Y aurait-il un scandale du cholestérol ?

Après le livre du Professeur Even, celui du Docteur de Lorgeril, début 2013, on pourrait se demander si les médicaments anti-cholestérols sont si efficaces, et surtout si le cholestérol est vraiment une menace.

En 2011, les statines, plus connues sous le nom d’anti-cholestérols, représentaient un marché de 1,363 milliards d’euros rien qu’en France, et les deux médicaments les plus prescrits, toujours en France. En 2012, les estimations tendent vers 1,272 milliard d’euros, remboursés par la Sécurité sociale.

Quand on parle d’anti-cholestérols, c’est donc d’une véritable mine d’or qu’on parle, dont les mineurs s’appelle Tahor (du laboratoire Pfizer) et Crestor (du laboratoire Astrazeneca).

Voici le contexte posé. Maintenant les faits. Début 2013, deux médecins et chercheurs, le Pr. Even et le Dr. de Lorgeril remettent en cause l’utilité de ces statines dans la lutte contre le cholestérol, et même le danger supposé que représenterait un excès modéré de cholestérol. Leur argument : pour la faire courte, on ne dispose d’aucune étude impartiale économiquement et méthodologiquement sérieuse qui prouverait de façon indubitable que l’excès de cholestérol augmente la mortalité des patients.

J’attire l’attention du lecteur sur le fait qu’en sciences du vivant, la matière première est l’étude clinique sur un nombre important de sujets, dont on tire une interprétation statistique qui représente une concomitance de plusieurs paramètres, mais en aucun cas un lien de causalité. Comprenez que si 80% des délinquants sont accrocs au sucre, cela ne signifie pas pour autant que le sucre entraîne la délinquance. C’est juste un marqueur. (Et souvenez vous de cette étude…). Les deux phénomènes n’ont peut-être qu’un lien ténu, très indirect, voire sans rapport.

Bref, le fait est que ces médecins n’éliminent pas entièrement l’hypothèse admise aujourd’hui selon laquelle excès de cholestérol → athérome → artériosclérose → risques cardio-vasculaires, leur argument principal est que nos connaissances actuelles ne justifient pas une prescription de principe et/ou préventive de ces molécules, dont les effets secondaires sont non négligeables, sans parler du coût pour la Sécu…

Je vais écarter le Pr. Even de la suite de cet article, considérant qu’un pneumologue qui donne un avis sur le cholestérol ne fait rien de plus que donner un avis sur le cholestérol.

D’après le Dr. de Lorgeril, cardiologue et chercheur au CNRS, le test JUPITER, effectué en 2008, censé tester à grande échelle les effets de la rosuvastatine (la molécule du fameux Crestor, qui représente 309 millions € dans le budget 2011 de la Sécu), est perclus d’erreurs méthodologiques et d’incohérences cliniques .

Toujours d’après lui, les tests « prouvant » l’efficacité des statines (test AURORA, GISSI, et CORONA) sont anciens et laissent des doutes sérieux quant à leur impartialité vis à vis des laboratoires pharmaceutiques, après les précédents créés par le scandale du Vioxx (que de Lorgeril évoque dans la vidéo ci-dessous).

Un autre médecin, le Pr. Claude Béraud, a publié en 2008 un article où il récapitule la « saga des statines » depuis les années 1970 et où il fait part de ses doutes quant à la pertinence des indicateurs biologiques utilisés pour dépister l’hypercholestérolémie et quant à l’hypermédicalisation de cette pathologie .

Bref, le cholestérol pourrait être une vaste enfumade sur fond de principe de précaution versus millions d’euros versus effets bénéfiques supposés mais non démontrés versus effets indésirables.

Dans la vidéo ci-dessous, on peut voir Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse tenter de décrédibiliser Michel de Lorgerie, qui avait été invité à une explication de 30 min et qui a découvert sur le plateau qu’on lui avait accordé seulement 2 min 30 (ce qui ne l’a pas arrêté) .

Bref, Marina et Michel m’ont beaucoup déçu sur ce coup là, tentant de faire dire à leur invité ce qu’ils avaient envie d’entendre et l’empêchant d’aller au bout de ses explications. En creusant un peu, j’ai découvert que Cymes est le co-auteur d’un livre sur le sujet, Le Cholestérol en questions, ce qui est un peu étrange quand on sait qu’il est chirurgien ORL…

En conclusion, chacun se fera sa propre idée, mais les arguments des anti-anti-cholestérol me paraissent, après étude, tout à fait sérieux et très bien documentés. Et on n’est plus à une étude près, trafiquée pour cause de parts de marché…

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2 réflexions sur “ Y aurait-il un scandale du cholestérol ? ”

    1. Je ne suis pas d’accord avec toi. La médecine a besoin de médicaments (enfin, pas autant que ce qu’on voudrait nous faire croire), et le développement de ces médicaments demande des capitaux pour payer la recherche. Le business est nécessaire pour financer la recherche, et c’est juste l’éthique qui arbitre entre le cash et la médecine.

      Là où le problème se pose, c’est à l’interface entre la société civile et les boîtes pharmaceutiques. Il faudrait que les experts et les décisionnaires soient totalement indépendants, pour pouvoir refaire des tests qui aient de l’allure et faire les choix qui protègent l’intérêt public.

      Bon ceci étant, les boîtes pharmaceutiques ne devraient pas être cotées en bourse. Les actionnaires, c’est le mal.

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