La trilogie Jason Bourne

Une fois n’est pas coutume, voici la critique (dithyrambique) de trois films, certes pas récents, mais absolument géniaux : La mémoire dans la peau (2002), La mort dans la peau (2004) et La vengeance dans la peau (2007).

La merveilleuse histoire d’amour qui existe entre les scénaristes sous-payés de films d’action et les clichés offre des résultats qui oscillent entre le drôle et l’affligeant. À tel point qu’on peut, en forçant à peine le trait, obtenir très facilement un véritable film comique.

Cela dit le bon film d’action, celui qui tient vraiment en haleine, celui où on ne se fend pas la gueule toute les trente secondes, celui qui sait faire oublier les ficelles du genre, ça fait parfois du bien. Hélas, comme tout ce qui est bon, ça ne se rencontre pas souvent.

Aussi, quand on regarde la trilogie Jason Bourne, on ne peut être qu’admiratif du résultat.

Simple, mais efficace.

L’intrigue en elle-même n’est pas d’une complexité renversante : Un homme, blessé par balle, est repêché par un chalutier au large de Marseille. Amnésique, la seule chose qui le rattache à son identité est le code et le numéro d’un compte en banque, qui contient quelques milliers de dollars en liquide, une arme, plusieurs passeports affichant la trombine de notre héros (en la personne de Matt Damon), dont un au nom de Jason Bourne. C’est à partir de ce moment que les ennuis commencent puisque la CIA cherche à l’abattre alors que son objectif premier est qu’on lui foute la paix, et accessoirement de recouvrer la mémoire.

Et c’est d’ailleurs cette amnésie qui permet de créer du suspens, de relancer l’intrigue lorsque les lieux où Bourne se trouve font remonter des bribes de souvenirs, et surtout de permettre au spectateur de jouir du plaisir sadique d’en connaître plus que le héros.

Pour une fois le monde n’est pas en danger.

Eh oui, Bourne n’a pas cette mission impérieuse qui est de sauver sept milliards de clampins d’un énième savant fou soviétique, borgne et au fort accent allemand, qui compte détruire le monde grâce à une bombe plusieurs fois thermonucléaire et bactériologique (ne me demandez pas comment c’est possible), mais qui fort heureusement a prévu un dispositif d’urgence, en la présence d’un gros bouton rouge où figure : « STOP » en lettres clignotantes, pour tout arrêter.

Non, Bourne veut seulement qu’on le laisse tranquille, qu’on évite de tenter de l’assassiner, et le cas échéant, va mettre leur misère à ceux qui le font chier.

On oublie de nous prendre pour des cons.

Ce qui est un autre point positif de ces films c’est que le héros ne passe pas trois plombes à nous expliquer ce qu’il compte faire et comment il va s’y prendre (au risque de se ridiculiser en se perdant dans des digressions qui dévoilent les limites cognitives des scénaristes). Il se contente d’agir. Nous épargner ainsi des longueurs permet de faire un véritable film d’action, et de rajouter à la tension du : « Est-ce que ça va marcher ? », le plaisir de comprendre ce qu’il se passe en même temps que cela se produit. Ainsi, on rentre vraiment dans l’intrigue, et on est véritablement tenu en haleine.

De vrais personnages.

Tout du moins des personnages qui ont une psychologie un peu plus développé que : « Taper méchants, sauver bimbo, combattre pour Patrie ! ».

Tout d’abord, la caméra ne montre pas de méchants, ni de gentils, seulement des gens, plus ou moins pourris, qui essayent de sauver leur peau. Exit le manichéisme.

Ensuite, on découvre les protagonistes et leurs motivations, et les scénaristes ne se sont pas senti obligés de nous balancer les longues minutes de révélations douloureuses du scientifique névrotique sus-mentionné qui explique, avant de se faire botter le train, que si il voulait annihiler l’humanité, c’est à cause des brimades qui ne cessèrent pas de toute sa scolarité. On vit avec les personnages, et on les comprend presque plus par ce qu’ils taisent que par ce qu’ils racontent.

Sinon, il n’y a pas de bimbo, ni romance à l’eau de rose. Certes, il y a bien une histoire d’amour (même deux pour être exact), mais celles-ci démontent, ô joie, la plupart des clichés que l’on trouve dans bien d’autres des films du genre.

Et puis pour finir, les acteurs sont bons ! Un petit mot de ceux qui sont pour moi les plus marquants : Matt Damon , Franka Potente (Marie), Brian Cox (Ward Abbott), Joan Allen (Pamela Landy), Julia Stiles (Nicky).

Des ficelles qui marchent.

La puissance du film ne se situe pas dans les procédés scénaristiques utilisés, car la grande majorité ont été vus et revus, mais bien dans la manière de les utiliser. L’action et l’intrigue sont tellement bien maîtrisés que quand Jason Bourne fait sauter une maison avec du gaz et un annuaire passé au toaster, ça passe. Rien que le fait qu’il soit super entraîné, chose présentée on ne peut plus naturellement, ne nous fait même pas remettre en question le réalisme du film.

Une BO, géniale.

La musique du film est elle aussi une grande réussite. Minutée à la perfection, se fondant parfaitement à ce qui apparaît à l’écran, elle est à l’image de la trilogie : propre, nette et efficace.

On doit à John Powell la composition de cet ingrédient indispensable.

XIII.

La trilogie Jason Bourne est l’adaptation, par Tony Gilroy, de l’œuvre éponyme de l’écrivain Robert Ludlum, œuvre qui a également inspiré le scénario de la bande dessinée XXI.

Après la mort de ce dernier, Eric Van Lustbader a continué d’écrire les aventures de Bourne, ce qui fournirait matière à faire un quatrième épisode au cinéma (mais sans Matt Damon), un prequel comme l’industrie hollywoodienne les aime (c’est à dire : ce qui se passe avant le début du du premier opus, et qui permet d’éviter de trouver un rebondissement stupide là où l’intrigue s’était arrêtée).

En tout cas, si vous ne les avez encore pas vus (ce qui serait étonnant vu qu’on parle d’une trilogie achevée il y a quatre ans), dépêchez-vous de le faire.

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Une réflexion sur “ La trilogie Jason Bourne ”

  1. Bonjour Philae,

    Je partage sans réserve votre avis sur ces 3 films. J’ai personnellement été impressionné par le caractère très réaliste des scénarii et l’humanité des personnages, au sens où il n’y a aucun super-héros.

    J’aime votre analyse.

    Cordialement.

    J'aime

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