La Sonate Clair de Lune, Wilhelm Kempff

Ce n’est pas une vidéo de moi que je vous propose aujourd’hui, mais de Wilhelm Kempff, grand pianiste du XXe siècle : le 3e mouvement de la sonate Clair de Lune dont je vous ai donné le premier mouvement.

C’est une version que je trouve remarquable par sa profondeur. Ce que j’aime de façon générale chez les pianistes de ce niveau, lorsqu’ils arrivent à cet âge là, c’est qu’ils ont tout gagné, tout remporté, et qu’ils n’ont plus rien à (se) prouver, plus envie de se prendre la tête mais juste de se faire plaisir. On ne trouve plus les démonstrations de virtuosité pure propres aux jeunes artistes, fougueux et emballés, d’ailleurs Kempff met un certain nombre de notes à côté, mais on s’en fout : il y a l’émotion. Et même si la technique fait parfois un peu défaut, on a toujours cette patte de velours qui timbre les notes sans les marteler ni agresser l’instrument. Le tout avec cet air détaché qui veut dire que tout a été intériorisé.

J’avais entendu sur Youtube, il y a quelques semaines, la version d’un professeur de piano qui dispense ses cours sur internet : un massacre intersidéral, techniquement impeccable, musicalement creux. En gros le bonhomme aurait pu jouer des gammes, c’eût été pareil. En plus son son était dur. Et utiliser un piano Bösendörfer pour ça, ça fait mal. Je pourrais en faire des choses avec un Bösen ou avec un Steinway Allemand…

Au sujet de la maturité en musique, Martha Argerich, autre grande pianiste, disait dans une interview que, certes on gagne avec le temps de ce côté là, mais qu’on perd beaucoup aussi : on abandonne sa naïveté, sa spontanéité. Finalement, c’est à double tranchant. Mais enfin, chez les garçons, Glenn Gould en est un autre exemple, le temps bonifie souvent l’artiste.

Comme tous les virtuoses, vous pourrez remarquer que Kempff bouge très peu : l’économie de mouvement est à peu près la seule façon de conserver son énergie d’une part (la partition fait une douzaine de pages), et surtout d’assurer sa précision dans le toucher. Quand je vois un petit jeune gesticuler, je me demande toujours où il a appris à jouer. La véritable virtuosité ne se remarque pas, un virtuose donne une fausse impression de facilité. Quand elle s’entend, c’est que l’interprète est en galère et/ou qu’il a pris un tempo trop rapide.

Quant à moi, je vais essayer de vous enregistrer quelques petites choses ce week-end.

Ceci était le 200e article de la Gazette ! (même si, en fait, c’est une brève…)

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4 réflexions sur “ La Sonate Clair de Lune, Wilhelm Kempff ”

  1. Bonjour.
    Je ne me lassais pas d’écouter Wilhelm Kempff jouer cette sonate dans son intégralité.
    Le 3e mouvement me laissait sans voix.
    Et puis j’ai découvert Valentina Lisitsa. Je préfère nettement son interprétation que je trouve moins approximative par moment que celle de Kempff.
    La voici le jouant au même endroit que Wilhelm Kempff : http://www.youtube.com/watch?v=zucBfXpCA6s

    Après, des goûts et des couleurs…

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    1. Je suis tout à fait d’accord, j’ai découvert la version de Valentina Lisitsa il y a un mois, et depuis je l’écoute en boucle. Elle est juste parfaite : précise techniquement, fougueuse et profonde. J’aime !!!

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  2. J’avouerais que la performance de Valentina Lisitsa ne m’a pas séduit à la première écoute. Je la trouvais trop rapide, trop dure, comparée à Wilhelm Kempff. Il faut dire que Kempff, ce sont deux « pattes de velours » sur un piano, pour reprendre la prose de Arle. Il faut l’entendre pour comprendre. Tout son qui suit n’est que bruit.
    Et pourtant, et pourtant… À force d’en écouter de nombreux autres (dont le fameux prof de piano décrit ci-dessus !), je revenais immanquablement vers Valentina, celle qui manifestement est considérée comme l’une des meilleurs, si ce n’est la meilleure pianiste contemporaine.
    La dame sait aussi se faire chatte sur un clavier. Voyez-en pour preuve cette vidéo tournée à Séoul où l’impudente ose jouer la Lettre à Élise en plein concert. Tout le monde en rit au début, croyant probablement à une farce. Elle ira jusqu’au bout. Et les rires laisseront très vite place aux frissons (enfin, pour ma part !). Magnifique.
    Voici le lien http://www.youtube.com/watch?v=yAsDLGjMhFI

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