Châtiments corporels, entre modes et bien-pensance

Depuis quelques jours, un nouveau spot de la Fondation pour l’Enfance tourne sur les chaînes nationales. L’occasion d’un petit commentaire.

Il est de bon ton, surtout lorsque l’actualité nous sert un fait-divers où un gamin battu comme plâtre finit à l’hôpital, de remuer tout ce que la France compte de pédopsychiatres, conseillers éducatifs et associations diverses au sujet des punitions et châtiments corporels. On entend alors tout et son contraire : « la violence, c’est la défaite des parents » comme « une gifle n’a jamais tué personne », et surtout les éternels « j’en ai reçu, ça ne m’a pas fait de mal ». Et suivant l’air du temps, on soutient tantôt les pro, tantôt les anti …

Les principes

Sur le papier, et pour paraphraser mon prof d’histoire de terminale, « la violence est le langage de ceux qui ne savent pas parler ». Concrètement, on tape quand on ne sait plus quoi dire, à court d’arguments. C’est aussi le signe d’une perte de contrôle, d’un état de colère où notre comportement nous échappe.

Alors, oui, montrer ceci à un enfant, c’est plutôt moyen. Dans son esprit, cela inscrit le fait que la violence accompagne la colère. Et que c’est normal … Comme si le monde n’était déjà pas assez violent, il faut en plus que le cercle familial soit source de souffrances.

Mais la théorie a ses limites, et ce qui est beau et cohérent sur le papier va rarement de soi dans la pratique. Ainsi, une des icônes intouchables de nos Lumières, J-J Rousseau, après avoir remarquablement disserté sur les principes de l’éducation{{1}}[[1]]Dans Emile ou De l’éducation[[1]], n’a eu de cesse que d’abandonner sa petite famille. On peut être un remarquable penseur et un foutu peigne-cul, cf Marx, Sartre, de Beauvoir et les autres.

La pratique

En pratique, les parents sont des êtres humains, avec leurs faiblesses, leur éducation-qui-a-fait-d’eux-ce-qu’ils-sont-aujourd’hui, et leurs écarts d’humeur … Alors, quand on voit son enfant jouer trop près de la gazinière, je veux bien comprendre qu’une main aussi leste qu’effrayée parte en direction de sa joue. Je peux aussi comprendre la main qui part, au supermarché, quand il est 18h30, qu’on a eu une grosse journée, et que Junior a décidé qu’on devait lui acheter la dernière console à la mode.

Cependant, à mon avis, de tels gestes sont toujours injustes s’il n’y a pas, derrière, leur explication : jouer près du gaz est dangereux pour toi, j’ai eu peur, j’ai eu une journée déjà difficile alors n’en rajoute pas, ma vie ne tourne pas autour de ta petite personne …

Ceux qui optent systématiquement pour la fessée, parce que leurs enfants « sont trop petits pour comprendre » n’ont rien compris : leur expliquer tout de même, même si on les juge trop jeunes, leur permet au moins de savoir pourquoi ils en prennent une, avec comme message qu’ils récoltent ce qu’ils méritent et qu’ils n’ont pas intérêt à recommencer. Et je reste persuadé que les enfants comprennent très tôt.

Mon passé

J’ai fait partie de ces gamins qui en ont pris plein la tronche, étant petit. Des gifles, mais aussi des coups de pied et des coups de poings. Je passe les détails de certaines brimades … Ma mère est une folle, alors ça aide. Mais elle est un cas typique de femme qui cogne pour rien, sans savoir pourquoi et donc sans pouvoir l’expliquer.

J’ai subi l’arbitraire parental avec un grand sentiment d’injustice et dans l’attente d’une revanche, depuis la mort de mon père jusqu’à mes 17 ans, âge où j’ai quitté la maison. J’avais, étant gamin, un sens aigu de la justice et je vivais assez mal des écarts d’humeur qui n’avaient pas de justification rationnelle, quand je me faisais dévisser la tête pour des broutilles (mais ça, je l’ai compris avec le temps) ou même sans savoir pourquoi.

Conclusion

Comme j’en ai fait l’expérience et comme je l’ai observé depuis, les enfants qui reçoivent des gifles en reçoivent souvent pour des raisons injustifiées ou mineures, comme le montre, dans la vidéo ci-dessus, l’exemple du jus d’orange renversé à cause de pas-de-chance. Et bien sûr, pas d’explication du geste.

Il faut garder à l’esprit que la violence, même modérée, est un geste grave et ne doit pas devenir une habitude. Oui, une baffe n’a jamais tué personne. Mais il ne faut pas s’étonner que la violence devienne banale, dans la rue et à l’école, si elle l’est déjà dans le foyer familial. En user avec parcimonie pour poser l’acte, soit, mais pas à tout bout de champ.

Pour finir, s’obliger à expliquer à son gamin la raison pour laquelle on l’a corrigé physiquement revient à méditer sur son acte. Et je pense qu’à partir de là, la cadence de tir ne peut que diminuer … Mais je persiste à croire que le passage à l’acte signifie avant tout une forme de défaite de l’éducateur.

Les choses passent toujours mieux quand le dialogue est possible.

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