René l’Énervé

Critique de la gouvernance à la Sarko, René l’Énervé est un opéra bouffe qui a valu un seau de merde à son auteur, tant sa peinture sans complaisance (mais fidèle) a choqué l’extrême droite…

Imaginez une satire grinçante et incisive de 5 années de sarkozysme, d’une élection gagnée haut la main faute d’adversaire convaincant(e), imaginez des références assassines et implacables à toutes les bourdes, bévues, boulettes de notre beau président, tout ça dans un opéra bouffe… Vous tenez René l’Énervé, créé en septembre 2011 au théâtre du Rond-Point par Jean-Michel Ribes (texte) et Reinhardt Wagner (musique). Voyons d’abord le sujet de CultureBox (France 3) :

http://api.dmcloud.net/player/embed/4e709e80f325e11e5f000025/4f61cbcc94a6f63566000852/6a7d940ee34f49fa90bb2950b38c7bef?logo=0

Critique générale

À lire mes confrères (allez, je me la pète), l’opéra a reçu un accueil mitigé. Entendons-nous, il s’agit d’une pièce « grand public », et non d’un truc hermétique pour intellos bobos version parigot rive-gauche. C’est peut-être un début d’explication. La pièce en elle-même est assez cinglante, pleine de bonnes idées, délicieusement mordante et remplie d’allusions.

Tout le monde en prend pour son grade : extrême droite (« Cons de la Nation ») revus en chasseurs primaires, verts écolos allumés, opposition sans idées et molasse, parti majoritaire en perte de vitesse… L’élection démarre mal jusqu’à ce qu’on trouve le candidat de la majorité : René, épicier hyperactif, qui « n’a pas d’idées mais du bon sens » et beaucoup d’énergie à revendre. Face à lui, Gaufrette la ronde et Ginette la grande bringue inspirée, tout de rose vêtues, se crêpent le chignon en divisant l’opposition.

Dans tout ça, les « philosophes nouveaux » qui « passent à la télé », chemise blanche ouverte jusqu’à la poitrine, ou blouson de cuir/lunettes à large monture, soufflent les bonnes paroles de la caste pensante, toujours complaisamment parce qu’il faut bien continuer à se faire inviter sur les plateaux.

Bref, tous les gens qui nous agacent s’en prennent plein la tronche, et c’est juste jouissif.

Mais…

Si globalement, l’ensemble laisse une bonne impression et garantit un bon moment, on ne peut s’empêcher de sortir de la salle avec quelques regrets.

Pour commencer, le texte est assez plat, avec beaucoup de rimes faciles, des tournures sans impact et des répétition très lourdes. C’est du texte de café concert, sans véritable saveur, ponctué de calembours de farce, entre autres grosses ficelles. Quelques traits de génie (« Je suis en forme, je réforme »), répétés 5 fois, finissent invariablement par lasser. À la fin, l’intrigue s’essouffle et tire en longueur.

Ensuite, – et là, c’est le musicien qui parle – on regrettera l’absence de mélodies concertantes et le manque global de lyrisme dans la partition. Il semble que la musique, qui n’a rien d’exceptionnel, soit ici purement utilitaire, ce qui fait qu’on ne retiendra aucun air. Je sors toujours d’un opéra en sifflotant les plus beaux passages, mais là je suis sorti en silence. D’ailleurs, le niveau vocal des chanteurs est acceptable sans être excellent (et ils chantent avec micro). Dommage…

Conclusion

Pour résumer, l’analyse et la critique politico-sociale sont bien menés, mais la mécanique (mise en mots et mise en musique) gagnerait à être affinée. De même, si le jeu d’acteur est sans bavure, l’aspect vocal est correct sans plus. Enfin rien à redire sur les décors et la mise en scène, efficaces et bien vu.

L’aggression de l’auteur

Je suis allé voir cet opéra hier soir, à Nancy, 4 jours après que son auteur, Jean-Michel Ribes, y ait été agressé (place Stanislas) par des intégristes catholiques criant à la christianophobie. Ceux-ci ont même cru bon de lui faire un masque de beauté aux excréments, histoire de prouver que la réalité de l’extrême droite n’est pas si éloignée de la peinture des « Cons de la Nation » qu’en fait Ribes…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s