Ces mots qui ne veulent plus rien dire

Hommes politiques, patrons, journalistes, publicitaires… se plaisent à nous servir de belles phrases pompeuses, pleines de sens cachés mais malheureusement sans véritable signification. Quelques exemples ?
CC Flickr - Udayanga Amarasekara

Humanisme

L’Humanisme, à l’origine, est le mouvement intellectuel datant de la Renaissance et visant à replacer l’Homme au centre du monde, dans un charmant combat terrien vs Dieu, contre l’obscurantisme. Pour le TLFI, c’est :

Attitude philosophique qui tient l’homme pour la valeur suprême et revendique pour chaque homme la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines

Aujourd’hui, l’humanisme a été tellement mis à toutes les sauces que tout le monde peut à peu près s’en réclamer, à tel point que j’ai refusé de l’employer sur la page À propos de ce site. Ainsi donc, la charité est jugée humaniste, de sorte que la plus vaniteuse condescendance est devenue une vertu.

Pour les grandes écoles, proposer une « formation humaniste » est, semble-t-il, plus élégant qu’un « cursus pluridisciplinaire ». Et puis, ça a un doux parfum d’universalité et d’intemporalité, avec comme sous-entendu que ladite formation se préoccupe plus de l’épanouissement des ses étudiants que de son classement et de ses statistiques de réussite. Bref, c’est classe.

Enfin, les hommes politiques aiment beaucoup user de ce qualificatif glorifiant dans leurs séances d’auto-congratulation ou dans les éloges jamais vraiment désintéressés qu’ils s’adressent les uns aux autres. C’est un peu le mot populiste passe-partout qu’on case pour meubler et faire comme si on préférait l’individu au système, l’homme à l’électeur et qu’on en avait quelque chose à faire de la morale et des vertus.

Optimisation

Signe des temps, dans une quête nocive à l’efficacité, à l’efficience, aux rendements, au toujours mieux, où les hommes sont des pions qu’on peut détruire parce que nul n’est irremplaçable, l’optimisation est devenu le mot à la mode partout.

Il s’agit en fait d’un anglicisme dérivé de to optimize, employé pour la première fois en 1844 dans le sens de «se comporter en optimiste» et à partir de 1857 au sens de «faire quelque chose de manière optimale» (source : TLFI).

On connaissait, en conception (et surtout en maths appliquées), les fonctions d’optimisation, dont la plus basique consiste à calculer la boîte parfaite qui, tout en contenant un volume maximal, présentera une surface minimale afin d’économiser le carton.

Il y a eu également les fonctions optimisées en informatique, qui consistent à écrire des programmes contenant le moins de commandes possible, afin de les rendre plus légers, plus lisibles et d’éliminer le plus de sources de bugs possible. Suivirent les fichiers compressés, optimisés pour le meilleur rapport poids/qualité. On pense au format d’image jpeg ou aux dossiers zip.

Bien avant, on s’était mis à optimiser la production industrielle, avec les modèles de production de Taylor, de Ford ou même de Toyota. Si le principe de vouloir produire plus avec moins (de main-d’oeuvre, de matière première, …) est louable, le problème vient d’un décalage criant entre la (belle) théorie et la réalité (pourrie) : le facteur humain.

À force de vouloir faire toujours mieux, toujours plus, et de courir sans cesse après des résultats toujours plus irréalistes, on a transformé l’humain en machine en oubliant totalement qu’un employé a besoin de s’épanouir un tant soit peu dans son travail pour rester en bonne santé (physique et morale), et également pour produire un travail de qualité. Jusque là, on est dans l’évidence.

Sauf que l’évidence semble avoir été totalement oubliée par le monde de l’entreprise version française. Ce qui est stupide à long terme, puisque l’économie ponctuelle réalisée par une entreprise en confondant employé et citron va générer notamment des dépenses de santé supplémentaires que toute l’économie devra supporter, via la Sécurité sociale. Le Prosac, ça finit par coûter cher… Il n’y a certes pas que sur ce terrain que l’économie à court terme coûte cher à long terme, mais ce n’est pas mon propos.

Par voie de conséquence, « optimiser », aujourd’hui, ça veut surtout dire « casser de l’humain ».

Égalité

Où je vais m’attaquer à un des superbes mythes de notre glorieuse République bananière…

Historiquement, le terme égalité qui apparaît en Français au début du XVIe siècle se réfère d’abord à un fait mathématique : « relation entre deux choses ne présentant aucune différence de grandeur, de qualité ». C’est au XVIIe siècle qu’on étend son usage à des faits sociaux (1647 : « (de personnes) état de conditions égales » (CORNEILLE, Théodore)) et caractériels (1639 : « stabilité, constance dans les dispositions du caractère »).

À la lumière de quoi, je pense pouvoir affirmer que l’égalité, ça n’existe pas en dehors des mathématiques. La devise « Liberté, égalité, fraternité » est jolie sur le papier mais ne signifie rien.

Pourtant, on nous ressasse l’égalité devant la loi, l’égalité entre les sexes, l’égalité de traitement, … On peut, au mieux, parler d’équité (« Principe impliquant l’appréciation juste, le respect absolu de ce qui est dû à chacun », TLFI), mais l’égalité, mieux vaut ne pas courir après des chimères : c’est un idéal inaccessible. Parce qu’il y a aura toujours des forts et des faibles, des grands et des petits, des amis et des ennemis, des abrutis et des génies, des hommes et des femmes, …

C’est pourquoi ça ne coûte pas cher, de tartiner de l’égalité partout. Personne ne sait ce que c’est, au fond.

Message fort

Il semble y avoir des messages faibles, car à en croire les journalistes (qui sont pour beaucoup dans les évolutions de la langue), à chaque fois qu’un homme politique en fonction ou non ouvre la bouche, il adresse un « message fort » à quelqu’un.

Mais qu’est-ce qu’un message fort ? Une menace ? Un rappel à l’ordre ? Un sous-entendu lourd de sens ? Une bafouille contenant des valeurs universelles ?

D’après le TLFI, toujours, une chose forte est « capable d’exercer une action puissante, doué[e] d’une grande efficacité ». Finalement, on est dans l’oxymore, car l’action d’un discours est surtout fonction de l’importance de l’orateur, c’est à dire assez limitée dans la plupart des cas.

Ici, je serais incapable de dégager le sens de l’expression, et je ne serais même pas surpris qu’il en soit de même pour ceux qui l’emploient. Ou alors ça ne veut simplement rien dire…

Film événement

Narcissisme des cinéastes ou hyperbole des producteurs ? Il semblerait que chaque film qui sorte soit voué à devenir un phénomène de société qui impacte durablement la culture occidentale car, à en croire la promotion des films actuellement à l’affiche, ce ne sont que des « films événement ».

La locution est ici assez claire : le film est voué à prendre une certaine importance dans la vie des gens. Ce dont on doute beaucoup quand elle se trouve accolée au dernier blockbuster made in Hollywood.

Mais enfin, on peut comprendre qu’après le succès inattendu de Bienvenue chez les ch’tis, le pire nanard de troisième zone soit en droit d’attendre un succès retentissant. Hein biloute ? La morale de l’histoire, c’est que les publicitaires n’ont vraiment peur de rien, surtout pas du ridicule. CQFD.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s