Urgence : Décentralisez votre vie numérique !

Le web n’est décidément plus ce qu’il était. Quand Big Brother rencontre le Nasdaq, sur fond d’arbitraire… l’internaute devient juste un objet de plus.

Le problème de la centralisation

Cet article édifiant, Google m’a tuer, publié sur le Framablog, est en quelque sorte la goutte d’eau qui fait déborder le vase. On y apprend qu’un utilisateur de quasiment tous les services Google (Gmail, Picasa, Google Docs, Calendar, Reader, Blogger, etc.) a perdu 7 ans de données enregistrées suite à la suppression sans préavis de son compte Google pour  « violation » des Conditions Génerales d’Utilisation. Violation qui ne semble exister que pour la firme, qui n’a pas souhaité développer.

Il en va de même pour la monétisation. N’utiliser qu’Adsense, ou que n’importe quelle autre régie publicitaire pour monétiser un site, c’est-à-dire mettre tous ses oeufs dans le même panier, est un pari risqué. Je l’ai appris à mes dépends, lorsque j’ai été radié d’Adsense pour « Clics incorrects », alors que des amis avaient un peu trop cliqué sur mes annonces pour me rendre service. Ils ne pouvaient pas deviner… Mais ici, Adsense vous bannit purement et simplement quand les autres régies se contentent de nettoyer vos statistiques en vous rémunérant sur la base des clics corrects.

Faire la peau aux pseudonymes

On a également en tête les comptes Google Plus supprimés pour usage de pseudonyme, alors que Google a changé les règles de son réseau social en cours de route, car rien ne l’empêchait au départ.

Chacun de nous a un usage spécifique d’internet, voire plusieurs usages selon l’heure du jour. De même qu’on jongle au cours de la même journée entre la sphère publique, la sphère professionnelle, la sphère privée et la sphère intime, il paraît normal de jongler entre ses identités virtuelles, même si cela entraîne quelques dérives. Tout sytème a ses abus.

De plus, on peut vouloir partager du contenu sans forcément avoir envie d’accéder à la notoriété, comme l’ont fait nombre d’écrivains par le passé. Mais Google, comme Facebook, a déclaré la guerre aux identités « factices » et aux pseudonymes : ils veulent de vraies informations sur vous pour pouvoir les utiliser à des fins commerciales, connaître votre vraie vie pour vous vendre les produits qui vous correspondent le mieux. Du beau marketing.

G comme… Géant

Le gros problème, c’est qu’aujourd’hui, Google a un monopole sur quasiment tout ce qui fait internet :

  • la recherche avec son moteur,
  • le streaming avec Youtube,
  • la messagerie avec Gmail,
  • le partage de documents avec Google Docs,
  • la publicité avec Adsense,
  • l’analyse de trafic avec Analytics,
  • et à présent les réseaux sociaux avec le démarrage en trombe de Google Plus,
  • sans parler d’Android (système d’exploitation pour smartphones) et de Chrome (navigateur internet).

Aujourd’hui, en allumant votre ordinateur, vous pouvez parfaitement effectuer toutes vos tâches en ne quittant pas les services Google.

Sauf que vous vous mettez à la merci d’une entreprise dont l’arbitraire peut faire mal, et dont la politique de confidentialité est bien loin du cavalier blanc qu’elle voulait paraître il y a quelques années.

Bref, tout ceci s’inscrit dans un mouvement plus global qui me fait dire que Google est passé du côté obscur. Voir à cet effet l’article de Mademoizelle Geekette dont on attend impatiemment la seconde partie.

La menace des plateformes

En fait, il en va de même pour toutes les plateformes.

J’ai souscrit à une service nommé Alerti, qui surveille la réputation de mon blog sur le web. Il était entièrement gratuit et en béta lorsque je l’ai rejoint il y a un an. Mais il est passé cette année en version stable, avec une version payante complète et une version gratuite basique. Pour bénéficier des mêmes services, il faudrait désormais que je paye un abonnement… Vive la reconnaissance pour les béta-testeurs !

Ensuite, j’ai testé scoop.it, outil de curage du web lui-aussi en béta. Mais, par peur de vivre la même chose qu’avec Alerti, j’ai laissé tomber et centralisé ma veille ici-même.

Le principal problème des plateformes gratuites est que, étant donné que vous ne payez rien, vous n’êtes pas en droit d’exiger quoi que ce soit. Même si, dans le cas de Facebook, par exemple, vous pouvez leur rapporter gros.

Et stop !

Je deviens paranoïque avec mes informations personnelles, leur collecte à mon insu, leur usage, leur persistance, le fait que je ne les maîtrise pas, et avec le Patriot Act auquel sont soumis presque toutes les grandes entreprises, puisqu’elles sont toutes Américaines. D’autant plus que les informations que je leur cède deviennent leur propriété, et que le Droit Américain ne reconnaît pas le droit à l’image et à l’accès/rectification/suppression des données.

De plus, je déteste être dépendant de sociétés dont les enjeux et les politiques sont fluctuantes et mal définies. Que faire le jour où elle cesseront de fonctionner, lorsque vous ne serez plus assez bien pour elles ou lorsqu’elles auront besoin d’argent à tout prix ?

D’autre part, la multiplication des plateformes web fait perdre un temps fou en visites, mises à jour, contrôles, mails, spams. Additionnez Facebook, Google Plus, Scoop.it, Twitter, Analytics, Youtube, Webmasters Tools, Google Alert, les différentes régies publicitaires et toutes mes boîtes mails, c’est une heure et demi de travail quotidien, si je veux tout surveiller sérieusement. Et justement, ça, ce n’est pas sérieux. Je suis éditeur de contenu multimédia, pas esclave de la technologie.

Recentraliser pour maîtriser

La seule solution est de tout recentraliser sur un espace que vous contrôlez complètement, comme un site ou un blog hébergé par vos soins ou par un hébergeur payant.

Ainsi, en regroupant toutes vos activités et toutes vos publications sur un ou plusieurs blogs où vous êtes chez vous, vous pouvez :

  • maîtriser vos données personnelles et leur utilisation,
  • supprimer les données que vous ne souhaitez plus partager,
  • construire un outil sur mesure,
  • gérer votre identité comme bon vous semble,
  • garder la propriété exclusive de votre contenu.

Aujourd’hui, avec WordPress bien réglé, il est possible de regrouper un blog, une veille, un profil de type Facebook ou Linkedin, une galerie de photos, une web-tv, des micro-billets et plein d’autres choses, tout en notifiant automatiquement les réseaux sociaux habituels de vos contacts.

Vous configurez des outils de sauvegarde automatique, histoire d’être à l’abri d’un serveur qui brûle ou d’un hébergeur qui vous met dehors, et le tour est joué. Moyennant quelques compétences techniques qu’il est relativement facile d’acquérir, avec le nombre de tutoriaux présents sur la toile, vous restez maître de votre identité numérique, de vos données et de vos productions.

Exemples

Personnellement, tous mes flux entrants (Mails, RSS, notifications des réseaux sociaux, Twitter, etc.) sont centralisés sur Thunderbird et 90% des mes flux sortants sont centralisés sur ce blog (articles, vidéos, images, sons, veille).

Voici un schéma des flux d’informations autour de moi (représenté par les flèches bleues) :

Mes flux d'informations

Je reçois mes informations du web (comme tout internaute), et de Thunderbird qui se débrouille tout seul pour aller me chercher ce qui m’intéresse. Je diffuse mes contenus sur mon blog et sur ma chaîne Youtube. Tout le reste est fait automatiquement.

Avant de décider que je perdais trop de temps, je faisais comme à peu près tous les internautes :

Les flux d'information d'un internaute lambda

Je perdais d’avantage de temps à trouver les informations qui m’intéressaient, tout en interagissant avec moins de services puisque je faisais tout à la main. D’autres part, l’essentiel mes contenus étaient diffusés sur des services posant des problèmes de confidentialité. Pas top.

Conclusion

Je pense avoir rationalisé mes flux d’information, tout en me mettant à l’écart, donc à l’abri, de la plupart des plateformes, y compris Google. Si un jour, tout ça se casse la figure ou me jette dehors, je serai un peu enquiquiné avec mes adresses mails, mais ça s’arrêtera là.

Le stade ultime de la protection de données consiste à utiliser des logiciels libres (GNU/Linux etc.). En effet, le fait que les codes sources de ces logiciels soient publics implique que chacun peut certes les modifier, mais surtout les vérifier. C’est à peu près la seule façon de s’assurer que les logiciels que vous utilisez ne collectent pas d’informations à votre insu.

Évidemment, tout cela n’est pas à la portée de tout le monde car il faut des connaissances techniques. Mais se former à utiliser et à comprendre les outils technologiques à notre disposition me semble le meilleur investissement possible, surtout quand on voit la tournure totalement immorale et résolument tournée vers le fric que prennent les majors du web. À moins que vous ne préfériez vous asseoir sur vos Droits inaliénables…

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 12 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Mise à jour du 27 octobre 2011 :

Dans ce monde de pourris, à qui faire confiance ? À ceux que vous payez ! Dès que vous êtes client d’une entreprise, celle-ci a des obligations envers vous. J’ai ainsi redirigé toutes mes adresses @gmail.com sur mes adresses @lagazette-blog.fr, que j’administre moi-même sur le serveur mutualisé de mon hébergeur (français et payant). Je suis en train de migrer progressivement tous mes comptes pour me passer des services de gmail dans un futur proche.

Comme le dis Stéphane de Mangetamain.fr : « si tu ne paies pas pour un produit, c’est que le produit c’est toi ». Lire à ce sujet son excellent article : Le web est un proxénète et nous sommes ses putes.

 

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11 réflexions sur “ Urgence : Décentralisez votre vie numérique ! ”

    1. Oui, c’est vicieux… Quel que soit l’emplacement du serveur, s’il appartient à une boîte Américaine, on est tous fichés comme futurs terroristes potentiels par la CIA. C’est cool 😈

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  1. En effet, je me heurte rapidement au problème :
    (temps passé à m’informer via le web) + (temps passé à m’exprimer via le web) + (temps passer à bosser IRL) + (temps passé avec de vraies gens IRL) + (temps pour manger + dormir) > 24h…
    D’où la nécessité de faire quelques compromis et un pari pascalien sur la pérennité ainsi que les intentions de Google, mon ami.
    Mais je ne suis qu’un (jeune) blogueur ! 😉

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    1. Pour moi ce constat s’est imposé cet été, quand j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure. C’est là que je me suis rendu compte que lorsqu’on décide de bloguer « sérieusement », pour un article qu’on écrit, on en lit pratiquement 10.

      Et puis de façon générale, il faut faire la promo de son blog sur le plus de réseaux sociaux possibles, et ça c’est une sacré perte de temps.

      D’où la nécessité de rationaliser tout ça en mettant un maximum de choses en pilote automatique.

      Et qu’est-ce que c’est bien quand c’est fait… 🙂

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    1. Twitter est le seul service que je continue à utiliser en manuel (mais aussi en automatique, pour les notifications de nouvel article), tu as dû t’en rendre compte 😉

      Mais pour le reste, non, ce n’est plus possible de tout mettre à jour à la main. Et je n’en vois d’ailleurs pas l’intérêt…

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    1. C’est possible, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’est fait jeter comme un malpropre sans motif défini…

      (J’ai un gros doute… « il n’en demeure pas moins » + indicatif ou + subjonctif ???)

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      1. En voilà un qui aurait bien fait de lire un certain article sur « comment rédiger pour le web ». La flemme d’éplucher sa prose choucroutesque ou farbretonesque (au choix), en Anglais, de plus…

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