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Tout ce qui fait que l’Homme est humain

Reconnaître la théorie du complot et les conspirationnistes

Après le 11 septembre 2001, après les attentats de Charlie Hebdo, après n’importe quoi d’un peu louche et de vaguement secret fleurissent les articles incitant à la « prudence » sur des médias dits « alternatifs » ou « citoyens », écrits par des gens qui sont apparemment « plus éclairés » que leurs concitoyens parce que leur imagination est plus fertile : les conspirationnistes.

Voyons ensemble comment reconnaître ceux qui pratiquent la désinformation en prétendant la combattre, et vous manipulent tout autant que ceux qu’ils conspuent.

Principe fondamental des médias : tout le monde peut chercher à vous manipuler

Que ce soient des médias traditionnels, des organes d’État, ou les gens mieux renseignés que tout le monde, n’importe qui (même moi) peut vouloir vous faire prendre des vessies pour des lanternes, pour des raisons connues de lui seul.

Vous, citoyen de base, intellectuel, ou n’importe quoi d’autre, devez exercer votre sens du jugement et ne vous en remettre à personne d’autre qu’à vous même pour démêler le vrai du faux. Vous ne pouvez faire confiance à personne.

C’est la raison pour laquelle l’apprentissage de la philosophie et des mathématiques sont si fondamentaux dans la formation de tout citoyen, car ce sont les seules disciplines qui vous apprendront à formuler un raisonnement rationnel et cohérent, et à analyser les éléments en votre possessions en limitant les biais.

Premier indice : le flou

Le premier principe étant posé, toute personne venant avec des informations contradictoires aux éléments connus de tous et admis peut être prise au sérieux si et seulement si les éléments qu’elle apporte sont étayés par des faits concrets : dates précises, noms des personnes impliquées, lieux précis, preuves matérielles. Du journalisme d’investigation quoi.

À la suite des attentas de Charlie Hebdo, j’ai notamment lu cet article. Il propose – comme on peut s’en douter – une relecture des faits passant par un complot des services secrets américains (encore eux) pour créer une guerre civile. Ses arguments sont que ceci s’est déjà produit par le passé. Mais voilà, dans les exemples qu’il donne, on ne trouve aucune référence à un ouvrage déjà écrit, aucune date exacte, aucun nom (à part deux historiens dont les travaux ne sont même pas référencés proprement – bref, aucun moyen de vérifier), aucune preuve. Il pourrait raconter l’histoire de Peau d’Âne, ça serait pareil.

La théorie du complot, à la différence du journalisme d’investigation, se base sur des références approximatives, des exemples flous, partiels voire déformés, et une vague purée de faits et d’interprétations, où il est quasi impossible de distinguer ce qu’on sait, ce qu’on suppose, et ce qu’on interprète. Rien de vérifiable, rien de précis, et toujours des informations de sources inaccessibles au grand public (qui est de toute façon un idiot), parce que le conspirationniste a ses entrées et pas vous.

Deuxième indice : la certitude

Le propre de presque tous les intellectuels, c’est que « plus on sait, moins on affirme ». Un universitaire étudiant un sujet donné  va (généralement) indiquer clairement dans ses publications qu’il ne fait qu’en proposer une interprétation et va s’exprimer avec nuance. Plus on étudie un phénomène, plus on en découvre les finesses, et plus on est obligé de détailler ses hypothèses (ce sur quoi on base sa réflexion) avant d’amener sa conclusion.

Dans l’exemple de l’article ci-dessus, l’auteur est très sûr de lui (même sans référence) et ne laisse aucune place à la remise en question : il a raison (même s’il n’explique par pourquoi on devrait lui donner raison). Il n’a pas une seule fois employé un conditionnel ou fait preuve d’une quelconque prudence. Le propre des imbéciles est qu’ils ne doutent jamais…

Troisième indice : beaucoup de questions, peu de réponses

Soit je viens avec des éléments matériels, des lettres, des photos, des dates, des relevés etc. et j’apporte des réponses à des questions (que ces réponses aillent à contre-courant ou non), soit je n’ai rien de tout cela et je me pointe avec des questions.

Inciter le monde à se poser des questions, à pratiquer le doute cartésien, c’est bien. Et si l’on n’a pas plus, c’est déjà assez. Mais poser la question pour constater qu’on n’a pas de réponse, et que si l’on n’a pas de réponse, c’est qu’on nous cache des choses, c’est oublier un peu vite que la question peut partir d’une hypothèse fausse ou fantasque.

L’exemple classique est « à qui profite le crime ? ». L’hypothèse de base de la question est qu’il y a un crime. En est-on sûr ? Si le crime n’était qu’un accident, la question n’obtiendra jamais de réponse. On est alors tenté d’incriminer une obstruction à l’enquête. Mais là on vient de poser deux hypothèses : il y a crime (DONC criminel) ET complice. Et de fil en aiguille, on en vient à multiplier les hypothèses pour répondre à une question de base biaisée. Alors qu’une approche rationnelle commencerait par valider le fait que ça soit bien un crime avant de chercher à aller plus loin. Ce que la théorie du complot ignore totalement.

Deuxième principe : si une action peut être expliquée soit par la volonté soit par la négligence, l’explication la plus probable est la négligence.

Le propre du conspirationniste est de voir une volonté de faire le mal derrière chacune des questions sans réponse qu’il se pose. Or, pour fréquenter un peu certains cadres et anciens cadres de la fonction publique, je sais à quel point n’importe quelle action (réforme, concertation, réorganisation etc.) prend un temps infini, demande une énergie folle et des porteurs de projet solides, le tout en consommant un budget monstre. Agir, c’est compliqué.

Quand quelque chose ne se passe pas, ou se passe mal, la probabilité que ce soit la conséquence d’une action volontaire est donc beaucoup plus faible que la probabilité que ce soit simplement de la négligence (donc de l’absence d’action), parce que la négligence ne demande pas d’effort, et que l’action en demande énormément. Par exemple, les accidents sont plus souvent imputables à un individu qui n’a pas respecté les règles de sécurité pour finir sa journée 5 minutes plus tôt qu’à un individu qui voulait vraiment tuer quelqu’un.

Ce deuxième principe ne fait pas les affaires des conspirationnistes, car se dire qu’une enquête n’a pas abouti parce que les mecs ne voulaient pas se prendre la tête est bien moins palpitant que d’imaginer que quelqu’un de haut placé dérangé par l’enquête a usé de son influence pour l’étouffer. L’ingrédient essentiel d’une bonne théorie du complot, ce sont des puissants très malveillants, et des malveillants très puissants.

Alors bien sûr, cela ne signifie pas que la malveillance n’existe pas, et que les trafics d’influence sont étrangers aux affaires publiques qui finissent mal, mais enfin en l’absence d’informations, il faut quand même admettre qu’une explication est plus probable qu’une autre.

Pour reprendre l’article ci-dessus, il remet en cause l’affiliation des attentats de Charlie Hebdo avec les sphères islamistes sous prétexte que le mode opératoire n’est pas le même et non cohérent avec les préceptes islamistes (car ils auraient du brûler les archives devant les dessinateurs). Mais il n’envisage même pas que cela puisse être juste une expédition punitive sans réelle portée religieuse, ou encore que les auteurs – bien que formés au maniement des armes – n’aient été que des imbéciles qui se sont d’abord trompé de bâtiment : les djihadistes n’ont pas Google Street View : (Charlie Hebdo, c’est la porte devant la voiture de police. N°10.)

Quatrième indice : la justification par ce qu’on nous cache

En guise de synthèse de tout cela, le dernier indice est que les partisans de la théorie du complot justifient systématiquement leurs théories par « ce qu’on nous cache » et « ce qu’on ne sait pas ».

En toute honnêteté, il est possible que des choses nous soient cachées (par certaines entreprises, par les gouvernements, etc.). Par contre, il est malhonnête de baser un raisonnement sur ces choses, puisque par définition, on ne les connaît pas, donc on peut tout imaginer.

Or il ne suffit pas de formuler une hypothèse pour qu’elle soit valide. Pour la valider, il faut trouver des éléments matériels. On en revient au journalisme d’investigation.

Et si les conspirationnistes étaient les vrais auteurs de la conspiration ?

Car en effet, on peut bien leur renvoyer leurs propres arguments : quelle est la preuve que les conspirationnistes, loin d’essayer d’éclairer les autres de leurs idées et de leurs informations confidentielles, ne fassent rien d’autre que détourner l’attention et de brouiller les cartes ? Qui nous dit que ceux qui tiennent les services secrets américains (pour être originaux) pour responsables de tous les maux actuels ne sont pas à la botte des véritables terroristes, et ne pratiquent pas eux-mêmes une sorte de terrorisme intellectuel ?

Car après tout, l’auteur de l’article ci-dessus est un français qui vit au Liban et est un proche du Hezbollah… Un homme qui se prétend consultant politique et qui fut viré de Sciences Po :

On peut donc appliquer la même théorie du complot sur ceux qui défendent la théorie du complot. C’est sans fin et ça ne mène nulle part, mais ça illustre à quel point ce mode de pensée est stupide.

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Pourquoi je ne publie (presque) plus

Lassitude, ça pourrait être le mot qui décrirait ce que je ressens face au web de cette fin 2013. Bientôt 4 ans que j’ai ouvert la boîte, et c’est de moins en moins cool.

J’avais 18 ans, je ne savais pas programmer, j’avais des idées, des choses à dire. Avec la Gazette, j’ai appris à coder, en PHP, en HTML, en CSS, un peu en javascript, j’ai appris à traiter avec Google et comment utiliser les réseaux sociaux. J’ai espéré faire un peu d’argent avec mon travail, ça a presque marché à un moment. J’ai expérimenté plein de choses, sur le fond et sur la forme. J’ai écrit des bijoux et des daubes. J’ai fait parfois du racoleur, parfois du sélectif. J’ai beaucoup appris. C’était l’époque où il y avait moins de pub sur Facebook, où il n’y en avait pas sur Youtube, et où Deezer était gratuit et illimité. #C’étaitMieuxAvant. Lire la suite Pourquoi je ne publie (presque) plus

Le développement personnel : du coaching à l’incitation au viol

Internet a permis quelque chose de magnifique : donner à chacun un espace d’expression peu ou pas censuré, pour un coût variant de pas beaucoup à rien du tout, avec une difficulté technique somme toute raisonnable et un public virtuellement illimité. Une première dans l’histoire de l’Homme, puisque pour le même objectif, il y a encore 25 ans, il fallait éditer un périodique avec les investissements et la logistique que cela suppose.

Les nouveaux experts

Rançon de cette nouvelle liberté, on a vu fleurir les experts autoproclamés, les spécialistes improvisés, puis dans une seconde vague, les coachs en tout genre, à grand coup de blogs partiellement gratuits, de traductions de textes américains (livres, sites), d’ebook pas chers et, pour les plus culottés, de formations complètes voire de séminaires. Lire la suite Le développement personnel : du coaching à l’incitation au viol

Infographie : le design qui cache la paresse intellectuelle

Actuellement, sur le web, que l’on parle de blogs ou de sites de grands quotidiens nationaux, la mode est à l’infographie percutante, édifiante, signifiante. Rappelons que l’infographie, c’est une image présentant, ou plutôt mettant en scène, des statistiques variées en mélangeant les graphiques et les illustrations de type ClipArts 2.0.

C’est bien, c’est beau, c’est sexy, ça en jette, c’est synthétique et facile à lire. Au point que le Monde, dans la présentation de ses nouveaux objectifs intitulée Le Monde c’est déjà demain, la range dans la catégorie « Formats porteurs de sens » (page 22) :

D’autres exemples vus sur le web ces jours-ci :

Campagne municipale anti-Juppé des jeunes socialistes
Campagne municipale anti-Juppé des jeunes socialistes

Bulletin d'adhésion de l'ATD-Quart Monde

Bulletin d’adhésion de l’ATD-Quart Monde

Porteuse de sens, l’infographie ? Vraiment ?

Il est vrai qu’elle présente l’avantage de se lire facilement, d’aller droit à l’essentiel. Et de se prêter particulièrement bien à des usages propagandistes.

MAIS… L’infographie, ce sont des chiffres bruts, sans contexte. Ou plus précisément, avec un contexte factice. Présentez les mêmes chiffres bruts dans un tableau en noir et blanc, ils perdent tout impact. On se demande d’où ils sortent. Mettez de la couleur, des bulles, des symboles, des graphiques… On a l’impression d’avoir un contexte, même s’il est graphique et non sémantique.

Le danger de ce type de présentation réside dans le fait qu’on gobe le chiffre sans chercher à savoir comment il a été sorti : quel échantillon à été utilisé, quelle méthode statistique, quels paramètres ont été pris en compte, etc. Tout ce qui permet de juger de la validité de l’étude et du crédit à lui accorder, finalement. Et tout ce qui permet de la relativiser, entre autres.

Et précisément, l’objectif de ce type de média est la viralité : édifiante et lisible, elle incite au partage massif via les réseaux sociaux. Or on s’entend, l’infographie est partagée sortie de son contexte, si tant est que l’article dont elle est tirée développe d’avantage les statistiques affichées.

Son usage explose dans les média papiers et numériques, comme l’illustre le Monde, mais également les sites web qui proposent des outils de création de vos propres infographies. Mais gardons à l’esprit que l’infographie n’est pas porteuse de sens, pas plus qu’elle est une référence ou une justification : c’est un affichage creux, qui peut facilement dissimuler le manque de méta-données (tout ce qui indique d’où sortent les chiffres) derrière un design glamour.

On surfe avec brio sur la vague de la paresse intellectuelle d’un public hyper-connecté informatophage, en donnant l’illusion de démontrer quand on ne fait que montrer, en ménageant le temps de cerveau disponible d’un public qui zappe principalement d’un contenu chatoyant à un autre.

Méfiance, donc, avec les infographies. Tout ce qui est pré-mâché est suspect.

Élites: Marianne aura vos têtes

Malhonnêteté intellectuelle et mauvaise foi permettent ce mois-ci à Marianne une poignante enquête de trois pages « plongeant » au cœur du formatage de l’encéphale médiocre et rétrécis de nos élites. 

Bertrand Rothé signe en date du 9 juin dernier un article intitulé « Plongée dans la fabrique des élites« . La rédaction de Marianne n’a pas du bien comprendre ce qui y était écrit puisqu’elle le fait apparaître en une comme une réponse à l’interrogation – ô combien préoccupante : « HEC, ENA, nos élites sont-elles incultes ?« . J’aurais parié sur une mention acide de La Princesse de Clèves, assortie d’une mauvaise parodie d’un Alain-Gérard Slama vendant du papier pour crier à la « délittérarisation de la vie politique » (sic). Las ! Elle n’est pas venue: ce n’est absolument pas ce dont il y est question. La rédaction le classe finalement sous la rubrique: « Enquête, Idées« , alors qu’il ne contient ni l’une ni l’autre.

L’angle d’attaque

L’article a toutefois ceci de particulier que:
– Premièrement ce n’est pas la rédaction du Monde.fr qui l’a pondu au mois de février, ce qui pourtant ne manque jamais d’arriver lorsque, comme ici, la prépa va être abordée;
– Deuxièmement, l’auteur essaye de mettre en évidence une uniformité des approches de la science économique, discipline qu’il enseigne à l’université de Cergy-Pontoise, en se penchant sur les sujets de dissertations proposés aux concours d’écoles comme Polytechnique, les ENS, HEC, l’ENA, l’ESSEC. En bref, il veut dénoncer une approche épistémologique de l’économie reposant exclusivement sur un credo libéral borné.

Définissons les élites

Pourquoi faire ? Très à la mode, on invoque cette caste obscure mais puissante, et à l’acception floue avec une ferveur qui ferait pâlir les numéros « Spécial Franc-Maçons » du Point et de L’Express. Mais après tout pourquoi s’encombrer de définitions puisqu’il est évident que tout le monde sait quelle réalité le terme recouvre vu qu’il est sur toutes les lèvres ?

Je ne vais pas faire d’un bout à l’autre semblant d’être con, il semble bien qu’il y ait en France une classe politique et économique dont les réseaux et la sociabilité se tissent de manière assez étroite en fonction de leur parcours au sein du système français des Grandes Écoles. Les trajets Polytechnique/Science Po/ENA existent, les notices Wikipédia permettent au hasard de la recherche Google de telle ou telle personnalité publique de s’en rendre compte. Mais jusqu’à quel point les profils sociologiques et les parcours dans les « Grandes Écoles » permettent-ils de décrire une « classe » particulière, ces fameuses élites ?

The Economist voyait, dans un flou qualitatif assez remarquable, une tare du système français dans cette porosité entre dirigeants du CAC 40, ministres, artistes même tous formés « à même école », dans le fameux numéro « La France, une bombe à retardement au cœur de l’Europe« . Le Financial Times essayait d’analyser la faillite des élites en France, en ne citant pour l’exemple que deux chiffres: la promo annuelle des 400 polytechniciens et celle des 80 énarques. On ne demande pas une prosopographie de tous ceux auxquels échoient des responsabilités en France, mais là on en reste quand même assez loin.

Copyright Flickr - University of Hull
Copyright Flickr – University of Hull

La prépa, cet ensemble monolithique

Ce n’est pas cela qui va faire peur à Bertrand Rothé, rassurez-vous. L’équation est en effet simple, un élève de prépa (quel qu’il soit d’ailleurs, l’auteur se fiche bien de nommer une association de professeurs de prépas scientifiques pour illustrer un propos spécifique aux écoles de commerce), est un futur élève des Grandes Écoles, donc un futur ministre-patron. Jugez plutôt la probité intellectuelle d’un raccourcis qui ne prend même pas la peine d’être syllogistique:

Souvent costumés comme pour un mariage, ils se rendent qui dans les ENS ou à Polytechnique, qui à HEC, à l’Essec ou à Sciences-Po. […]
Mais sur quels sujets de culture générale sont donc choisis les futurs ministres et{{1}}[[1]] C’est moi qui souligne[[1]] patrons du privé ?

Je ne cite qu’une seule occurrence de cette fulgurante pensée synthétique mais les tournures périphrastiques grinçantes du type « les futurs Moscovici et Attali » pour les élèves de l’ENA nous rappelle que le raccourci et l’approximation sont les maîtres-mots de cet article.

Sans doute est-ce parce qu’il nous rappelle que mai et juin sont la période des concours, que l’auteur en profite pour mettre dans le même sac toutes les prépas et toutes les écoles. À ce propos, je vous donne 30 secondes pour me donner un point commun entre un docteur ès lettres spécialiste du traitement du sujet dans la philosophie nietzschéenne ayant fait l’ENS de Lyon et une polytechnicienne, ingénieur du corps de contrôle des assurances et un directeur marketing du groupe LVMH ayant un master « stratégie du luxe » à HEC.

Je précise que je fais partie des 40 000 étudiants à avoir sué « sang et encre » pour reprendre les termes de l’article, c’est à dire que j’ai eu l’insigne et immense plaisir de disserter pendant un mois entier sur des sujets proposés à la fois par les ENS, et les écoles de commerce de la  Banque Commune d’Épreuve{{2}}[[2]] HEC, ESSEC, ESCP pour ne citer que les têtes de gondoles[[2]]. Je vous laisse ci-après un blanc typographique et une minute trente pour toutes les attaques ad personem que vous souhaiterez adresser à un monstre à la solde du grand Capital.

De la dissertation

Et c’est là où toute la malhonnêteté de l’article se laisse pleinement savourer. Celui-ci est en effet écrit par quelqu’un qui a présenté et été admis au concours de l’agrégation et qui de ce fait a dû se frotter à cet exercice éminemment rhétorique, figé et souvent un peu vain qu’est la dissertation. Cela ne l’empêche pas de prétendre pouvoir prendre les sujets qu’ils énumère comme étant des affirmations définitives et encore moins, comme il le fait constamment de les lire au premier degré.

Ainsi le sujet :« La vie est-elle autre chose que le théâtre de la cruauté ? »  devrait-être vu comme la preuve du plus affreux cynisme dont est capable HEC. Comme si l’affirmative était la seule réponse qu’appelait un tel sujet. La phrase de Montherland: « Les révolutions font perdre beaucoup de temps » devrait-être elle aussi prise comme une affirmation, preuve indéniable du caractère réactionnaire et totalitaire des élites.

Je suis loin d’aller jusqu’à me faire brûler pour défendre la légitimité ou même l’utilité d’une forme de rédaction qui consiste essentiellement en un morceau de bravoure et de rhétorique, en une épreuve durant entre quatre et six heures obligeant délayer une phrase ou un mot autant qu’il est possible de le faire et qui permet de mettre en scène un raisonnement. C’est un exercice grevé d’autant de carcans formels que, par exemple, une conférence ou qu’un article de journal, mais qui constitue une spécificité franco-française au sujet de laquelle il serait effectivement bon de s’interroger.

Cependant, la forme canonique de la dissertation: thèse-anthitèse-synthèse que l’on doit, pour le dire vite et méchamment, à une compréhension boiteuse de la dialectique hégélienne par un type qui avait la mauvaise idée d’être philosophe et ministre de l’Instruction Publique: Victor Cousin, a ceci d’intéressant qu’elle contient le mot antithèse. Malheureusement pour Bertrand Rothé, un sujet est toujours critiquable, plus il est dogmatique, péremptoire et assertif, plus il convient d’ailleurs de le remettre en question afin d’aboutir à un jugement nuancé et critique.

Tout cela pour dire qu’énumérer des sujets sans même poser les problématiques qu’ils soulèvent, en les prenant au pied de la lettre dans un procès aveugle et à charge ne permet absolument pas de prouver quoi que ce soit.

Prendre parti

On est de plus amené à prendre parti dans une dissertation qu’au regard des théories multiples et parfois contradictoire qui s’affrontent au sein d’une même discipline et qu’on ne peut, alors que l’on cherche à montrer la qualité de son raisonnement, les rejeter sans les avoir réfuter.

Certains thèmes quand à eux focalisent l’attention des chercheurs. C’est le cas de la crise en économie qui est un moment privilégié pour interroger les modèles et les théories utilisés. Pas de quoi conclure à l’optimisme pathologique en voyant qu’une question comme: « La crise est-elle finie ? » est posée.

De même, le fait que l’on s’interroge sur la manière dont sont menées les guerres, après les deux guerres mondiales, et la Guerre Froide, ne peut être pris comme l’évidence absolue d’une ardeur guerrière ou d’un ethos combattant chez le futur financier. En revanche l’existence d’une École de Guerre Économique (que l’auteur ne mentionne pas), peut soulever deux ou trois interrogations de cet ordre.

Mais l’histoire n’est visiblement pas le fort de notre auteur. Car non, les méfaits du capitalisme n’expliquent pas de manière linéaire et téléologique la Première guerre mondiale, ni, quand bien même ils en seraient intégralement et uniquement le déclencheur, le fait que plusieurs millions de combattants sont restés dans les tranchés à se battre pendant quatre ans. Comment garder calme et sérénité lorsqu’on lit ce genre d’analyse d’une l’insondable profondeur :

Pourtant, un sujet d’oral d’HEC 2012 aurait dû les titiller : « Les rivalités économiques entre grands pays avant 1914 ». Trente ans de concurrence internationale sauvage avaient en effet conduit à l’exacerbation nationaliste puis à la Première Guerre mondiale. Neuf millions de morts.

Quelles orientations épistémologiques pour quelles écoles ?

En regardant quelles sont les orientations des thèses dirigées par les écoles doctorales des différentes écoles visées, en donnant la composition des membres du jury, les prises de positions visibles dans les publications des concepteurs des sujets, peut-être pourrait-on commencer à dégager des similitudes de pensée entre les différentes écoles citées, à condition de s’en tenir aux seules dispensant une formation économique puisque c’est visiblement d’économie dont B. Rothé veut le plus nous parler. Je ne suis franchement pas sûr que l’on puisse dégager une doxa particulière, prouvant comme le voudrait l’auteur l’omniprésence malsaine d’un libéralisme immoral, mais la méthode m’apparaît infiniment préférable à l’énumération creuse de sujets.

Pour ce qui est des recherches historiques, ceux qui s’y intéressent savent que les Écoles Normales Supérieures ont un peu plus de mal avec l’histoire politique (et ce n’est pas Jacques Julliard, éditorialiste de Marianne qui me contredira !) que Science Po’ ou Paris X par exemple qui se rangent plus volontiers (pour le dire de manière bien sûr schématique) sous la figure tutélaire de René Rémond. Relever les divergences au sein des écoles de commerce, et non pêle-mêle de toutes les grandes écoles françaises, serait sans nul doute intéressant. Mais ça laisse malheureusement moins de place à la vindicte.

René Raymond
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Mais d’où tire-t-il ses infos?

Je serais extrêmement contrarié que mes copies de concours soient jetées en pâture au premier plumitif venu. Heureusement, et pour avoir relu avec attention les règlements des concours que j’ai présenté cette année, je sais que c’est impossible, ou alors que ça donne le droit à un recours en justice. Seuls les jurys ont accès aux copies. Alors comment diable Bertrand Rothé sait-il que :

– Si les candidats, qui rêvent tous de hautes fonctions dans les entreprises, ont défendu comme un seul homme les revenus des patrons «créateurs de richesse et d’emplois», certains des lauréats ont même pensé à remettre en cause le Smic […]
– En bons étudiants, leur chanson n’a qu’un couplet : les privatisations. […]
– S’il est sage, l’animal à concours énumère les « nécessaires réformes »: allongement des durées de cotisation, augmentation du ticket modérateur. […]
– […] L’étourdi qui a envisagé cette terrible vérité n’a eu que 2/20.

Siègerait-il à tous les jurys de ce qui sont autant de parangons de la Pensée Unique ? Ou aurait-il l’extrapolation facile ? Là, et jusqu’à preuve du contraire, je crie, au pire à l’affabulation et au mensonge caractérisés, au mieux au colportage de bruits de couloirs.

Des scientifiques très littéraires

Le nom de cet encart et son contenu concluent à merveille sur la méconnaissance absolue dont fait montre l’auteur sur le sujet qu’il prétend traiter. Sous prétexte que les étudiants de classe préparatoire scientifiques sont invités à l’onanisme intellectuel quatre heures durant sur une citation d’un type connu et anobli par la postérité on devrait, d’après l’auteur, s’extasier devant leurs extraordinaires capacités littéraires. Bien sûr cela se tient du moment que les classes de lettres supérieures et de première supérieure, prépas littéraires appelées plus couramment hypokhâgne et khâgne, n’existent pas.

Que l’on critique le côté superficiel d’une épreuve de « Culture Générale » et la préparation qui est dispensée aux élèves des prépas commerce, soit. Ce ne serait pas très difficile. Mais que l’on ne refrène pas son orgasme parce que l’on voit que les Raisins de la Colère de Steinbeck sont dans un corpus pour les scientifiques, c’est autre chose.

En effet les scientifiques ont un corpus de trois œuvres, qu’ils doivent citer, de manière exclusive, dans leurs dissertations. Et, outre le fait que quiconque connaît un tant soit peu la prépa scientifique, et ce n’est visiblement pas la mention jargonnante du « taupin » qui dissimulera la complète, ignorance de l’auteur en la matière,  que rares sont ceux qui les ont lu et que les deux heures hebdomadaires de « français » servent bien plus à faire les DM de maths qu’à s’intéresser aux descriptions de méchants tracteurs et au traitement littéraire des ravages de la crise économique de 1929, c’est la nature même de l’épreuve qui est contestable. Qu’un thème comme La parole, celui de cette année, ne soit abordé sur deux ans qu’avec Phèdre de Platon, les Fausses Confidences de Marivaux et Romances sans Parole relève du non-sens.

Ça tombe bien, Bertrand Rothé semble aimer à y nager.

 

Du mariage homosexuel et de l’ambiance en France

Vous m’auriez posé la question il y a 3 mois, je vous aurais répondu que le mariage « pour tous », c’est à dire aussi pour les couples homosexuels, je n’en avais rien, mais alors rien à faire. Ni pour ni contre, juste pas concerné et sans avis particulier.
Un vieux con. (Crédits Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)
Un vieux con. (Crédits Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)

Je suis en Amérique du Nord depuis 2 mois. Pour information, le Québec a légalisé le mariage homosexuel en 2002 et le gouvernement du Canada a suivi en 2005. J’ai suivi de loin les débats à l’Assemblée Nationale, où comme d’habitude, les députés ont perdu leur dignité, en bafouant par la même la dignité de la France. On a les élus qu’on mérite.

Pendant ce temps là, Maître Éolas, sur Twitter, nuançait en direct les propos des uns et des autres, rappelant les faits et le droit, avec une absence de passion qui faisait plaisir à lire.

Et aujourd’hui, je suis fondamentalement pour le mariage des homosexuels. Je précise que je suis aussi hétéro qu’il est possible de l’être, et que mon point de vue n’a rien à voir avec moi ou avec mon entourage, mais vient simplement d’une réflexion à froid, après un changement de décor qui force à la relativisation.

1. Qu’est-ce qu’on en a à foutre ?

Observons les choses sous un angle différent : légalisé ou non, le mariage des couples homosexuels ne changera pas la vie de millions de Français, pour qui tout restera exactement comme avant. Par conséquent, pourquoi s’y opposer avec tant d’acharnement quand des sujets plus graves requièrent toute notre énergie ?

2. un vrai statut pour les homos

J’ai commencé par mon argument le plus pauvre. Rentrons à présent dans le vif du sujet.

En dehors des discours politiques, des médias, de tout ce qui est de près ou de loin contaminé par la bienséance et/ou le politiquement correct, il y a en France un climat d’homophobie latent et consensuel. Je dirais même « de bon goût ».

Le Français moyen n’a rien de spécial contre les « pédés », mais il ne veut pas de ça chez lui, c’est tout. C’est le statut quo entre la tolérance et l’homophobie : il ne cassera pas la gueule au premier homosexuel qu’il croisera, mais il l’évitera prudemment. En société, ceci est même globalement admis voire valorisé, dans les milieux « moyens », c’est à dire éduqués mais sans plus (ce qui représente quand même une masse importante).

Donner le mariage aux homosexuels, c’est leur donner enfin une place et la reconnaissance qu’ils méritent. C’est les mettre au même niveau que les couples hétérosexuels. C’est graver dans le marbre — ie dans la loi — qu’ils sont des couples comme tous les autres. Et c’est peut-être, à terme, cesser de les voir comme une insulte à la nature ou comme anomalie, qu’on tolère de facto — parce que, vous comprenez, on n’est pas raciste — mais qu’on considère toujours avec une certaine condescendance. C’est peut-être enfin, d’ici une ou deux générations, changer durablement les mentalités à leur sujet.

On va invoquer la possiblité du PACS, en disant que ça revient au même et que c’est déjà bien assez. Mais la question n’est pas là, il ne s’agit pas de considérations administratives, mais de symboles et du regard de la société. Le mariage est un contrat civil, mais surtout un symbole fort et ancré. À côté, le PACS n’est qu’un bout de papier.

3. l’immobilisme des réactionnaires jansénistes attardés

Les arguments des défenseurs de la partie adverses sont assez affligeants. Les propos de l’archevèque de Paris, qui parle du premier pas effectué vers la levée des tabous que sont l’inceste et la pédophilie est le pire point Godwin jamais proféré de sang froid et démontre un cantonnement dans des traditions séculaires dépassées, mais confortables et rassurantes. Au fond, les contorsions des catholiques pour empêcher les changements me font penser à moi lorsqu’un des mes classeurs vient de s’ouvrir et que je préfère perdre ma dignité en rattrapant les feuilles au vol de façon grotesque plutôt que d’avoir à tout remettre en ordre par terre. Or c’est précisément cela qu’il va falloir faire : remettre en ordre, non pas nos feuilles mais nos valeurs, et ne pas hésiter à jeter les vieilles copies.

La France est en train de devenir un musée à ciel ouvert, empêtré dans des traditions que la force de l’habitude empêche de remettre en cause, et incapable d’évoluer. La France est un pays sans avenir parce qu’il n’y a personne pour l’imaginer. On ne fait plus de la politique, en France, on fait de l’administration des affaires courantes. On ne donne plus de direction, on pare constamment au plus pressé. Cf la remise aux calendes grecques de l’interdiction du double mendat.

Le peuple français est enfermé dans une schyzophrénie désopilante, vue de l’étranger : il réclame des changements auxquels il s’oppose systématiquement. On fait rire le reste du monde, c’est déjà ça…

Bref, quand les catho-facho-intégristes commencent à essayer de contaminer la morale civile avec leur morale religieuse, en application de la propagande qu’on leur répète depuis des siècles, ça sent toujours très mauvais. Un mec qui avale un rond de pain azyme en prétendant que c’est le corps du Christ, qui boit un coup de piquette en prétendant que c’est le sang du Christ, et qui relèche des vieux ossements parce qu’ils est persuadé qu’ils ont des pouvoirs magiques, s’il n’y avait pas 4 milliards de chrétiens dans le monde pour faire comme lui, on l’enfermerait.

Oui je sais, « toutes les croyances sont respectables » et préchi-précha… Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’une croyance qui rend des gens malheureux en refusant et en dénigrant leur nature profonde est nauséabonde. Surtout quand elle les cramait il y a quelques siècles…

Tout ça pour dire que faire des manifestations contre le mariage homosexuel, en faisant au passage un amalgame sans queue ni tête avec l’adoption, sur fond de « un enfant a besoin d’un père et d’une mère », alors que sur le plan pédopsychiatrique et scientifique, on n’a aucune certitude, mais simplement parce que certains sont assez obtus pour s’imaginer que la norme, c’est eux, c’est indécent.

Voyez ces photos de manifestation, c’est à gerber. Le mode catholico-rupin-coinçé-vieille noblesse-fin de race où l’on fait défiler les gamines en jupe plissée derrière des banderoles qui scandent des réalités qui n’ont jamais eu cours, ça me donne la nausée.

Un enfant a besoin d’un entourage sécurisant, et de personnes qui guident ses premiers pas dans la vie avec bienveillance. Point.

Un couple homosexuel n’est pas fertile, et alors ? Ce n’est pas comme si l’espèce était en voie de disparition. L’homosexualité n’est ni un choix, ni une maladie, c’est un état de fait. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faciliter la vie des homos en leur donnant les mêmes chances de bonheur qu’aux autres.

Conclusion

Une opposition nature vs. culture à la Rousseau ne tient pas debout simplement parce qu’il est impossible de distinguer les deux, l’homme vivant en société dès sa naissance. Les avancées de la neurologie, de la génétique et de la compréhension de la psyché humaine rendent de moins en moins péremptoire quant à l’existence et à la définition d’une « nature humaine », qui serait une sorte de norme rassurante qui condamnerait ceux qui ne remplissent pas ses critères à l’ostracisme dans la catégorie « déviants contre-nature ».

Dommage, parce que c’était pratique. Les catholiques, dont les ancêtres ont cramé du sodomite à tire-la-rigot, feraient bien de réfléchir un peu plus que 2 minutes avant de lâcher leur cri du coeur, tout droit tiré d’une foi aussi irrationnelle qu’anachronique, qu’ils se gardent bien de remettre en cause parce qu’on leur a dit que c’était mal, et parce que si ça a duré, c’est que cétait du solide.

Le mariage pour les homosexuels s’inscrit dans la lignée du droit à l’avortement et de l’abolition de la peine de mort : c’est un changement profond de notre société, une mutation, une révolution, et un pas de plus vers une rationnalisation nécessaire pour aller de l’avant et devenir un peu plus humains.

À une époque (pas si lointaine), les homosexuels étaient persécutés. On ne peut pas dire qu’ils soient encore bien acceptés partout (à commencer par l’armée française). Mais, bon dieu, quel est leur crime ?

Le papier et l’administration

CC Flickr - Dantaylr

Cela fait 3 ans que je suis dans l’enseignement supérieur. 3 ans que les administrations et mes établissements d’enseignement me demandent mon adresse mail sans jamais l’utiliser. 3 ans qu’il continuent à m’envoyer des lettres et des formulaires d’inscription papiers. 3 ans que je dois leur renvoyer chaque année les mêmes copies, les mêmes imprimés, les mêmes informations.

Le top du top, ce sont les inscriptions : une première partie en ligne (les candidatures), tout le reste par courrier (avec une moyenne de 15 pages par dossier). Comme si on ne pouvait pas tout faire sur internet…

Résultat : je dépense bêtement de l’argent en timbres et, surtout, on abat des arbres pour rien. Les discours « écologie et économies » sont très beaux, et je ne demande qu’à y croire, encore faudrait-il passer la vitesse supérieure…

À titre d’exemple, cela fait seulement 6 mois que mon CROUS accepte les virements en ligne pour payer les loyers, et il vient seulement de se doter d’un portail de réinscription numérique pour les anciens occupants. Si l’on peut payer ses impôts via internet depuis au moins 4 ans, pourquoi ne pourrait-on pas y effectuer (une fois pour toutes) l’ensemble des démarches administratives ?

Tout le monde s’y retrouverait : l’usager, en terme de coûts, de rapidité (comprenant le fait de pouvoir faire un seul envoi pour plusieurs destinataires), et l’administratif, en terme de traitement des données (via l’utilisation de filtres de recherches et de classement) et de stockage des archives.

Mais pour cela, il faudrait encore de vrais informaticiens. Je ne sais pas à quoi sont formés mes collègues de DUT informatique, mais dans les universités et les entreprises, les réseaux sont des horreurs, et les outils « maison » sont presque toujours contre-ergonomiques. Entre le proxy qui vous bloque tout sauf ce qu’il faut, les débits de connexion ridicules, les instabilités, les logiciels non mis à jours, et les intranets dignes du web des années 1990 où une vache ne retrouverait pas son veau… Elles sont belles leurs usines à gaz ! Alors parfois, je peux comprendre qu’on préfère la fiabilité du papier.

Je suis pour qu’on pende les informaticiens à l’entrée des entreprises. Juste pour servir d’exemple à ceux qu’on n’aura pas encore pendus. Parce qu’il savent bien que le vrai pouvoir, c’est eux qui le détiennent (même si c’est juste le pouvoir d’emmerder le peuple plutôt que celui d’agir réellement), et qu’en plus ils parlent un langage qu’ils sont seuls à comprendre.

D’où la leçon philosophique du jour : les informaticiens doivent vivre en servitude, sinon, point de salut pour la société.

Et la leçon bis du jour : ne confiez pas la responsabilité du service informatique à un informaticien. Trouvez un physicien bien geek, ça marchera beaucoup mieux.

Et la règle fondamentale du site internet : confiez le à un designer.