Le monde merveilleux du webmarketing

Cela fait quelques mois que je médite cet article, en observant ce qui se passe, et en combattant mon envie naturelle de tirer à vue sur tout ce qui bouge, ce qui ne serait pas très constructif. Pourtant ce ne sont ni l’envie ni les occasions qui manquent, tant certains tendent le bâton pour se faire battre.

CC Flickr - DavidDMuir

[toc levels=2 title= »Sommaire »]

Introduction : de mon entrée dans ce monde

Depuis juillet 2011, je cherche et je cogite sur les moyens de rentabiliser ce blog. En effet, il se trouve qu’il me coûte 6€ et des poussières chaque mois, sous forme de frais d’hébergement, et je n’ose même pas compter ce qu’il me coûte en temps et en énergie. Ajoutez à cela qu’il va falloir que je paie prochainement une voiture, donc assurance + essence tous les mois, vous comprendrez que je me préoccupe de remplir le tiroir-caisse. Les études, ça paie mal…

Si je ne faisais que raconter ma vie, comme le font la plupart des blogueurs, j’aurais quelques scrupules à vouloir faire un peu d’argent avec mon blog. Mais dans la mesure où je mets à disposition des internautes quelques tutoriaux, une Documentation et quelques articles de fond purement informatifs (qui sont aussi les pages du site qui font le plus d’audience), tout travail mérite salaire. Même si je trouve affreusement vulgaire de travailler pour de l’argent, il y a un moment où il faut bien remplir le frigo.

Donc j’ai épluché et épuisé tout ce que le web français peut receler de blogs d’arnaqueurs et de web-marketeurs. Pour les novices, il faut savoir que le web-marketing peut se décomposer en trois grandes branches :

  1. la monétisation de l’audience : ou comment rentabiliser le trafic généré par un site (journal, blog, réseau social, …) avec la publicité ou l’affiliation (rentable seulement sur les sites à gros trafic ciblé, donc pas ici),
  2. la vente en ligne : ou comment monter une entreprise avec et sur internet (c’est à dire avec un investissement de base limité voire dérisoire),
  3. l’aide à la vente : ou comment propulser une activité « de la vie réelle » ou déjà existante, dans le monde numérique, en améliorant sa visibilité (pack de base : publicité, communauté de clients et infos produits) ou en l’étendant à internet (pack ultime : vente en ligne, campagnes de communication plus vastes et mutli-support, …).

Pour surveiller tout ce qui se publie dans ce petit monde, j’ai mis en place différents outils de veille qui me permettent de récupérer automatiquement tous les articles publiés sur ce sujet et ajoutés à la base de données de monsieur Google sans perdre de temps à les chercher (allez voir ma page Aggrégation). J’ingurgite donc une moyenne comprise entre 120 et 200 articles par semaine, selon les périodes. Autant dire que depuis 4 mois, j’en ai vu passer des conneries… Parce que voilà, force est de constater que la plupart des gourous du marketing en ligne prennent les gens pour des cons, et ça, ça m’énerve.

#1 Ne pas inventer : répéter.

La première tendance, ô combien désagréable, est que dans le petit monde merveilleux du webmarketing, les infos un tant soit peut nouvelles et originales sont un jour publiées par un blogueur X, sur la base d’une étude ou d’une réflexion personnelle, puis repompées partout par ses petits camarades, entre 3 et 5 jours après la publication de l’article original. Pour un veilleur comme moi, c’est extrêmement pénible de voir passer plusieurs fois les mêmes informations, surtout quand les plagieurs se prennent pour des mecs supers intéressants qui publient des trucs trop originaux tirés de leur super expérience, alors qu’ils ne font qu’encombrer le web de leurs redondances.

Le pire est que la plupart des blogs de marketing web sont remplis de vide : des articles complets de 800 mots voire plus contiennent une ou deux vraies informations, souvent de vulgaires évidences, mais noyées dans un flot qui « fait sérieux » et inspire confiance. Quand on analyse l’article, en se demandant ce qu’on y a appris de nouveau et d’exact, on se rend compte que le mec noie le poisson, et on se dit que ses 2500 abonnés Feedburner sont tous cons. Oui, la tendance globale est à l’effleurement : un blogueur digne de ce nom devant publier au moins 3 fois par semaine, on comble le vide en traitant des sujets bateaux de façon éminemment superficielle, sans apporter ni informations nouvelles, ni analyse, ni même solutions techniques précises. On se contente d’accumuler des phrases-type dans des articles-liste intitulés « Les 5 secrets pour passer de 20 à 800 lecteurs/jour », dans ce genre là :

  • entretenez votre communauté
  • remerciez vos visiteurs
  • devenez l’expert de votre niche
  • la priorité au contenu
  • récupérez un maximum d’adresses mail.

Une fois qu’on a lu tout ça, on est bien avancé… On se dit alors que, maintenant qu’on connaît les lignes directrices, on va pouvoir creuser chaque axe et on cherche des articles techniques pour savoir comment réaliser tout ça en pratique. Sauf qu’il n’y en a pas : ce sont partout (ou presque) les mêmes empilements de conseils de bons sens qui ne font pas avancer le novice.

Sans compter que tous les spécialistes en web-marketing qui marche ne font que traduire les méthodes des marketeurs américains, en s’appropriant leurs idées et en leur adjoignant le charme de l’exotique : annoncer qu’on a été chercher le secret de son succès dans le pays d’oncle Sam, ça forge le mythe du self made man. Il suffit d’oublier opportunément de préciser que certains trucs sont à la limite de l’escroquerie et d’une moralité douteuse, et le tour est joué : avec des notions d’Anglais courant, on créé « sa » méthode de blogging à succès à partir de celle d’un gourou US.

#2 Tous experts

La deuxième tendance est que n’importe quel mec qui fait semblant de s’intéresser à la vente en ligne depuis 3 mois se croit en devoir de partager sa superbe expérience universelle sur un blog en se collant l’étiquette « expert ». Quand il fait ça depuis 6 mois, là, il se sent même obligé de vendre son incroyable formation en ligne pour vous apprendre à faire comme lui. Surtout quand ses billets sont au mieux des redites, au pire des astuces malhabiles voire de grossières erreurs.

La plus grosse connerie que j’ai pu lire était de concevoir un produit pour son « client » et non pour soi. En gros, mets toi dans la peau de ton client, demande toi ce qu’il veut et donne le lui. Sauf que pour réussir cette démarche, il faut une étude de marché solide, avec du personnel qualifié, parce que sonder les gens sans les agresser puis en tirer un cahier des charges sérieux, ça ne s’invente pas : c’est un métier (ça s’appelle de l’ingéniérie). Quand on fait un blog de marketing à destination des non-professionnels qui veulent se former pour se lancer, on ne s’adresse pas à des ingénieurs. Du coup, ici, le plus rentable, c’est peut-être de concevoir le produit qui vous aurait servi s’il avait existé plus tôt et qui vous aurait fait gagner du temps, ou la formation que vous auriez aimé avoir, puisque la plupart des produits vendus ou promus par ces bande-mous du business sont des produits d’information.

Sinon, une tendance globale est de parler de marketing alors qu’on ne maîtrise pas le sujet. J’ai ainsi lu un blog de marketing plein de pseudo bons conseils pour tirer des revenus de son blog où le 120e article expliquait que le blogueur en question n’avait pas encore monétisé son unique blog (celui qu’on était en train de lire). Là, on ne se sent pas trop pris pour un con… Regardez si vous en avez le temps les interviews impromptues de quelques « grands » blogueurs pros, et observez leurs contorsions pour éviter les questions un peu pointues ou techniques. C’est du bonheur !

Même chez les experts reconnus, je suis parfois sidéré, comme par exemple quand WebRankInfo vend (cher) un séminaire de SEO{{1}}[[1]]Search Engine Optimisation : Techniques d’optimisation des pages web pour améliorer leur référencement par les moteurs de recherche[[1]]au programme duquel on trouve le duplicate content (contenu dupliqué), alors que Google a explicitement indiqué sur un de ses blogs que le duplicate content ne pénalise pas les pages incriminées (cf la Veille de la Gazette). Là, on se demande comment les mecs s’informent…

#3 Point de technique

Apparemment, il est généralement admis dans la petite secte des webmarketeurs français que se préoccuper de la technique est une perte de temps. D’ailleurs quand on voit la trombine de leurs site, le nombre d’erreurs relevées par le validateur W3C, la charte graphique moche voire non ergonomique ainsi que les fantaisies de typographie, on comprend bien qu’il est plus flatteur de dire que la technique est inutile que d’admettre juste qu’on ne la maîtrise pas. Vanité, vanités…

Je fais partie des geeks qui aiment bien comprendre comment fonctionne leur ordinateur et qui, à force de chercher, ont fini par trouver comment lui parler, c’est-à-dire par apprendre à programmer. Je code en PHP, HTML, CSS et j’ai un peu joué avec javascript. Résultat des courses : je me suis construit un site sur mesure, avec exactement les outils qu’il me fallait. Alors oui, j’y ai passé du temps et en terme de rentabilité, ce n’est peut-être pas un investissement prioritaire. Mais on est pro où on ne l’est pas. Je ne vois pas l’intérêt de faire la même chose que tous les autres, en se contentant seulement des fonctions de base d’un blog.

La technique, c’est le moyen qui permet de transformer vos idées en réalisations concrètes, de passer du jus de cerveau à un résultat visible en remplissant vos besoins et en satisfaisant vos attentes. Je ne vois pas comment on peut s’en passer. Soit vous dominez la technique, soit vous êtes prêt à vous laisser dominer par elle. Personnellement, j’ai choisi…

#4 Moult lecteurs fans

Là, on arrive aux limites de mes facultés de compréhension. Ces mecs, qui racontent sans scrupule des conneries monumentales, ont tout un bataillon de fans qui ont bénéficié de leurs super conseils avisés et réussi grâce à eux. Ils publient des articles et des vidéos de remerciements. Ils les suivent en enfer sur Twitter, Facebook et Feedburner. Ils achètent leurs formations. Ils publient des commentaires sur leur blog. Comment est-ce possible de pigeonner autant de gens ? Je n’arrive pas à comprendre que des rigolos qui font rire jaune les pros du web, ceux qui le conçoivent, parviennent à abuser autant de personnes alors qu’en fouillant un peu, leur incompétence devient flagrante. Mais bon, passons.

#5 Mon expérience universelle

Et puis comme toujours, « j’ai réussi et je vous explique comment, parce que si vous réussissez, ce sera forcément comme moi ».

Je caricature un peu, évidemment, mais pas tant que ça : la plupart des coachs en blogging vous vendent la méthode qui a marché pour eux (ou pas, d’ailleurs, aucun moyen de vérifier) comme si elle était universelle. On oublie allègrement qu’un blog de photos n’est pas un blog de juriste, qu’un blog « lifestyle »{{2}}[[2]]thématiques voyages, mode, sorties,…[[2]] n’est pas un blog vitrine{{3}}[[3]]blog dédié à la communication entre une entreprise et ses clients, autour des nouveaux produits et des promotions[[3]]… Bref que chaque projet est différent, et que la recette qui a marché pour l’un ne marchera vraisemblablement pas pour l’autre. Cela implique le choix des réseaux sociaux pour la promotion de ses articles comme celui de la régie publicitaire la plus adaptée à son segment.

#6 Le bonus : je vous raconte le succès que je vais obtenir grâce à vous.

Quand vous avez en main un ebook gratuit (qui sert de modèle d’exposition pour ceux, payants,du même auteur) vous racontant que le mec qui l’a écrit pratique le blogging et ou la formation en ligne depuis quelques mois et va vous apprendre à faire comme lui, d’une part, vous vous dites que c’est un peu l’histoire du blogueur qui blogue sur « comment bloguer » à destination des autres blogueurs et qui fait un ebook sur « comment vendre des ebooks ». D’autre part, quand le gusse ne pratique pas depuis longtemps, on a franchement l’impression que la réussite qu’il vous peint, c’est celle qu’il va bientôt obtenir grâce à vous, le futur client.

Ça ressemble aux arnaques qu’on recevait par mail il y a 10 ans : « donnez-moi 2 € et je vous dirai comment devenir riche simplement ». Réponse : demandez à 5000 personnes 2 € ou plus contre ce conseil. LOL.

En 2011, ça donne : « achetez mon super ebook à 16 € où vous apprendrez comment gagner votre vie en vendant des formations numériques ». Réponse : … Re-LOL.

Conclusion

Je n’ai donné ici aucune référence et peu d’exemples, volontairement. Cela vous oblige à me croire sur parole, puisque ce que je dis n’est pas vérifiable (pour une fois), mais cela m’évite aussi de faire aux webmarketeux bas de gamme une publicité gratuite qu’ils ne méritent pas, tout comme cela me met à l’abri des mises en demeure pour diffamation (ce qui m’est déjà arrivé) puisque ces honnêtes entrepreneurs surveillent de près leur réputation. J’ai autre chose à faire en ce moment que de débrouiller des affaires juridiques. Mais la morale à retenir est, plus que jamais, d’appliquer le doute cartésien et de se méfier des techniques soit disant super efficaces qu’on vous enseigne à grands coups de milliers d’euros.

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12 réflexions sur “ Le monde merveilleux du webmarketing ”

  1. Salut!!

    Je me suis senti quelque peu visé par la lecture de ton article.
    Ce que j’apprécie beaucoup c’est la démarche très pro qui se voit à travers l’article, ce qui m’empêche de te détester (lol je rigole!!).

    Je pense qu’il est très important qu’il y ait des gardes-fou comme toi pour avertir les internautes.

    Mais la vérité est qu’il est possible de gagner de l’argent sur le web avec un blog. Ce qu’il faut distinguer c’est la monétisation direct et indirect.

    Moi je gagne de l’argent aujourd’hui principalement grâce à du consulting. Mes blogs m’apportent DIRECTEMENT peu d’argent. Mais l’idée ici c’est qu’on peut tous devenir entrepreneur web et que le blog est l’un des moyens les plus abordables et faciles pour mettre un pied dans le eBusiness.

    Continue ton boulot de garde-fou mais sans chercher à éteindre le rêve de ceux qui veulent gagner leur vie sur internet. C’est possible.

    🙂

    Ling-en

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    1. Dire qu’il est possible de gagner de l’argent avec un blog (directement ou indirectement, donc), ok.

      Dire que c’est simple, là, il ne faut pas exagérer.

      Et dire qu’il suffit de ma superbe formation pour réussir, là, de qui se moque-t-on ? Si des polytechniciens ou des mecs sortis de HEC (après 2-3 ans de prépa, et 3 ans d’école) arrivent à couler leur boîte, c’est que leur formation est juste la clé qui ouvre la porte de la salle de jeu. Mais jouer, ça ne veut pas dire gagner à tous les coups. Et j’en ai juste assez de voir mes semblables se faire ouvertement pigeonner par des gars sans scrupules qui vendent du rêve.

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      1. Merci de remettre les points sur les i. Au delà de prendre les gens pour des c***, ils décridibilisent toute une profession.
        Combien de chefs d’entreprises me ressortent ces gars là? Ces gourous?
        Au final, il faut passer plusieurs heures à expliquer, reprendre les bases…

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  2. Personnellement c’est ces « Gourou » qui m’ont poussé à créer mon blog.J’ai crée mon blog dans le souci de gagner de l’argent facilement en suivant leur formation.Les sujets abordés sur mon blog était principalement la monétisation.Mais par la suite j’ai arrêté car je me suis rendu compte de leur supercherie.
    J’avoue quand même que sans eux je n’aurai jamais eu cette motivation de me mettre au blogging.

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