parole est un beau prétexte, là encore.

Mes chers petits, je leur ai mis dans le coeur tout ce qu’il faut pour qu’ils soient leur propre guide. Dans la Bible, tes descendants ont évoqué la part divine de l’Homme. C’est une des rares choses vraies qu’on peut y lire. Qu’ils pensent avec leur tête, qu’ils écoutent leur coeur, et qu’ils ne laissent personne penser à leur place ou leur dire ce qu’ils doivent faire.

Il serait temps qu’ils le comprennent et qu’ils cessent de se chamailler à coup de kalachnikov. Sans compter qu’entre ce que veulent les uns, ce que demandent les autres, et ce que tous font, ça me fait une montagne de conneries à réparer, tu n’as pas idée ! Pensez-y, nom de Moi ! J’ai peut-être d’innombrables collaborateurs, mais à la fin de la journée, tout le monde est mort ! Je ne suis plus tout jeune, ménagez moi !

Et, puisqu’on y est, je vous le dit une fois pour toutes : je refuse d’être le prétexte et la justification de vos petites colères à l’arme lourde et de vos joyeux massacres. Si vous voulez que je les couvre, vous pouvez courir sur les petits doigts, tous nus dans le désert, c’est niet ! De plus, ceux qui vous ont raconté qu’en mourrant au combat, vous gagnerez le paradis, ceux-là vous ont lourdement bernés. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient … Vous n’avez qu’à croire votre coeur et votre conscience, ceux là ne chercheront pas à vous tromper. Les combattants iront retrouver, comme les autres, les cancéreux, les violeurs, les curés et Mère Thérésa, dans les limbes.

Et ceux qui vous causent comme s’ils m’avaient au téléphone tous les matins, pour un briefing idéologiquo-spirituel, se moquent de vous. Le plus cruel est que je ne puis pas tous les foudroyer, il y en a vraiment trop. À vous, donc, de faire usage de votre raison pour déméler le vrai du faux. Je ne vous en ai pas fait don pour rien. Gardez à l’esprit que même ce que j’ai bâti est imparfait, alors méfiez vous encore d’avantage des constructions humaines … Soyez éveillés.

De l’art

J’ai suggéré l’art aux hommes, il y a bien longtemps, pour qu’ils se rapprochent de Moi et qu’ils appréhendent le divin. Et sûrement pas pour sombrer dans la sinistrose. Alors, de grâce, abandonnez vos musiques barbares d’éternels révoltés et vos peintures immondes. Les artistes sont faits pour montrer la Beauté, pour en faire don aux autres et pour donner tout à la fois une image de l’idéal à atteindre et l’espoir que cet idéal est accessible. Et pas pour faire de la merde, au sens propre, sur laquelle vous vous précipiterez comme des mouches parce que « c’est branché ».

Tout n’est pas beau dans votre monde, mes pauvres petits. Mais le spectacle continuel de la laideur ne vous aidera pas à vous en sortir, bien au contraire : en la montrant partout en espérant choquer, vous en faites encore d’avantage un plat ordinaire et banal. Vous ne trouverez la Beauté qu’avec du courage, et vous n’aurez ce courage qu’avec l’espoir que c’est possible, et cet espoir renaîtra quand vous aurez une idée de cette Beauté. Ici interviennent les artistes, car ils ont seul le pouvoir de vous la montrer.

Du bonheur

Dites à tous les malheureux qu’ils ont en eux tout ce qu’il faut pour être heureux. Parfois, c’est vrai, c’est enfoui un peu loin. Alors je donne un coup de pouce pour aller le chercher, mais vous comprenez bien qu’avec le travail que nous avons, mes collaborateurs et Moi, nous ne sommes pas en mesure de traiter toutes les demandes avec des délais acceptables. Il suffit alors d’être patients, et de commencer le déblayage sans nous.

Mais, il faut dire aussi que vous êtes très doués pour vous enfoncer seuls dans le malheur. Vous avez un potentiel incroyable pour vous auto-pourrir la vie. En cherchant un peu dans votre environnement et dans votre vie, vous vous rendrez vite compte que vous vous êtes créé toutes sortes d’emmerdements communs, tout à fait artificiels. Mais ça ne fait rien, vous les acceptez sans rien dire. Vous vous enfermez l’esprit dans des schémas de pensée rigides et destructeurs, en zappant complètement l’essentiel. Jusqu’au jour où … la pression vous pousse au pire.

Je vais vous livrer le secret du bonheur : entourez vous de Beauté. Soyez beaux et belles, vivez dans l’art, attachez vous à faire bien tout ce que vous entreprenez, et avec élégance, mettez partout ou vous le pouvez le Beau et les arts. Un tel spectacle quotidien est le meilleur pansement de l’âme.  Et gardez à l’esprit que la Beauté est vie et vivante : fuyez donc tout ce qui est mort, les étendues minérales d’asphalte urbaine, l’acier, le verre, les hyperstructures où personne ne se sent bien, …

Principe de base

Tout n’est qu’équilibre.

Conclusion

Vous êtes pleins de défauts, mes chers petits, mais au fond, je vous aime bien. On a beaucoup de points communs, vous savez.

Ceci est ma Parole. Si je vous livre tout ça, c’est parce que j’ai l’intention, prochainement, de prendre ma retraite. Car je suis fatigué, et je sais que bientôt, vous n’aurez plus besoin de Moi. Cette petite graine de divin qui est en vous, est en train de germer, et un jour, chacun d’entre vous sera mon égal. Mais ce ne sera pas demain, et ce ne sera pas facile.

Il faudra du temps, de la patience, de l’énergie, pour que chacun acquière la connaissance universelle, et la grande sagesse qui permettra d’en faire bon usage. C’est la raison pour laquelle il vous faut sans tarder vous abîmer dans la philosophie, vous passionner de sciences, sans oublier les arts qui vous montreront la Voie.

Comme lorsque vous étiez enfant, cherchez sans cesse le pourquoi et le comment des choses, cultivez cette curiosité qui vous pousse au meilleur, cherchez à savoir, à comprendre, cherchez toujours, et vous trouverez. Je vous y aiderai. Ce sera difficile, la tentation de l’abandon sera grande, mais vous en êtes capables. Vous pourrez bientôt gouverner seuls votre monde. Je le sais, et je vous fais confiance.

Vous êtes déjà terriblement divins, quoiqu’encore pas très à l’aise à l’idée de voler de vos propres ailes. Sachez que la solitude ne sera source de désespoir que si vous cessez de croire en vous et si vous perdez la sagesse. Mais vous y parviendrez, car vous êtes mes enfants.

Vous êtes de futurs dieux.

L’incapacité à ne rien faire

Discussion vaguement philosophique sans vocation à la vérité autour du progrès et de la société …
Montaigne

Je crois que c’était Montaigne qui écrivait « La capacité d’oisiveté est l’apanage des grands esprits ». Autant dire que je suis un grand oisif, non pratiquant, à cause de la prépa, mais oisif tout de même. En effet, quand on ne fait rien, quand on n’agit pas, on pense. C’est excellent pour notre forme intellectuelle. Et d’ailleurs, on a aussi été conçus pour ça, quoiqu’en disent les animateurs de TF1 ou de M6, dont le job consiste justement à vous en empêcher.

Moi, Zola

J’étais hier à la gare de Nancy. Je la fréquente assiduement depuis quelques années. Hormis le fait que, comme tous les bâtiments en verre et acier, elle soit dépourvue d’âme, qu’on s’y sente vraiment oppressé et qu’elle vieillisse mal, elle me sert d’observatoire de mes contemporains. Je me poste dans un coin, je reste là environ 45 minutes, le temps d’attraper ma correspondance. Dans le train, je continue, et médite sur mes observations.

Prise de conscience

Et hier soir, j’ai été choqué par l’incapacité notoire de mes cobayes à ne rien faire. C’est maladif, il faut qu’ils tripotent leurs gadgets électroniques à longueur de temps ! Par exemple, ces deux jeunes femmes, dans une salle d’attente, issues manifestement des plus basses strates de la société, qui ont joué à se prendre en photo pendant une demi-heure, avec leur portable, celui-ci diffusant simultanément une « musique » commerciale et sans inventivité (pléonasme !). Après quoi le sacro-saint appareil s’est mis à sonner, coupant les donzelles l’une de l’autre le temps d’échanger des platitudes.

L’étendue du désastre

Sinon, ce sont des jeunes, ou moins jeunes, d’ailleurs, la connerie n’ayant heureusement pas d’âge, qui ont le baladeur rivé aux oreilles, jouent avec leur portable, lisant ou écrivant des sms, surfant sur internet ou autres, quand ils ne regardent pas un film. Ils passent à côté de vous sans vous voir, perdus dans une dimension où ils sont seuls, et s’ils vous regardent, c’est d’un oeil torve et bovin. Lorsqu’ils se servent de leur téléphone pour … téléphoner, ils font profiter tout le monde du flot de conneries qu’ils débitent. Faites ce test : à chaque fois que vous surprenez quelqu’un au téléphone dans un lieu public, comptez le nombre de vraies informations contenues dans leur verbiage … Surprise !

Le pire est probablement que ce phénomène touche toutes les classes d’âge dans toutes les catégories sociales. Il y a encore quelques années, les gadgets de ce type étaient réservés au moins de 25 ans, les plus âgés ayant, alors, une forme de sagesse qui les éloignait de ce genre de futilités. Or, maintenant, il n’est pas rare de voir un quadra voire quincagénaire écouter de la musique en même temps qu’il lit ses mails sur son Iphone. Peu d’entres eux, cependant, occupent des fonctions qui leur imposent une telle disponibilité.

Je ne suis pas un vieux schnock

Entendons-nous, je ne suis pas réfractaire au progrès. Je fais des études scientifiques justement pour contribuer au progrès. Je suis par ailleurs un geek notoire, travaillant sous linux, habitué aux lignes de commandes, appelé à n’importe quelle heure du jour pour sauver un ordinateur planté, ou juste pour des conseils. Mais je refuse de tomber dans le piège du progrès pour le progrès. Le progrès doit servir l’Homme. Dans le cas contraire, il faut savoir le refuser. Le fait est que tous ces gadgets électroniques, dont l’utilité réelle n’est d’ailleurs pas évidente, nous coupent les uns des autres. Une société qui va bien est fondée sur les rapports sociaux. Or ceux-ci sont de plus en plus supplantés par des rapports à la machine, ou via la machine.

Conclusion

S’agit-il alors d’une évolution de notre société, ou simplement, d’un refuge dans un jardin secret virtuel, pour fuir une société dont on ne peut pas dire qu’elle aille franchement bien ? Une certitude cependant : la fuite dans le virtuel est le meilleur remède contre la réflexion, elle évite notamment des se poser des questions … un peu dérangeantes.