Les profs, espèce à éradiquer

J’adorerais être l’un d’entre eux. Pourtant, je les déteste. Explications …
CC Flickr - Proctor Archives

Le plus beau métier du monde

Oui, l’enseignement est probablement une des professions les plus belles et les plus gratifiantes qui soient : transmettre le savoir, former des élèves, les accompagner, les guider, se faire l’intermédiaire entre l’individu et la connaissance pour, in fine, éduquer et libérer … quoi de plus beau ? Car seul le savoir rend l’homme libre, seul l’exercice de la raison et de ses facultés intellectuelles transforme l’homme en citoyen éclairé. L’enseignement est donc le plus efficace moyen de lutte contre l’obscurantisme et l’asservissement.

Le pire corps de métier

Mais la réalité est loin de l’idéal. Qu’est-ce qu’un prof, aujourd’hui ? C’est individu qui, après être allé à l’école, puis au collège, puis au lycée, puis à la fac ou, dans le meilleur des cas, à Normale Sup, est retourné dans une salle de classe, mais du bon côté du bureau. Dans les faits, un enseignant de base est juste compétent dans la matière qu’il enseigne, et encore …

Le corollaire de tout ça, c’est qu’un enseignant « normal », « classique », « lambda » n’a aucune culture de l’entreprise et aucune connaissance du monde professionnel, le vrai. Car, quoiqu’ils en disent, l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur sont des milieux très privilégiés, où le volume horaire est plus que supportable, le stress modéré, et les obligations de rendement quasi inexistantes.

Se pose alors une question toute simple : l’école est sensée former des citoyens, certes, mais surtout des travailleurs. Comment donc ces enseignants peuvent-ils transmettre un savoir qu’il ne détiennent pas, à savoir sensibiliser et préparer les enfants aux enjeux qui les attendent ? En allant plus loin, comment peuvent-ils aiguiller les élèves sur leur choix professionnels sur la seule base de leurs compétences académiques ?

Prise de conscience

Il n’aura pas échappé aux lecteurs assidus de ce site que j’étais l’an dernier en prépa (maths sup, pour les intimes). En prépa, les enseignants sont tous agrégés, et quasiment tous normaliens. En clair, ce sont toujours des gens pointus et brillants dans leur domaine, même si leurs compétences pédagogiques sont assez variables.

Dans l’ensemble des enseignants que j’ai eu, il y en avait un qui sortait du lot : mon prof de sciences industrielles pour l’ingénieur. Bien que brillant, lui aussi, son parcours était un peu moins académique : après une prépa moyenne, il avait intégré une école d’ingénieurs réputée bas de gamme. Il avait quand même bossé. En 3e année, il avait passé le concours d’admission parallèle à L’ENS Cachan (Normale Sup) auquel il a été reçu dans les trois premiers. Par la suite, il a obtenu son agrégation. Mais avant d’enseigner, il a surtout pratiqué son métier d’ingénieur dans plusieurs entreprises, dont Legrand (équipements électriques) et EDF.

Cela se ressentait très clairement dans les conseils qu’il a pu me donner, après le constat que la prépa n’était pas faite pour moi : pragmatiques, efficaces et pratiques. Il savait de quoi il parlait.

Cela se ressentait encore bien d’avantage dans sa façon d’enseigner, toujours concrête et illustrée de nombreux exemples pratiques : il était le seul à pouvoir nous dire ce qu’on attendrait de nous à la sortie, les notions qui nous serviraient, celles qu’on pourrait oublier après les concours. Il était le seul de mes enseignants qui puisse nous donner des bases de culture de l’entreprise : quels sont les enjeux, quels sont les objectifs, les priorités, les moyens, les méthodes … Au final, il était juste avisé, lucide, réaliste et compétent.

Un enseignement purement théorique ne sert à rien, parce que, à part les chercheurs, plus personne ne fait de théorie au cours de sa carrière. Surtout pas les ingénieurs.

En conséquence de quoi, la plupart des professeurs sont juste nuls et inintéressants, puisqu’ils sont incapables de relier la réalité avec le contenu de leurs cours.

Classement subjectif des professeurs par formation

Reflet de mon expérience académique …

  1. les agrégés : les meilleurs. Brillants, pointus, difficiles à faire douter, leurs cours sont la plupart du temps clairs, bien strucuturés et propres. Ce qui ne signifie pas qu’ils se rendent toujours accessibles à leurs élèves …
  2. les titulaires d’un master : les moyens. Être passé par la fac, c’est avoir choisi la voie de la médiocrité. Ne criez pas au scandale, je pourrai le développer plus tard. Ce sont des gens qui ont souvent choisi l’enseignement par défaut, ou en tout cas qui n’étaient pas suffisamment bons pour avoir Normale Sup. Bref, souvent pleins de bonne volonté, rarement propres dans leurs cours.
  3. les enseignants-chercheurs : les pires. La plupart font leurs cours par dessus la jambe, puisque cela fait partie du package « recherche ». Leurs cours sont souvent torchés, ils se moquent de perdre les étudiants dans des méditations sulfureuses, et même quand ils essayent de bien faire, ils sont tellement enfermés dans leur théorie qu’on a envie de les laisser se masturber le cerveau tout seuls.

De l’animation d’un cours

Au delà même des intentions pédagogiques et de la compétence effective dans la matière enseignée, je pense qu’un prof doit avant tout savoir animer son cours, le rendre intéressant et captivant. Il ne s’agit pas de faire du Arthur ou du Cauet au tableau, mais juste de savoir faire naître l’envie d’apprendre.

Combien de fois ai-je pu voir un enseignant, même consciencieux, perdre la classe simplement parce qu’il parlait d’un ton monocorde … Cette année, j’ai même un prof d’optique, enseignant-chercheur de son état, qui réussi le challenge incroyable de m’endormir pendant son cours alors que l’optique est une matière qui m’a toujours passionné.

Les meilleurs techniques pour rendre un cours chiant (dans les désordre) :

  • parachuter les notions sans expliquer d’où elles viennent ni leur lien avec le cours précédent,
  • balancer des notions sans expliquer à quoi elles vont servir, surtout quand elles sont compliquées : il n’y a rien de plus démotivant pour un élève que de se retrouver face à une difficulté dont il ne voit pas l’intérêt,
  • utiliser des notions qu’on a pas encore abordé pour expliquer celles qu’on est en train de voir : peut-être faut-il simplement revoir l’ordre du cours …
  • faire un cours-tableau, purement descriptif, sans explications, sans faire apparaître les liens qui existent (toujours) entre les différentes notions d’un même cours,
  • lire son power point sur-rédigé : l’élève aussi sait lire, et si l’orateur n’a rien de plus à apporter à la présentation que son texte, on est capable de se contenter du script … Un power point bien fait ne comporte que des schéma, des mots clés et un plan.
  • parler à mi voix,
  • utiliser la technologie si on ne la maîtrise pas : un cours à la craie sur tableau noir est infiniment plus intéressant que la petite prof stagiaire qui se débat avec son vidéo projecteur récalcitrant en croyant bien faire : le high-tech ne remplace pas le contenu,
  • entamer la correction d’un exercice sans avoir laissé aux élèves le temps de le chercher : recopier un corrigé est sans intérêt,
  • laisser le désordre et le brouhaha s’installer, mais, le cas échéant, c’est peut-être qu’au moins une des conditions ci-dessus a été satisfaite.

Pour en revenir à mon prof de sciences de l’ingénieurs, il présentait son cours comme il aurait présenté le télé-achat : avec conviction, dynamisme, d’une voix assurée et suffisamment forte. Les questions ne le déstabilisaient pas, quand il ne savait pas y répondre, il demandait un délai, il faisait quelques blague pour initiés … ses cours étaient tout simplement agréables.

Pistes et solutions

Un professeur devrait, selon moi, avoir un emploi annexe. L’idée n’est pas originale, cela se pratique déjà en Allemagne. Au minimum, les enseignants devraient avoir un stage ouvrier inclus dans leur formation, comme cela se pratique en école d’ingénieurs, pour avoir eu un contact avec le monde auquel ils sont censés préparer leurs élèves. C’est grave de voir un prof dire à un élève qui rend son travail en retard « Si tu fais ça à ton patron, il te mettras à la porte ».

Dans 90% des cas, ledit patron préfèrera accorder un délai pour obtenir un travail fiable plutôt que recevoir un travail dans les temps, mais torché. Mais ça, le prof n’en sait rien.

D’autre part, le fait que les enseignants soient fonctionnaires en fait d’indétrônables parasites, et cela ne les encourage pas vraiment à se remettre en cause ni à faire évoluer leurs cours, surtout lorsqu’ils enseignent déjà depuis de nombreuses années.

Pour finir, on devrait apprendre aux enseignants à présenter leurs cours. La communication n’est pas une compétence innée, c’est la raison pour laquelle on l’apprend aussi, en école d’ingénieur notamment. Être à la fois clair et captivant sont deux qualités fondamentales d’un enseignant un peu impliqué dans son job. Je crois que les profs devraient assister à tour de rôle aux cours de leurs collègues pendant une semaine pour prendre conscience de l’hébétude que suscitent certains spécimens pendant qu’ils justifient leur salaire.

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6 réflexions sur « Les profs, espèce à éradiquer »

  1. Eh bien, que de mépris !

    Si je suis plutôt d’accord avec la partie « De l’animation d’un cours », d’autres points me laissent perplexe.

    A commencer par cette contradiction :

    « Car seul le savoir rend l’homme libre, seul l’exercice de la raison et de ses facultés intellectuelles transforme l’homme en citoyen éclairé. L’enseignement est donc le plus efficace moyen de lutte contre l’obscurantisme et l’asservissement. »
    (C’est beau, c’est lyrique… et sur le fond, je suis d’accord)

    et un peu plus loin :

    « l’école est sensée former des citoyens, certes, mais surtout des travailleurs. »
    (Là, je le suis beaucoup moins)

    Non, l’école n’est pas censée former des travailleurs. Vous n’auriez peut-être pas été admis en CPGE si vos enseignants ne s’étaient souciés que de faire de vous un travailleur… (étant donné les connaissances et les capacités, pas franchement toutes utilitaires, qu’on exige d’un élève en prépa).

    Le rôle de vos enseignants de prépa était de vous faire réussir un concours très exigeant, et non de vous former à votre futur métier d’ingénieur. Et normalement, les élèves qui choisissent d’y entrer en sont conscients. On peut déplorer le système des prépas si l’on veut, mais l’enseignement qui y est fourni remplit bien son rôle…

    (Bien entendu, quand je lis et écris école, je comprends école / collège / lycée (et prépa), et non école d’ingénieur ou autre formation professionnalisante.)

    « En allant plus loin, comment peuvent-ils aiguiller les élèves sur leur choix professionnels sur la seule base de leurs compétences académiques ? »
    Leur compétence dans ce domaine est limitée, je vous l’accorde. C’est pourquoi il existait des conseillers d’orientation. Il existait, car ils sont en voie de disparition et que la mission d’orientation incombe, de plus en plus, aux enseignants. Reste que ces derniers ont le droit d’avoir une vie sociale et de ne pas fréquenter que des profs, et donc d’avoir un contact avec qui semble être pour vous « le monde réel ».

    Enfin, votre classification des enseignants, pour subjective qu’elle soit, n’est pas moins dénuée d’erreur, ou du moins, de préjugés :
    On peut être agrégé en ayant fait tout son parcours à la fac, et beaucoup d’agrégés sont titulaires d’un Master (ou équivalent anté-réforme LMD, comme le DEA)

    « Ce sont des gens qui ont souvent choisi l’enseignement par défaut, ou en tout cas qui n’étaient pas suffisamment bons pour avoir Normale Sup. »
    Donc finalement, les seuls enseignants valables (et ceux qui auraient la vocation) sortiraient tous de Normale Sup ?
    Vous qui décriez le manque de pédagogie des enseignants, savez-vous sur quels critères sont recrutés les normaliens, et les agrégés ? Certainement pas sur leurs qualités pédagogiques, en tout cas. (Et croyez-moi, j’en sais quelque chose !)

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    1. Si justement, l’école devrait former des travailleurs en plus de citoyens conscients. L’exemple de la prépa pointe une aberration du système qui consiste à faire de la sélection pour la sélection, mais n’oublions pas l’objectif final : rentrer sur le marché du travail. Même si avant, on souhaite faire un tri débile sur des notions qui ne serviront plus jamais.

      D’autant plus en période critique pour le chômage des jeunes, il faut savoir si on veut leur donner les billes pour être efficaces et pour décrocher des embauches, ou si on laisse à un hypothétique cursus supérieur le soin de leur apprendre à se défendre dans ce domaine.

      Pour les conseillers d’orientation, avec ou sans, ce sera pareil : ce sont quasiment tous des planqués échoués de la fac de psycho. Plus inutile, à part les médecins scolaires, je ne vois pas… Je ne connais personne, parmi mes nombreuses relations, qui ait un jour bénéficié des conseils de ces gens là.

      Je n’ai jamais dit qu’il était obligatoire de sortir de l’ENS pour être agrégé, je mentionne juste que les agrégés que j’ai rencontré en sortaient. De même, je me fous de savoir comment les normaliens sont recrutés, je juge les profs sur pièces, in fine, et il se trouve que les meilleurs enseignants que j’aie eu sortait de Cachan ou d’Ulm…

      Je ne dis pas que les seuls enseignants valables sortent forcément de Normale Sup, mais simplement que ceux qui ont suivi cette voie sont les plus brillants, et étant donné leur niveau, on ne peut pas douter qu’ils aient choisi l’enseignement par envie et non par opportunité, ce qui n’est pas le cas de pas mal de profs, notamment en lettres.

      Je ne méprise pas les profs de façon générale, mais je ne supporte plus certains discours déconnectés de la réalité, et une vision complètement académique du savoir. Sans parler de tous ces nuls que tout le monde sait nuls (collègues, chefs d’établissement, inspection académique) mais que personne ne peut déloger pour cause de sécurité de l’emploi … j’en ai trop rencontré.

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  2. Tiens, et si je modérais un peu ?
    Je suis à 100% d’accord avec VE.
    Tu (on se tutoie, ok ?) es trop radical envers les profs et les conseillers d’orientation.
    Je m’explique :
    1) tu critiques les profs… du supérieur. Il me semble bon de rappeler que ceux que tu critiques semblent tous faire partie du supérieur. Quid du secondaire ? Allez, laisse-leur un petit mot gentil, ça leur fera plaisir !
    2) les conseillers d’orientation… Un peu sévère aussi ton avis. Ceux que j’ai croisés m’ont donné des avis, des conseils, qui m’ont permis d’étoffer MA réflexion. Oui… il est aussi de NOTRE responsabilité, à 20 ans, de prendre des décisions, de nous renseigner, de faire des choix.

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    1. Les profs du secondaire correspondent aussi, pour certains, à la description ci-dessus à ceci près qu’ils n’ont pas de doctorat et sont rarement agrégés. Mais sur les modalités, il n’y a pas de grandes différences.

      Enfin, personnellement, les conseillers d’orientations, je n’en ai jamais vu. Je me souviens bien de la porte de leur bureau, mais pas de leur tête. J’ai entendu dire qu’il y en avait de très bons, qui entretenaient des contacts avec les entreprises. Mais pour un qui répondait à cette description, il y en avait au moins 4 qui étaient des planqués en attente de retraite/avancement.

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  3. « Les profs du secondaire correspondent aussi, pour certains, à la description ci-dessus à ceci près qu’ils n’ont pas de doctorat et sont rarement agrégés. Mais sur les modalités, il n’y a pas de grandes différences.  »

    Un article juste méprisant … pour votre info perso, oui dans le secondaire il y a des agrégés (et pas un peu) et c’est aussi un métier que l’on exerce par Vocaction. ( oui, avec un grand V)
    je ne peux rester sans rien dire. Que d’intolérance, vous parlez sans connaître les vraies réalités du métier. Des parasites ???
    Prenez en charge une classe de collégiens dans un collège en ZEP.. voir même une classe de collégiens tout court.
    Arrogance et prétention ….

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    1. Un article méprisant pour ceux qui s’y reconnaîtront. Je fréquente les profs depuis assez longtemps pour pouvoir mépriser ceux qui le méritent à leur juste valeur.

      Je parle sans connaître les vraies réalités du métier ? Ça c’est l’argument facile des gens qui n’ont rien à répondre. Je suis « à l’école » depuis 15 ans, j’ai fait le privé, le public, la prépa, la fac et je suis en école d’ingénieur. J’ai une vision globale de l’enseignement en France. Après, ce que vous appelez la réalité de votre travail, c’est à dire la façon dont vous le vivez, ça n’est pas mon problème et ça n’est pas non plus mon propos.

      Je suis simplement fatigué de subir des profs médiocres, inaptes, non impliqués dans leurs cours, et coupés du monde extra-académique.

      Certains ont une vraie vocation, c’est vrai. Environ 30%…

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