Les douceurs du TER

CC Flickr – zigazou76

Je crois, non, que dis-je, il ne fait aucun doute que si je tenais le cochon d’ingénieur de mes deux, fussent-elles grosses et velues, qui a conçu les TER Bombardier à double étage, je le plierais en 4 pour l’incarcérer dans les micro-espaces à bagages qu’il a prévu pour le cabas à provision de mamie Simone & son chat S.A.R.L (Société Alimentaire au Régime Limité).

Pour celles et ceux qui ignorent de quoi je parle, laissez moi vous guider dans un voyage imaginaire dont personne ne sortira indemne.

Entrez dans cette voiture qui, pour l’oeil trop délicat du novice non initié, pourrait prendre des airs de wagon à bestiaux. En face de vous, large, pompeuse, lumineuse, la porte d’en face. Elle vous mènerait seulement sur l’autre quai, ce qui suffit à la priver du moindre intérêt. Passons. Sur votre gauche, l’escalier étroit et raide qui mène à l’étage. Sous ledit escalier, le minuscule espace destiné aux bagages sus-décrit.

Parcourez le wagon. Les sièges étroits où, pour loger, vos genoux devront taquiner amoureusement soit vos oreilles soit les genoux de la grosse vache d’en face, dans un quart d’heure de sensualité dont vous vous seriez bien passé(e), mais néanmoins tempéré par la gêne que peut ressentir une grosse femme lorsque votre jean un peu rèche caresse mollement ses jambes gonflées par le diabète, percluses de varices et pourtant nues, histoire que son Roger ou son Raymond, au choix, rayez la mention inutile, ne soit pas le seul à profiter du spectacle, se succèdent (je parle des sièges étroits, vous me suivez ?) avec la déconcertante monotonie d’une pizza froide sur un comptoir de routier, comme disait mon pote Audiard.

Pour vos bagages, délicate intention mais ça s’arrête là, des étagères de verre ont été disposées au dessus des sièges. Car le Français lambda, pas plus con qu’un autre voyage rarement à poils. Ces étagères, trop près du plafond pour y entreposer autre chose qu’un veste ou que le Canard Enchaîné, ma Bible, mais suffisamment proches du sol pour vous y éclater la boîte crânienne en vous relevant, ne sont rien d’autre qu’une chaleureuse invitation à la mutilation frontale.

En conséquence de quoi, le Français lambda, toujours pas plus con qu’un autre, installe confortablement son bagage sur le siège voisin, si tant est qu’il ait trouvé un siège pour y péter plus à l’aise pendant le voyage. Un TER lambda, pas plus… ah non, je m’égare. Un TER lambda, disais-je, n’est donc qu’un joyeux empilement de gens, de valises, de chiens, de gosses, d’ordinateurs portables et de vélos.

Car en effet, pour les crétins qui ne l’auraient pas encore compris, afin d’optimiser la densité de gens au mètre cube, les concepteurs de ce génial objet roulant canadien (cette origine n’étant sans doute pas sans rapport avec le mal décrit) ont eu la géniale idée d’installer un malheureux espace à bagages à peine digne de ce nom à chaque extrémité de voiture. Et c’est très logiquement, puisque la pratique est rarement la meilleure amie du scientifique et plus encore, celle de l’ingénieur, c’est donc très logiquement que la densité de voyageur se trouve être divisée par deux, par rapport à la capacité totale de ce wagon à bestiaux, puisqu’une place sur deux est occupée par une plantureuse noire à roulettes, poignées en gomme et coque en ABS.

Ce qui fait donc un siège sur deux que mon petit cul musclé d’intello plumitif devra céder au linge de la semaine, au cours divers et d’été (ahah) et à la trousse de maquillage 64 pièces de la fashionista branchée qui préfère le charme incommensurable de son putain d’iPhone à celui de mon sourire ultra-brite et charmeur (non, je déconne, j’ai les dents jaunes) qui voudrait lui dire un très classe « Bouge toi de là connasse, que je m’y mette ».

Résigné(e), vous finissez pas passer le voyage debout entre deux portes, en vous écrasant mollement sur vos compagnons d’infortune, dans les virages, et en faisant gentiment chier le contrôleur qui ne peut plus passer, mais que veux-tu mon pote, demain j’ai cours à 8h et je ne peux pas voyager sur le toit.

Là, vous priez secrètement pour que la grosse vache qui sent l’oignon confit, assise là-bas au fond, ne soit pas prise à la gorge en cours de route par une soudaine envie d’aller soulager sa vessie de porc parce que vous ne voyez pas, mais vraiment pas, comment réarranger la matière pour qu’elle puisse… Et merde ! La voilà qui se lève. S’ensuit alors une partie de glisser-déposé façon icônes du bureau Windows d’où votre dignité sortira forcément perdante. La promiscuité, c’est drôle, mais seulement avec la femme qu’on aime.

Tout ça pour dire que le TER est une grande aventure humaine, une épopée ordinaire aux relents de sueur et de tabac froids, de pets de vieilles et de cours de maths révisés à la va-comme-je-te pousse.

Quand au concepteur de ce foutu tas de tôles, je vide mes bourses moralement, mais non moins sournoisement, sur son visage humilié et désormais blanchi, en sachant qu’il y a plus de grumeaux dans mon éjaculat que dans ma pâte à crêpes, c’est dire !

Ceci étant dit, quand vous aurez fini de vomir, bande de faibles (je reste volontairement dans le sujet), vous pourrez enfin aller lire des choses intelligentes ailleurs sur ce site.

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2 réflexions sur “ Les douceurs du TER ”

  1. Notons qu’en première classe il y a de la place pour les bagages en hauteur et dans les portes bagages au sol ! 🙂 Faut-il encore y trouver une place…

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