Archives pour la catégorie Musique

CD ou concerts, prima la musica.

Sauvons les orgues !

Il fait déjà beaucoup de bruit en soi, mais il est peu vraisemblable que l’orgue ne donne à Paris lieu aux débats les plus virulents entre NKM et Anne Hidalgo, même s’il semblerait qu’il soit encore plus mal en point que l’électorat conservateur.

Les liturgies catholiques sont infiniment chiantes, sauf à Saint-Nicolas-du-Chardonnet où il faut bien que les chants en latin viennent envelopper de myrrhe et de voix cristallines les innombrables appels à la haine. Aussi il est presque compréhensible qu’on puisse faire jouer du Bach lors des obligations catholiques dominicales sans risquer l’excommunication, quitte à reconnaître le sens du rythme qu’avait Luther en faisant chanter deux où trois des tubes de la Réforme. 

L’orgue préoccupe outre-manche

The Guardian Weekly a la bonté de se préoccuper cette semaine de ce qui permettra  d’infliger les grandes toccatas et fugues aux paroissiens fatigués de leurs longues marches braillardes dans les rues parisiennes: il traduit cette semaine dans ses colonnes un article du Monde intitulé « Les orgues refusent de jouer leur requiem » portant sur l’état des orgues en France et particulièrement sur ceux de la ville de Paris. On peut en effet y apprendre que c’est « la collectivité publique qui possède le plus d’orgues au monde ».

Copyright Flickr - User Zoreil
Copyright Flickr – User Zoreil

Et depuis la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, c’est à ce dernier que revient la charge de patrimoine un peu particulier que sont les orgues. Mais le fait qu’ils soient toujours fortement connotés curés, perçus comme un peu chiant et que les municipalités ont peut-être d’autres postes de dépenses qui peuvent apparaître plus utiles, ils sont laissés à l’abandon. Les budgets qui y sont affectés à Paris ont fondus de moitié depuis 2000, dans un contexte de multiplication par 2,5 du budget global de la municipalité.

Reconnaissons tout de même que c’est chiant

D’accord, Bach est un génie, notre père à tous et l’inventeur du Jazz (et du Rock par voie de conséquence). Même Cioran, nihiliste d’entre les nihilistes, était prêt à s’incliner devant la transcendance divine après l’avoir entendu: 

Quand vous écoutez Bach, vous voyez germer Dieu. Son œuvre est génératrice de divinité. Après un oratorio, une cantate ou une « Passion », il faut qu’Il existe. Autrement toute l’œuvre du Cantor serait une illusion déchirante… Penser que tant de théologiens et de philosophes ont perdu des nuits et des jours à chercher des preuves de l’existence de Dieu, oubliant la seule…

Certes à force d’aphorismes le philosophe aura tout dit, et de plus il se met à considérer la musique du grand Johan non plus en tant que telle mais comme un système. Mais enfin, voir celui qui s’exclamait qu’il « est vain de se tuer puisqu’on se tue toujours trop tard » trouver du supra-sensible chez un protestant saxon, ce n’est tout de même pas banal.

La seule fois où il m’est arrivé une expérience mystique en écoutant de l’orgue ce n’était cependant pas le cul balançant sur un prie-Dieu agonisant dans l’obscurité humide de vieilles pierres consacrées, mais par magnifique soir de juin où les rues vides de Nancy dans lesquelles j’errais n’étaient emplies que des grands soufflements psychédéliques de l’orgue de la cathédrale dont les portes étaient grandes ouvertes.  Dans toutes les autres situations, ça m’emmerde et je trouve insupportable le nombre indécent de notes que ce truc est capable de produire simultanément.

Son utilisation au cinéma pour faire musique et bruitages en direct change peut-être la donne espèrent Marie-Aude Roux et de François Wegel, les auteurs de l’article, mais bon, seuls quatre orgues, bientôt cinq, sont encore utilisés en France à cette fin.

Quand bien même: 7 raisons de sauver Willy

Marie-Claire Alain, immense organiste qui nous a quitté cette année en est une. La voici jouant la Fantaisie en Sol Majeur BWV-572 de Bach dont le premier mouvement joué en boucle pendant dix heures, selon le format bien connu des you-tubers, est une puissante arme de destruction psychologique. Et notez accessoirement ce marquage jazzy du contre-temps.

Une autre est ce mélange aussi délicieux qu’improbable entre accords chromatiques, musique pop et accents médiévaux, j’ai nommé les Litanies de Jehan Alan, toujours par la même interprète.

Aussi impensable que cela puisse paraître, l’accouplement entre un compositeur américain et un tuyau d’orgue, deux choses à peu près aussi subtiles que le yodel bavarois, permet d’obtenir une véritable grande œuvre musicale: la symphonie pour orgue et orchestre d’Aaron Copland crée en 1924.

L’orgue Hammond suffit à pardonner à son grand frère acoustique toutes les crucifixions dépressives qu’il a complaisamment joué. Illustration avec le Swing à Pleyel de Jimmy Smith en 1969 et ensuite le solo d’orgue de Jon Lord qui débute à 3:14 dans cette version live en 1972 de Highway Star de Deep Purple.

The Animals sont l’une des preuves que le rock de 60’S ne serait rien sans l’orgue électronique. Regardez plutôt l’utilisation du Vox Continental dans the House of the Rising Sun, en ostinato aussi bien qu’en solo à partir de 1:45.

Et enfin puisqu’on en est à parler religion, finir avec Stevie Wonder sur son Clavinet Hohner dans Superstition semble indispensable.

 

Playlist spéciale « retour des beaux jours »

Ah ! Je sais pas si c’est le cas chez vous, en tout cas à Toulouse on sent le retour des beaux jours. Et quoi de mieux qu’une bonne playlist qui met de bonne humeur pour accompagner ?

Au programme : du rock, quelques suprises et je l’espère de belles découvertes pour vous.

Bonne écoute !

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Pour le lien vers la playlist, c’est par ici !

Audiomap, à découvrir !

Un billet rapide pour vous parler d’Audiomap, un très joli blog de musique, et surtout de découvertes musicales. Il est tenu par Agathe et Emmanuel, musiciens tous les deux. Pour mémoire, Emmanuel a écrit quelques articles ici sous le pseudonyme de Chloé. Bizarrement, c’était déjà de la musique…

Le blog est né en octobre 2011, c’est donc une affaire partie pour durer. À lire !

J’en profite pour passer mon bonjour à ces deux camarades de lycée.

Valentina Lisitsa, pianiste du jour

Un nouveau genre d’article pour une belle découverte : Valentina Lisitsa, pianiste hors pair. Vous êtes sur la Gazette…

Au fil de ce blog, j’ai découvert qu’il y a dans mes lecteurs une proportion non négligeable de gens avides de découvrir la musique classique, d’enrichir leur culture et de plonger dans cet univers prétendument élitiste. Mais il n’est pas toujours évident d’aborder 5 siècles de mouvements musicaux seul(e), surtout quand on ne sait pas par où commencer.

Il y a un an, j’avais fait découvrir l’opéra à l’honorable Plume Sèche qui n’a de cesse, depuis, que d’y retourner. C’est là que je me suis rendu compte à quel point l’endroit peut être intimidant quand on n’a pas l’habitude. Donc il faut quelqu’un pour vous prendre par la main, et pousser pour vous les portes d’un monde pourtant ouvert à tous.

C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire de temps à autres des articles où je partage mes découvertes musicales, accompagnées de notes et d’explications, parce que tant qu’à avoir fait le conservatoire, autant que ça serve.

Aujourd’hui, nous commençons par Valentina Lisitsa, grâce à Béryl qui m’en a donné l’idée.

Biographie

(source : Wikipédia)

Valentina Lisitsa est une pianiste ukrainienne née à Kiev le 11 décembre 1973, réputée notamment pour sa grande virtuosité. Elle a donné son premier récital à l’âge de 4 ans et a remporté en 1991, avec Alexei Kuznetsoff (qui deviendra son mari), le prestigieux concours pour deux pianos de la Fondation Murray Dranoff, qui a marqué le véritable début de sa renommée et de sa carrière de concertiste.

Encore peu connue des mélomanes français, elle jouit en revanche d’une notoriété importante dans de nombreux pays anglo-saxons et en Asie. Depuis le début des années 1990, elle vit aux États-Unis.

Valentina Lisitsa fait partie des pianistes Bösendorfer, marque prestigieuse de pianos, réputée pour leur timbre à la fois puissant et chaleureux.

Orgasmes musicaux

Je n’avais jamais entendu parler de cette pianiste jusqu’à une date récente, où je l’ai découverte dans les hasards des vidéos relatives de Youtube. Et là… Voilà. Je vous laisse avec la première pièce, le presto de la sonate Clair de Lune de Beethoven, dont je vous avais présenté la version de Wilhelm Kempff :

Le jeu est précis, nuancé, souple, ample, profond : la technique est ahurissante, aucune note n’est mise à côté, l’interprétation est fougueuse quand il le faut, chantée et délicate quand il le faut également… Ça frise la perfection, et c’est tout simplement magnifique. Autant dire que je l’écoute en boucle depuis à peu près 3 semaines.

Autre interprétation magnifique, dans un genre très différent, la deuxième Rhapsodie hongroise de Liszt, pianiste et compositeur du XIXe siècle, réputé pour sa technique étourdissante et ses compositions injouables. On raconte que les femmes s’évanouissaient lorsqu’elles l’entendaient jouer dans les salons.

Du même compositeur, la transcription de l’étude pour violon La Campanella, de Paganini (immense virtuose du violon de la même époque). Cette étude, dans sa version pour piano ou pour violon, est proprement injouable, sauf par les meilleurs :

Ici, il y a tout de même quelques notes mises à côté. Dommage mais si peu étonnant… Et puisqu’on y est, découvrons la version pour violon et orchestre, par Tedi Papavrami (qui la jouait déjà à l’âge de 9 ans, pour la télévision albanaise) :

Le premier qui me dit « c’est la musique de la pub X », je le tue. Ok ?

Et pour finir, un prélude issu des Études Tableaux, de Rachmaninoff, grand compositeur russe post-romantique (1873-1943) :

C’était un petit dimanche en musique. Ça vous a plu ?

La Sonate Clair de Lune, Wilhelm Kempff

Ce n’est pas une vidéo de moi que je vous propose aujourd’hui, mais de Wilhelm Kempff, grand pianiste du XXe siècle : le 3e mouvement de la sonate Clair de Lune dont je vous ai donné le premier mouvement.

C’est une version que je trouve remarquable par sa profondeur. Ce que j’aime de façon générale chez les pianistes de ce niveau, lorsqu’ils arrivent à cet âge là, c’est qu’ils ont tout gagné, tout remporté, et qu’ils n’ont plus rien à (se) prouver, plus envie de se prendre la tête mais juste de se faire plaisir. On ne trouve plus les démonstrations de virtuosité pure propres aux jeunes artistes, fougueux et emballés, d’ailleurs Kempff met un certain nombre de notes à côté, mais on s’en fout : il y a l’émotion. Et même si la technique fait parfois un peu défaut, on a toujours cette patte de velours qui timbre les notes sans les marteler ni agresser l’instrument. Le tout avec cet air détaché qui veut dire que tout a été intériorisé.

J’avais entendu sur Youtube, il y a quelques semaines, la version d’un professeur de piano qui dispense ses cours sur internet : un massacre intersidéral, techniquement impeccable, musicalement creux. En gros le bonhomme aurait pu jouer des gammes, c’eût été pareil. En plus son son était dur. Et utiliser un piano Bösendörfer pour ça, ça fait mal. Je pourrais en faire des choses avec un Bösen ou avec un Steinway Allemand…

Au sujet de la maturité en musique, Martha Argerich, autre grande pianiste, disait dans une interview que, certes on gagne avec le temps de ce côté là, mais qu’on perd beaucoup aussi : on abandonne sa naïveté, sa spontanéité. Finalement, c’est à double tranchant. Mais enfin, chez les garçons, Glenn Gould en est un autre exemple, le temps bonifie souvent l’artiste.

Comme tous les virtuoses, vous pourrez remarquer que Kempff bouge très peu : l’économie de mouvement est à peu près la seule façon de conserver son énergie d’une part (la partition fait une douzaine de pages), et surtout d’assurer sa précision dans le toucher. Quand je vois un petit jeune gesticuler, je me demande toujours où il a appris à jouer. La véritable virtuosité ne se remarque pas, un virtuose donne une fausse impression de facilité. Quand elle s’entend, c’est que l’interprète est en galère et/ou qu’il a pris un tempo trop rapide.

Quant à moi, je vais essayer de vous enregistrer quelques petites choses ce week-end.

Ceci était le 200e article de la Gazette ! (même si, en fait, c’est une brève…)

Digitalism

4 ans après Idealism, soit trois années passées à faire le tour de la planète, et un an à récupérer, penchons nous sur ce très attendu second album.

Digitalism – I Love You Dude (Pias)****

Porté par une pochette franchement minimaliste et un titre totalement à l’inverse ( I love you dude = mec, je te kiffe ), l’album est en fait exactement à cette image : une musique résolument club aussi glacée que fédératrice.

Il y a donc fort à parier que, confortablement installés dans leur studio à Hambourg :  (un Ancien Bunker retapé pour l’occasion ) le beau Jens et son camarade Ismail  sont restés dans un microcosme créatif tel qu’ils n’ont visiblement pas dû constater l’arrivée des beaux jours.

Ce nouvel opus est par ailleurs exposé dans un formant assez court puisque le CD ne contient que 10 titres dont le morceau Blitz qui était déjà connu puisque sorti sur un EP fin 2010, et 2 hearts lui aussi déjà sur internet depuis 3 mois…

Avec un petit détour très breakbeat sur Reeperbahn et techno sur Antibiotics, l’album ne perd pas pour autant ce côté glacé et énergique qui semble être son fil conducteur.

Pour finir, on saluera la capacité de ce nouvel opus à arriver au bon moment, pour reposer les oreilles fatigués des clubers, meurtries par les sons agressifs et saturés de la scène post-Justice :

Je vous laisserai avec ce titre vraiment surprenant que l’on aurai volontiers prêté à des artistes bien plus perchés…

Yuksek, et pis c’est tout

Au lendemain de la « french touch » 2.0 où l’électro qui tabasse régnait en maître, le plus connu des rémois effectue un virage pop plutôt réussi : écoutons !

Avant toute chose, je l’avoue je le confesse, j’admire yuksek. Alors que l’ère Ed banger commençait déjà à s’essouffler, il a su tirer son épingle du jeu, alors que SebastiAn samplais des machines à laver et les Bloody beetroots, des perceuses électrique. Il a su produire un tout à fait splendide deuxième album aux Birdy Nam Nam (d’ailleurs le 3ème produit par para one ne devrai pas tarder), produire le premier album des bewitched hands, former un duo avec le meilleur DJ du monde (Non, pas celui qui ne sait jouer qu’une note et frapper dans ses mains tel un autiste en pleine écoute de Patrick Sebastien), on parle bien de Louis Brodinski (à vos moteurs de recherche les loulous ! )

Bref, l’homme est à la fois à la composition et à la production tant et si bien qu’on en vient à craindre pour sa santé mentale…

Living on the edge of time (Barclay / Universal)*****

Et donc, il sort son second album, piège de tout musicien ayant super réussi le premier: va-t-il faire un premier bis, un super nul différent raté, ou va-t-il sublimer ses talents de compositeurs ?

Dès les premières notes on sens le piège: du piano ? des claquements de doigt ? de la voix ? Le virage pop se fait indéniablement sentir. Au fur et à mesure de l’écoute, on ne peut que constater une utilisation très phœnixienne des guitares, tout en subtilité et délicatesse, le tout avec une pointe de mélancolie (fonce acheter Wolfgang Amadeus Phœnix jeune néophyte ! ), et enfin, alors qu’on a bien ressenti le pouvoir bankable de l’album qui est véritablement truffé de tubes potentiels, arrive « fireworks », là où les puristes réaliseront que le bon yuksek n’a pas perdu sa capacité à produire de la « musique à cervicales », où ça tabasse bien fort comme il le faut !

Miracle, chanson suivante ne fais que confirmer ce dont on avait la certitude, on va danser là dessus, tout l’été, même l’hiver et pas qu’un peu !

Bilan

Always on the run / Fireworks / Miracle = ces trois là c’est le minimum syndical à aller écouter !

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Et comme ces salauds d’internet qui téléchargent trop (oh les vilains) n’ont pas encore souillé l’album dans son intégralité sur youtube, je vous laisserai là avec quelque chose de bien plus marrant, un live intégral de yuksek (le dernier de sa tournée) au grand palais à écouter à fond pour faire plaisir aux voisins !

PS : il joue fireworks tout à la fin, juste histoire de se donner une idée de la bombe que c’est.