La pub m’a tuer

Il y a quelques jours, alors que ce site, grâce à la publicité, devenait rentable, j’ai décidé de la supprimer. Bien que je reste convaincu qu’elle est un mal nécessaire, j’ai dû m’y résoudre pour toutes sortes de raisons.
CC Flickr – Damien Phototrend.fr

L’illusion du tout gratuit

[multicol n= »2″]Le web s’est construit autour de la règle non écrite que tout devait y être en accès libre et gratuit. Ainsi, des sites encylopédiques comme Wikipédia, Universalis, feu le Quid ou les versions web des grands quotidiens nationaux proposent du contenu multimédia principalement ou totalement gratuit. Et l’internaute que vous êtes a pris l’habitude de passer son chemin lorsqu’on lui demande de payer pour du contenu, se disant qu’il trouvera bien la même chose ailleurs, gratuitement. On conçoit l’achat d’un livre ou d’un journal (c’est à dire en fait, le paiement de l’accès aux informations qui s’y trouvent), mais pas le paiement de l’accès à un site web.

Sauf qu’éditer un site n’est pas gratuit. Il faut d’abord l’héberger, c’est à dire placer les fichiers qui le composent sur un serveur. Pour ceux, comme moi, pour qui un serveur personnel ne se justifie pas, on passe alors par un hébergeur qui fournit un serveur mutualisé (un serveur pour plusieurs sites) avec le personnel qualifié qui se chargera de la maintenance (dépannage, mise à jour des logiciels, …). On ajoute là un coût supplémentaire : celui de la main-d’oeuvre.

Ensuite, il convient de créer le site et de le mettre techniquement en place. Là encore, c’est du temps, des compétences… donc de l’argent.

Et puis vient la partie éditoriale, à savoir la création du contenu du site. Ici aussi, mieux vaut ne pas trop compter ses heures. On est auteur de site web de la même façon qu’on est auteur de livres papier. Ce qui change, c’est le support, donc la facilité d’édition, mais pas la démarche et le temps passé.

Toute cette démonstration pour prouver qu’un site, malgré l’impression qu’ont beaucoup d’internautes, coûte pas mal d’argent, et que le principal moyen de rentrer dans ses frais est de diffuser de la publicité, même si elle n’est pas agréable.[/multicol]

Le début de la rentabilité

Avec 5 annonces judicieusement placées par page (4 Media-clic et 1 Blogbang), ce site commençait à devenir rentable. Pas de quoi vivre (et ce n’est pas le but), mais les frais d’hébergement étaient couverts et même plus. Alors pourquoi, me direz-vous, saper une affaire qui marche ?

Les annonces de 3e zone

[multicol n= »2″]Je travaillais avec deux régies publicitaires : Media-clic, spécialisée dans les annonces rémunérées à l’affichage (CPM) à rapport élevé, et Blogbang, spécialisée, elle, dans les publicités vidéo qui se lancent au survol du curseur. Concrètement, dans le cas de Blogbang, vous aviez une vidéo qui se lançait de façon presque inopinée (très désagréable), et pour Media-Clic, des annonces de merde (disons les choses telles qu’elles sont), clignotantes, flashy, agressives, parfois en Espagnol ou en Anglais, faisant la promotion d’arnaques… bref rien de cohérent avec la philosophie de la Gazette.

Pendant un temps, gains aidant, j’ai fait abstraction de la piètre qualité des publicités. Même si j’étais le premier à les subir, étant mon premier lecteur (je passe beaucoup de temps quotidiennement à vérifier que tout fonctionne bien et à répondre aux commentaires). Et puis la semaine passée, j’ai décidé de cesser d’imposer ce désagrément à mes lecteurs comme à moi-même.[/multicol]

La surcharge des pages

[multicol n= »2″]En outre, d’un point de vue technique, chaque publicité, c’est un script à charger et à lancer. Avec 5 annonces par page, on augmentait considérablement le poids des pages, donc le temps de chargement, de même que les erreurs, bugs d’affichage et autres. Là encore, c’est l’ergonomie utilisateur qui s’en ressentait, mais aussi le positionnement dans Google. Quand on sait qu’on perd un pourcentage non négligeable de visiteurs pour quelques secondes supplémentaires de chargement (étude à retrouver), on y réfléchit à deux fois.

Mais la surcharge n’affecte pas que la technique et le temps de chargement de pages, elle nuit aussi à l’ergonomie du site. Avec des tas de machins colorés et clignotants partout, on dilue les informations essentielles et on disperse l’attention du lecteur. Finalement, la barre latérale d’un blog n’est-elle pas faite d’abord pour faire la promotion des autres articles de ce blog ?[/multicol]

L’appât du gain et la créativité

[multicol n= »2″]On a beau ne pas être cupide, avoir des principes et tout et tout… Quand ça commence à rapporter, on devient comptable. Imperceptiblement, je me suis retrouvé à écrire pour faire des visites (donc des profits via la pub) et non pour le lecteur, je me suis mis à tout optimiser, je consultais mes stats de fréquentation 10 fois par jour… jusqu’à ne plus pouvoir écrire du tout, ayant l’esprit stérile car occupé par les profits, comme vous l’avez constaté au mois de février.

À noter pour la suite : je crois qu’on ne peut pas assurer conjointement la partie éditoriale et la partie commerciale. Les gens dont le fonds de commerce est la créativité (même modestement, au travers de la rédaction), doivent avoir l’esprit totalement libéré des considérations économiques pour être productifs. Devoir assurer les deux en même temps m’a complètement bloqué pour la partie rédactionnelle. Ce qui pose la question des blogueurs professionnels… Suivez mon regard. Il y a un moment où on ne peut plus se faire plaisir quand on veut faire de l’argent, même si on essaye de vivre de sa passion.

Je suis éditeur de contenus multimédias : textes, photos, vidéos. L’argent est secondaire dans mon activité, c’est pourquoi je me suis recentré sur ma passion en laissant tomber ce qui me freinait. Depuis, j’ai l’impression de me retrouver chez moi sur la Gazette, j’ai retrouvé le goût d’écrire, mais pour moi (et un peu pour mon lecteur), non pour draguer en masse des visiteurs. Le nombre de visites quotidiennes n’est plus source de stress.[/multicol]

Comment payer le site à l’avenir ?

Il me reste la vente de mon cours de trigonométrie, qui devrait être rejoint par d’autres, et sur lequel je vais me concentrer. Là au moins, il s’agit d’un vrai produit travaillé. Psychologiquement, pour moi, c’est très différent que monétiser mes articles écrits sur l’inspiration et l’envie du moment.

Et puis, à l’avenir, quand le site pèsera plus lourd en visites, je n’exclus pas de négocier avec des régies « premium » des annonces de qualité et cohérentes avec l’esprit de la Gazette.

Au pire, la Gazette, c’est mon bloc-notes. Est-ce vraiment grave s’il me coûte de l’argent ?


Note à l’attention des grammairiens distingués : le titre n’est pas une faute, mais une référence à l’ultime message de Ghislaine Marchal.

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6 réflexions sur “ La pub m’a tuer ”

  1. Ca me fait penser à une interrogation sur la viabilité des modèles « gratuits » que je me posais sur mon modeste blog. (Je ne mets pas de lien volontairement, ça n’en vaut pas la peine, à part peut-être les commentaires).
    Enfin, c’est courageux de ta part.
    Sur ton édito, j’ai écrit que j’aime ton côté « sans compromis ». C’est vrai. C’est chouette à regarder, pour moi, mais ça doit être plus compliqué à vivre, pour toi et tes proches !

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    1. Merci à tous les deux !

      C’est vrai, jjjjeeeeffff, un côté « sans compromis », c’est avant tout un caractère de merde. De loin, ça amuse, de près, c’est souvent moins drôle. Étant donné qu’il y a des jours où je me supporte difficilement, je n’ose imaginer ce que ça peut être pour les autres. Mais bon, au pire, ils peuvent toujours partir en courant…

      Ceci étant, quand je peux me payer le luxe d’éviter les compromis, c’est toujours un bonheur. Car après tout, « compromis », c’est déjà le début de « compromission »…

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  2. Commentaire un peu tardif car je viens de découvrir ton blog. Ça fait du bien de lire ce genre d’article moi qui traîne dans la blogosphère depuis quelques temps et qui entends parler d’affiliation (je vais adopter mailpress!) et de rentabilité en permanence. Je ne partage pas ton point de vue à 100% mais il apporte de la fraîcheur, bonne continuation

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