Mes Collocs

Aujourd’hui, c’est un invité, ancien élève de prépa Maths-Physique, qui écrit sur la Gazette, pour relater sa recherche de logement et une version post-prépa de C’est du propre.
CC Flickr – Mimi_K

Ah, la prépa ! Cet univers mystérieux et terrifiant, pour ses membres comme pour les non-initiés. Mais bon, comme Capital et Zone interdite se sont déjà chargés de vous plonger dans cet univers glauque, tout a déjà été dis et redit, si bien que je vous épargnerai le récit de cette période de ma vie, qui, d’après des profs qui ne peuvent pas se tromper puisqu’ils sont agrégés, aurait été formatrice.

A dire vrai, ce dont il est question dans les quelques lignes qui suivent, c’est ce qui se situe immédiatement après ces deux années de bonheur : l’intégration, ainsi que cet épisode qui touche à peu près tout élève sortant de prépa : la recherche d’un logement.

Les choses sérieuse (ou sérieusement étranges) commencent après le joyeux épluchage de petites annonces. Sur les deux appartements que j’avais retenu, le premier était une colocation située tout près de mon école, assez proche des commerces et qui s’est avéré… vaguement potable. L’idée étant de partager un appartement composé de 6 chambres, une (petite) salle de bain, des toilettes et une cuisine (ridicule) à laquelle on a accolé un coin douche (« la grotte » me souffle-t-on). Dans un roman de Terry Pratchett, j’aurais inévitablement pensé à Bougre-De-Sagouin Jeanson, mais malheureusement la vérité était moins rigolote.

Le Garage

En route pour le deuxième appartement, 16m², un peu plus éloigné du centre ville. Je marche donc trois bons quarts d’heure, aidé de mon fidèle compagnon et de son indispensable application GPS, pour me rendre à l’adresse indiquée… qui étrangement n’est pas visible. Un peu comme la Chambre des Secrets en fait : quand je cherche le 16 de la rue, je ne trouve que le 12, le 14 et le 18. Dommage !

Passé un certain temps à tourner en rond comme un abruti, je me décide à passer un coup de fil au propriétaire. Et il faut encore un temps certain avant que le brave homme ne vienne m’indiquer la porte d’entrée de ce qui s’avère être son garage. Sans rire, prenez un garage de 16m², collez-y une vague cloison au milieu, le lit à gauche, le coin salle de bain à droite, flanquez une armoire mourante pour « séparer » le coin chambre du reste, un minitel (que dis-je ? une sainte relique ! ) dans un coin et vous voilà avec un palace susceptible de vous rapporter gros à la location, surtout en région parisienne.

Pour ce qui est de l’état général, imaginez l’humidité attaquant les murs avec la même ferveur que les hélicoptères du lieutenant-colonel Kilgore un village Viet-cong{{1}} [[1]]dans Apocalypse Now[[1]], un plancher vermoulu et usé, des infiltrations d’eau au niveau des fenêtres et vous aurez une vision assez juste de l’ensemble.

À côté de ça, le bonhomme m’assure que tout l’appartement sera refait à neuf d’ici la rentrée (soit trois semaines). Il m’annonce ensuite le montant du loyer (déjà au dessus de la moyenne), les charges (non comprises) et le prix de la connexion internet (WTF?!?!?). Dans sa grande mansuétude, il me permet même d’embaucher à mon tour sa femme de ménage pour une dizaine d’euro l’heure de ménage. Sympa…

Ô temps, suspends ton vol !

Je ne sais pas trop ce qui m’a pris, mais j’ai imaginé l’endroit à neuf et ça m’a semblé pas mal. Profitant de cet instant de faiblesse, le bonhomme s’empresse de m’emmener à l’arrière de sa maison, pour me faire signer les papiers.

Des signes évidents auraient dû m’alarmer lorsqu’il m’y conduisit : les rosiers depuis longtemps desséchés (voire fossilisés), la haie au contraire pleine d’une vigueur jamais réprimée par la cisaille, le bitume un peu défoncé… Mais bon, le type rentrait de vacances ! En plus il s’excuse par avance pour l’état dans lequel j’allai trouver son jardin, qu’il n’avait pu entretenir comme il aurait voulu le faire, pour je ne sais quelle obscure raison.

Et, tout à coup, s’offre à moi un terrain très grand pour une maison en ville et dont la fascinante diversité botanique laissait supposer qu’il était laissé à l’abandon depuis des années. Un bassin défoncé trônait en son milieu avec, juste à côté, une petite fontaine en forme de poisson, peinte en bleue fluo. LA Classe façon 70’s quoi.

Je vais réfléchir…

L’homme me fait asseoir à une table de jardin agonisante et me propose gentiment un café. J’accepte, et profite du fait qu’il rentre dans sa maison pour en détailler l’intérieur en piteux état. Il revient finalement avec un verre d’eau à la propreté douteuse, s’excusant de n’avoir plus que ça à me servir car son fils était passé chez lui et, chose que je médite encore, « a bu tout ce qu’il était possible de boire sans réapprovisionner ».

Il me présente également un informe tas de papiers désordonnés. S’étant rendu compte qu’il lui en manquait, il le complète par une série d’allers-retours, me laissant le temps de réaliser l’énormité de son offre. L’assurance que la chambre serait remise à neuf en trois semaines perdait toute crédibilité au vu de sa « propre » maison où le temps s’était arrêté une bonne trentaine d’années auparavant. J’esquive donc la signature en lui demandant un temps de réflexion, il comprend tout à fait, et m’invite très aimablement à l’appeler dans la soirée pour lui faire part de ma réponse.

Sur le chemin du retour, je me décide pour finalement appeler les propriétaires du premier appartement pour qu’une chambre m’y soit réservée, la question du logement étant alors pour ainsi dire réglée.

L’installation

Le temps étant enfin venu pour moi de m’installer, je me rend avec armes et bagages à l’appartement, où je suis très bien accueilli par la seule fille de la colocation (qui fréquente le même établissement que moi et habite ici depuis un an), et salué au passage par une forte odeur d’urine s’échappant de la salle de bains/toilettes et les effluves de graillou peu appétissante en provenance de la cuisine. Yeurk…

Je me rend alors compte de l’état déplorable de l’appartement. Les propriétaires m’avaient avoué que le ménage laissait peut-être à désirer, mais « cela est proprement dû à un certain laisser-aller du fait qu’ils sont peu à vivre maintenant dans l’appartement ». Ce que je peux parfaitement comprendre, n’étant pas non plus un maniaque de la propreté. Mai en fait de laisser-aller, on atteint les sommets du cradingue, de la plus immonde dégueulasserie, bref, je suis dans la Roll’s de la Crasse :De l’évier jusqu’au placards, la cuisine suinte de graisse, est décorée de résidus alimentaires en tout genre et encombrée de vaisselle sale. Du côté de la salle de bains, le thermostat de la cabine de douche, crasseuse, est mort (autrement dit, c’est douche glacée ou bouillante, choisis ton camp camarade!), vingt centimètres d’eau croupie stagnent dans les toilettes qui puent la pisse, et la machine à laver est, chose étrange, tapissée de bouts de PQ déchirés. Flippant n’est-ce pas?

Cif vs Dirt

Le lendemain matin, la rentrée. Je dors mal et mets à profit mon insomnie matinale pour nettoyer la cuisine… Toudoudoudouuuuuum ! {{2}} [[2]] pour ceux qui ne l’aurait pas reconnu, c’est l’ouverture de La 5ème symphonie de Beethoven (dite du Destin)[[2]] Je commence par du gros-œuvre en déblayant l’évier et ses alentours avant de l’asperger copieusement de gel javel. Pendant que je fais ça, ma colocataire passe derrière moi et me tient grosso modo ce discours « T’es motivé pour nettoyer, c’est cool! Mais tu sais, j’avais déjà nettoyé en arrivant et t’auras rien de mieux, c’est l’appartement qui est naturellement sale ». Ne souhaitant pas être acerbe, je me contente d’un sourire en guise de réponse.

En rentrant de cours, je passe aux placards, et fait encore quelques découvertes. Comme les propriétés chimiques de la substance qui les recouvrent intégralement : une espèce de confit de poulpe mixé avec de la poussière et fortement résistant au Cif que je vaporise à tout-va. Ou encore des casseroles tellement corrodées que le fond reste collé à l’étagère quand on essaye de les retirer.

S’en suivit une bataille terrible, où la couleur du meuble changeait à chaque coup d’éponge, où les jurons et les cris de désespoirs fusaient. Ce fut… épique. Profitant du spectacle de mon combat acharné, mes colocataires passaient régulièrement derrière moi, mi-amusés, mi-inquiets, me prenant probablement pour un PUTAIN DE PSYCOPATHE mais ne me proposant aucune aide. Je n’aurais pas été surpris de les voir prendre des notes où des photos. Ma colocataire toujours derrière moi, m’encourageant avec bienveillance au moment où je lavais l’intégralité de la vaisselle commune : « Lol! Maniaque! Oh pis, même ta chambre elle est toute rangée! » Quoiqu’il en soit la crasse « naturelle » de la cuisine s’estompait alors que mes forces diminuaient.

L’électroménager de la Mort…

En revanche, l’état du four me laisse toujours songeur… Outre les traces de daube sur les boutons, l’intérieur m’a foutrement choqué, autant que ma colocataire, ce qui n’est pas peu dire. Choquée à tel point qu’elle m’aida tant bien que mal à décontaminer cette atrocité. Enfin à essayer de le faire, car je crois que quelqu’un a dû cuire une créature du Mythe de Cthulhu dans ce four (une couille de Profond peut-être), ou alors a tenté d’y faire disparaître le corps d’un de mes prédécesseurs. Avant de profiter d’un appel téléphonique pour battre en retraite, elle m’invite à laisser tomber, tout est trop incrusté, impossible à ravoir, ajoutant qu’elle irait acheter un produit de tueur pour virer toute la daube (soude à 15 mol.L⁻¹ ? Acide fluorhydrique ?). Je la crois volontiers et abandonne, me jurant intérieurement que jamais je ne l’utiliserai. Je me tourne vers le micro-onde, le seul truc de tout l’appart’ censé être propre. Je l’ouvre et c’est exactement à ce moment là que je me suis dis qu’il était nécessaire d’écrire mon histoire : pour poser cette question…

Avez-vous déjà possédé un micro-onde qui sent la mort? Si oui, y vomissiez-vous? Sinon, l’utilisiez-vous pour assouvir vos pulsions sadiques à l’égard des petits animaux ? Avez-vous de quelconques antécédents psychiatriques ?

Quand je dis que ça pue, imaginez un castor qu’on aurait forcé à ingurgiter un fennec mort, qu’on aurait ensuite éventré, placé dans le micro-onde, laissé pourir une semaine, AVANT de mettre l’appareil infernal en route. Me retenant de vomir tripe et boyaux, je saisis mon arme fétiche, le Cif désinfectant (que j’ai baptisé Doris entre temps) et en arrose l’intérieur pour ensuite le refermer et laisser le produit agir une bonne heure, au bout de laquelle je revins vers l’arme bactériologique. L’odeur du désinfectant masquait à grand peine son innommable l’odeur, je nettoyai cette… chose, et me réfugiai dans ma chambre pour raconter mes misères à ma dulcinée (non, pas Doris) et à n’importe quelle oreille compatissante par ailleurs.

A l’heure où j’écris ces lignes, les vrais cours ont commencé et j’envisage de nettoyer la salle de bain…

Si t’as pas compris, toi lecteur influençable, je bande-annonce la suite de mon histoire : prochainement, la salle de bain avec des PHOTOS en 3D sur les écrans équipés !

A.Z. (alias M. Propre)

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