De la mode

CC Flickr

La presse féminine, tant décriée (avec ma plus grande bienveillance) par Maïa Mazaurette, n’est manifestement pas la seule à vous expliquer comment il faut vous vêtir, comment il faut vous comporter au travail comme dans votre couple, ce dont vous devez avoir envie et même comment vous devez baiser.

Non, la pression sociale est exercée de façon générale par tout ce qui s’appelle média, si possible de masse parce que c’est plus drôle, à grand renfort de publicités, de « conseils » super avisés pour être toujours au top, et je passe sur les clips, films, séries,… qui banalisent à peu près tout ce qu’ils montrent, quand bien même c’est montré pour choquer. Même pourvu du plus grand esprit critique, il est extrêmement difficile de s’affranchir des normes sociales et des must have sans cesse changeants, société de consommation oblige.

En conséquence, personne n’a besoin de se justifier lorsqu’il suit la mode, puisque « c’est la mode ». On renouvelle donc périodiquement sa garde-robe avec un fatalisme désabusé, histoire de se prouver/de prouver au monde (rayer la mention inutile) qu’on est toujours en phase avec son époque formidable.

En revanche, quand vous choisissez vos vêtements d’après vos propres critères (au hasard : vos goûts et votre propre vision de l’élégance), et non d’après ceux véhiculés par notre sous-culture de masse manipulée par les marchands de chiffons capitalistes (complot !) et les stylistes gays, là, il faut passer des heures à expliquer aux petits moutons branchés pourquoi vous refusez le jean, les chaussures de sport, et le reste, et pourquoi à force de vouloir ressembler à tout le monde, on finit par devenir personne.

C’est vrai, être le mouton noir, donc la cible des regards, n’est pas toujours quelque chose d’agréable. C’est infiniment plus confortable de se cacher au milieu des autres que de sortir du lot. Sauf pour les narcissiques dans mon genre. D’autres part, marquer franchement sa différence n’est pas la stratégie d’intégration au groupe la plus évidente, sauf si ledit groupe a plus de 60 de QI, ce qui, par expérience, arrive rarement. Mais comme je ne ressens ni le besoin ni l’envie de fréquenter mes semblables, le problème est vite réglé.

Là, le top du top, ce sont les bonnes âmes qui tentent inlassablement de vous faire rentrer dans le moule, à coup de conseils relooking dignes des chaînes de TV privées. J’ai toujours beaucoup de pitié, surtout quand ils me connaissent depuis un certain temps, pour ces gens qui s’imaginent que j’accorde un tant soit peu d’intérêt à leurs remarques et à l’opinion qu’ils ont de moi. Tant de naïveté, vous ne trouvez pas ça touchant ?

Je ne laisse personne penser à ma place, me dire ce que je dois acheter ou aimer et comment je dois être. Je me contrefiche de plaire ou de déplaire : le regard des gens n’est jamais un moteur, mais presque toujours un frein. Celui qui a besoin de l’approbation de ses semblables pour exister n’existera jamais vraiment. Alors tenez-vous le pour dit : Arle Uein ne changera rien. À part peut-être son foutu orgueil, mais il y a du boulot…

Vous non plus, ne changez pas. Continuez à être naïfs, manipulables, continuez à croire que toutes les richesses sont matérielles et que votre Rolex est un marqueur de votre réussite sociale.  Sinon, je ne sais pas ce que j’écrirai demain…

Publicités

11 réflexions sur « De la mode »

  1. Je voudrais commencer par dire que trouve un peu exagéré ton « Mais comme je ne ressens ni le besoin ni l’envie de fréquenter mes semblables, le problème est vite réglé. » Enfin, j’espère bien que c’est exagéré parce que dans le cas contraire, c’est super sympa envers les personnes que tu côtoies à longueur de journée.^^

    Je pense aussi que tu es loin d’être aussi indifférent que tu veux bien le faire croire puisque, de toute évidence, une remarque t’as mise suffisamment en colère pour que tu ressentes le besoin de t’expliquer dans cet article. Certaines personnes sont vraiment très connes, d’autres, sans doute, t’énervent à ce sujet plus par maladresse que par véritable rejet de ton style vestimentaire.

    Je voudrais terminer en ajoutant seulement: « Ne changes pas: on le kiffe tous ton pull en cachemire! »

    J'aime

    1. Où tu as vu que j’étais en colère ? Juste blasé…

      Enfin, j’espère bien que c’est exagéré parce que dans le cas contraire, c’est super sympa envers les personnes que tu côtoies à longueur de journée

      Ah merde, tu fais aussi partie des naïfs 😛 .

      Quant à mon cachemire (mes cachemires, en fait), tu l’as trop tripoté pour pouvoir dire le contraire 😉

      J'aime

      1. Naïve? De façon générale, oui (de toute façon, tu me connais trop bien pour me croire si je t’affirmais le contraire) mais j’espère que tu ne parlais pas de la même naïveté que celle de ton article.

        J'aime

  2. La masse des moutons sera toujours la masse, et aussi longtemps qu’elle sera (et elle sera toujours) elle sera complètement stupide. Pourtant, peut-on incriminer la mode ? La mode n’est pas tant une entité haïssable qu’un phénomène éphémère qui traduit des évolutions sociétales à une échelle plus vaste (plus vaste à la fois dans les domaines concernés et dans le temps). La masse qui suit les modes est généralement trop occupée à changer de couleur de manteau toutes les semaines pour seulement s’en douter. Bon, ce n’était pas vraiment la question de l’article, mais je trouvais intéressant de remettre la mode en perspective.

    En revanche, ce qui préoccupe tant la masse que vous, Arle Uein, c’est la question du style. Et toute la différence se joue sur un petit mot. Eux pensent avoir du style (ce qui n’est rien d’autres que l’anonymat de la mode) et vous, vous avez apparemment (mais ne vous connaissant pas, je ne le sais pas de fait) un style, quelque chose qui vous correspond, peu importe le regard des autres. En vérité, on est toujours influencé par ce qu’on voit (dans les médias notamment, et dans les vitrines aussi) et dans un sens on s’habille toujours pour plaire (même si c’est d’abord plaire à soi-même). Et si on ne peut pas échapper à l’influence de la mode, l’élégant (je ne trouve pas de mot plus neutre) intelligent et celui qui joue de ces codes, les déforme, aime toujours une tendance deux ans trop tard ou sept ans trop tôt, bref celui qui ne cherche pas tant la mode dans la mode mais des idées dans un exercice de créativité (Eh oui ! parole de fille superficielle ;), s’habiller est créatif !) qui fait son style propre.

    Voilà, modeste contribution. Je voulais nuancer la critique (mais j’aime trop nuancer, c’est pour ça que je suis incapable d’écrire du polémique). Il me semble que vous êtes plus agacé par les idiots qui la suivent que par la mode en elle-même (qui au fond me semble un concept abstrait bien qu’ayant des effets concrets – Oulah, philo ! ça sent le DS la semaine prochaine ^^), mais je suppose que vous me direz si je me trompe.

    J'aime

    1. La mode n’est pas tant une entité haïssable qu’un phénomène éphémère qui traduit des évolutions sociétales à une échelle plus vaste

      Je ne suis pas d’accord avec vous. La mode ne traduit pas les évolutions, elle impose ses/ces évolutions. Depuis Louis XIV, les changements de mode bisannuels sont juste un moyen d’imposer des dépenses de représentation aux gens, pour rester « digne de paraître à la cour » (l’expression reste vraie au sens figuré)… Le but initial de Loulou le quatorzième étant d’éviter que des nobles plus riches que lui représentent une menace (dans le style de la Fronde), il s’agissait donc pour lui qu’ils dépensent un maximum de fric dans des futilités.

      Aujourd’hui encore, la mode n’est pas le fait de la société, mais de quelques personnes (« créateurs » et publicitaires) qui définissent ce qu’il faut être et comment il faut être. Et puis pendant qu’on pense mode, style, chiffons, esthétique, en un mot : futilités, on est trop absorbé pour penser à autre chose, de plus sérieux, peut-être. On n’a qu’à se laisser guider par les magazines, qui décident pour nous de ce qui est bon et beau.

      En plus, soit dit en passant, depuis quelques années, la mode consiste à nous ressortir l’une après l’autre toutes les tendances du XXe siècle : on a eu les Années folles et le look dandy, les seventies et leurs grosses fleurs, et actuellement, les années 80 avec leur lot de grosses lunettes. Bonjour la créativité… À quand le look renaissance, avec bas, fraises, pourpoints, dentelles et chapeaux à plumes ?

      Après, je vous rejoins sur le style. Comme disait Coco Chanel : « La mode passe, seul le style reste ».

      J'aime

      1. Si je suis encline à croire que Louis XIV ait utilisé la mode à des fins tout à fait personnelles de domination, et que je suis d’accord avec vous pour dire que les créateurs et publicitaires aujourd’hui encore tentent de nous imposer une modèle plus ou moins unique du beau – ce qui est très énervant (et en même temps symptomatique de la plupart des sociétés et plus encore de la nôtre où les médias jouent un très grand rôle), je crois toujours que la mode peut se penser à plus grande échelle.
        D’abord, parce que lorsqu’on pense la mode dans une autre perspective qu’elle-même, on s’attache au moins autant aux créateurs et aux modèles imposés (qui rendent un reflet de la réalité, mais incomplet) qu’aux modèles suivis par la masse qui bien souvent confirment une évolution sociale plus ou moins sensible : à titre d’exemple, la mise à l’honneur du pantalon pour les femmes, et par les femmes, vers les années 1970, ce qui correspond à leur émancipation progressive.
        Pour ce qui est du manque de créativité de la mode à notre époque, j’ai une « tentative d’analyse » liée aussi aux évolutions sociales mais elle est trop complexe et pas encore assez précise. Si je devais la résumer très rapidement, je parlerais de stagnation d’une société en quête de valeurs, de repères (d’où le retour du passé, et spécialement d’époques de reconstruction sociale comme les années 1960 ou 1970 – époques d’espoir, dans la mode actuelle). Et aussi une société qui tout en rejetant moralement « la société de consommation » continue d’y adhérer car insatisfaite de toutes les autres solutions proposées (une parmi d’autres : le communisme), et je n’ai même pas évoqué la crise économique (qui a par exemple une incidence sur les silhouettes présentes dans la mode : les silhouettes pulpeuses sont remises à l’honneur aujourd’hui car symbole d’abondance). C’est donc une société qui se cherche (mais « stagne »), ce qui se traduit dans la mode qui actuellement n’arrive pas réellement à innover.
        Evidemment, il est bien possible que je me trompe dans ma conception de la mode actuelle (et surtout de la société) mais c’est avant tout un exemple d’analyse (enfin, tentative d’analyse) de la mode à plus grande échelle.

        J'aime

      2. Vos théories sont très intéressantes, en particulier celle du retour à une silhouette plus ronde en temps de crise. Je n’y avais jamais pensé…

        Mais je continue de penser que la société influe beaucoup moins sur les modes que ceux qui la « font ». Je vais réfléchir à tout ça…

        J'aime

  3. Merci pour votre réponse, ça fait plaisir de voir que mes réflexions ont un quelconque intérêt ^^ Pour ce qui est du retour aux silhouettes plus rondes, je l’ai lu ou entendu mais je ne sais plus où et un exemple criant en est la célébrité soudaine de l’actrice de la série Mad Men, Christina Hendricks, aux formes très généreuses. Mais c’est d’autant plus intéressant que selon des études récentes il semblerait que de moins en moins de femmes aient la silhouette dite sablier, souvent considérée la plus parfaite, parce que leurs conditions de vie ont changé : elle enfantent moins et plus tard et, parce qu’elles ont une vie professionnelle active, elles subissent le même stress que les hommes, ce qui aurait apparemment une influence sur leur silhouette de manière générale au sein des sociétés occidentales. Le contraste est alors encore plus grand et c’est cette silhouette en déperdition qu’on désire le plus et qui est remise à l’honneur.

    Je ne sais plus exactement où j’avais lu ça mais si ça vous intéresse, des articles (mais surtout en anglais, cette théorie ne semble pas encore être très connue en France) en parlent, par exemple dans le Telegraph : http://www.telegraph.co.uk/news/newstopics/howaboutthat/4165994/Hourglass-figure-dying-out-among-women-with-careers.html 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s