Le temps des regrets

Je vous présente un vieux texte de 2008, légèrement retravaillé pour convenir à une publication sur ce site, et exhumé de mon légendaire carnet noir, pour mes lecteurs et surtout pour mes lectrices .

Quand je serai vieux, malade, usé par le temps aussi bien que par la vie, je me souviendrai du temps béni de l’insouciance, de ma jeunesse florissante, de ma fougue, de ma rage de vivre, et plus encore, de son nom et de mon amour pour elle, qui illumina mes jours les plus sombres et qui me rendit, aussi, pâles, mornes et ternes les plus belles journées d’été.

Tremblottant dans mon fauteuil, entre deux quintes de toux, ma mémoire défaillante me laissera entrevoir, dans un dernier effort, son beau visage, doux et noble, ses traits fins, ses courbes majestueuses, sa démarche assurée et gracieuse, son sourire discret mais magnifique, ses yeux profonds et beaux, miroirs où se reflétait l’infini, et ses cheveux, changeant de couleur au gré des saisons, comme la parure des jardins publics où j’allais enterrer mon chagrin.

Je ressentirai encore une fois, en rêve, l’émotion qui m’étreignait autrefois à sa vue, me faisant bondir le coeur, oublier la fatigue et les vicissitudes de l’existence humaine, comme jadis. Cette émotion qui, alors, m’ôtait mes doutes, mes craintes, comme un phare  guidant un marin en donnant un but à sa route, et me signifiait que c’était elle que je voulais et que j’aimais sans concession. Une émotion telle que le monde aurait pu s’écrouler autour de moi, pourvu qu’elle fût avec moi pour contempler sa chute, sans regret.

Puis viendra le souvenir de ce jour funeste, inattendu bien que prévisible, où elle partit de son côté, et moi du mien. À ce souvenir, mon corps fatigué se renversera sur sa chaise. Une moue amère se dessinera sur mes lèvres de vieillard, et creusera mes joues plissées tandis que les dernières évocations défileront dans ma tête, tandis que son nom, celui de mon plus grand regret, y résonnera encore une fois. Je regretterai de n’avoir pas revu celle qui me fit autant de bien que de mal, qui m’emmena dans tant de doux tourments, et avec qui j’ai rejoué une pièce cent fois millénaire.

Peu de temps après, la mort fauchera ma misérable existence, mettant fin à une longue agonie qui aura duré depuis ce jour maudit où mon âme blessée et désenchantée, emportée dans les tourments de la passion, commença son naufrage inexorable dans le néant.

À jamais, elle demeurera pour moi la subtile allégorie de la distinction, de la noblesse, du raffinement, de la grâce et de l’esprit. Qu’elle soit et demeure heureuse.

© Copyright 2011 – La Gazette/Arle Uein – Reproduction interdite

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