Le témoignage édifiant d’une fliquette

La police est une grande famille… qui a ses parents pauvres et ses tyrans domestiques. Sihem SOUID la dépeint dans Omerta dans la police, un document qui fait froid dans le dos.

Une fliquette pas comme les autres

En 2005, Sihem SOUID, 25 ans, jeune femme « issue de l’immigration » selon la formule consacrée, est cadre à la Brinks (société de sécurité) à Orly où elle dirige un service d’une centaine de personnes et où elle gagne plutôt bien sa vie. Cette année-là, sa meilleure amie demande le divorce. Son mari le prend mal, le vit mal, la bat etc. Un jour, les voisins alertés par les cris de la femme préviennent la police. Le mari se retranche et menace de tuer la malheureuse. Un policier parlemente, puis le désarme. La femme est sauvée. Sihem, qui assiste à la scène, décide d’intégrer la police…

… par la petite porte. Elle passe le concours d’adjoint de sécurité (ADS), le statut de base de la police : un contrat de 5 ans, non renouvelable, et un traitement au SMIC. Elle est reçue et va passer 3 mois de formation, d’où elle sort major de sa promotion. Son excellence et sa connaissance de l’aéroport vont avoir une conséquence logique : on se l’arrache à la Police aux Frontières (PAF) d’Orly. Fin de l’acte 1. Rideau.

De l’autre côté du miroir

Sihem se taille une solide réputation de bosseuse et fait la fierté de ses supérieurs. Mais quand une idéaliste, qui croit aux valeurs républicaines autant qu’à sa mission de service public, débarque dans le monde des hommes, elle risque de sacrées déconvenues.

Elle découvre la corruption et les abus de pouvoir de sa hiérarchie, les manipulations statistiques pour vanter l’efficacité du service, les émigrés qu’on assimile à des chiffres, les manoeuvres à la limite de la légalité voire totalement illégales pour augmenter le nombre de reconduites à la frontière, les trafics protégés voire organisés par des policiers…

Elle découvre aussi le racisme, le sexisme et l’homophobie, à l’égard des émigrés mais aussi au sein même de la police, entre policiers. Les brimades, les sanctions et le harcèlement dont sont victimes les agents issus de l’immigration ou dont l’homosexualité est connue. Les persécuteurs sont les collègues et même la hiérarchie.

Et dans ce milieu de brutes, celui qui ouvre sa gueule est broyé et l’affaire étouffée. Sihem va l’apprendre à ses dépends. Alors que tous reconnaissent et louent ses compétences et ses performances, elle sera mise à l’index lorsqu’elle aura le malheur de témoigner en faveur d’une collègue discriminée en raison de son homosexualité, lorsque celle-ci déposera une plainte contre sa hiérarchie après des arrêts de travail pour dépression. Fin de l’acte 2. Rideau. Final : sous le clair de lune :

Un combat au prix du bonheur

Sihem va se retrouver en première ligne d’un combat pour la justice, un combat pour briser l’omerta, un combat pour couper les bras aux fous. Un combat contre des institutions, et contre des gens influents.

Ce combat, elle va le gagner. Mais elle va y laisser un peu d’elle même. Elle va détruire son mariage, ruiner sa carrière, et plomber son moral. Y laisser ses illusions, c’est un moindre mal. Tout ça parce qu’une cadre du privé a voulu trouver un sens à sa vie en la mettant au service des gens et de la loi, dans un pays auquel elle faisait confiance.

Le bouquin se lit très vite, je l’ai lu en deux fois (265 pages). Je vous recommande chaudement sa lecture, instructive et un peu effrayante. Mais mieux vaut avoir peur que demeurer aveugle.

La preuve, s’il en fallait une, qu’un État policier est un État de l’arbitraire, pas une démocratie. La force, même au service de la loi, reste la force.

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2 réflexions sur « Le témoignage édifiant d’une fliquette »

    1. Écoutez, j’ai fait la critique d’un livre (que j’ai lu) et non colporté des ragots.

      Les pages que vous proposez sont au mieux des attaques ad-hominem contre celle qui a osé ouvrir sa gueule (« paranoïaque […] handicapée ») au pire des attaques gratuites. C’est toujours plus simple de décrédibiliser l’orateur que de s’attaquer à son discours. Ça vole bien bas…

      Dans son livre, Sihem Souid dénonce des faits et attaque nominément certaines personnes. Ce qui leur laisse la possibilité de l’assigner pour diffamation et de se défendre. L’ont-elles fait ? D’autre part, elle cite les numéros de PV quand elle parle d’affaires, en particulier celle de cette dame filmée nue dans sa cellule.

      Plus vérifiable que ça, je ne sais pas si c’est possible. En tout cas je suis en paix avec ma conscience de blogueur.

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