Notes sur Aurélia, G. de Nerval

Dire que je vais faire la critique d’une oeuvre parue au XIXe siècle serait un peu prétentieux… D’autant que je ne m’attirerais rien d’autre que les foudres des littératureux puristes pour qui tout ce qui a traversé la poussière des siècles est panthéonisable.

Je vais donc me contenter de quelques impressions de lecture.

Une dame que j’avais aimée longtemps et que j’appellerai du nom d’Aurélia, était perdue pour moi. Peu importent les circonstances de cet événement qui devait avoir une si grande influence sur ma vie. Chacun peut chercher dans ses souvenirs l’émotion la plus navrante, le coup le plus terrible frappé à l’âme par le destin ; il faut alors se résigner à mourir ou à vivre : – je dirai plus tard pourquoi je n’ai pas choisi la mort. Condamné par celle que j’aimais, coupable d’une faute dont je n’espérais plus le pardon, il ne me restait qu’à me jeter dans les enivrements vulgaires ; j’affectai la joie et l’insouciance, je courus le monde, follement épris de la variété et du caprice. […] Quelle folie, me disais-je, d’aimer ainsi d’un amour platonique une femme qui ne vous aime plus. Ceci est la faute de mes lectures ; j’ai pris au sérieux les inventions des poètes.

Ainsi commence l’ouvrage, et telle est la description de cette femme que le narrateur, probablement Nerval en personne, nomme Aurélia et dont il a fait son personnage récurrent.

Au hasard des invitations en société, il est un jour amené à revoir celle qu’il a aimé, dans un salon de province où ils étaient tous deux conviés. Alors qu’il pense l’avoir perdue définitivement, elle s’avance vers lui et le salue. Dès le lendemain, il doit regagner Paris pour trois jours, mais il se promet de revenir dès que possible auprès d’elle. Cependant, lors de son séjour parisien, il est frappé d’une prémonition funeste : Aurélia va mourir.

Alors se déclenchent une succession de songes qui prennent le pas sur sa vie réelle et marquent le commencement de la folie de Nerval, qui va le conduire rapidement en maison de santé. Ses symptômes redoublent avec la douleur lorsqu’il apprend qu’Aurélia est effectivement morte. Il perd le sommeil, le peu qu’il parvient à dormir est peuplé de rêves symboliques, mystiques et métaphysique sur la mort, la finitude, le néant. Il déifie alors celle qu’il a aimée et perdue, et entame une longue rédemption par laquelle il espère se montrer digne du pardon qu’il n’a pu obtenir d’elle vivante.

Aurélia devient toute sa vie, hantant ses rêves, prêtant ses traits ou sa voix aux personnages que rencontre Nerval, trahissant symboliquement sa présence dans chaque aspect de son existence. La raison fragile du narrateur cède un peu plus à chaque page, sous le poids du remord et de la culpabilité. La fin est un apothéose qui achève la descente aux enfers.

J’ai refermé le court ouvrage (70 pages) avec la nette impression de partager une bonne partie des névroses de ce cher monsieur de Nerval, ce qui augure le pire sur ma santé mentale : une certaine propension à se faire du mal pour rien, et la mauvaise habitude de sacraliser un peu trop les sentiments, pour ne mentionner que ce qui est publiable ici.

L’ouvrage est une plongée stupéfiante dans l’esprit d’un homme que la douleur rend fou, d’un sentimentalisme profond sans tomber dans la sensiblerie. C’est vertigineux, cathartique et effrayant à la fois. Lisez-le.

P.S. : Aurélia, abstiens-toi de me précéder dans la tombe.

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