Ventes de CD : le syndrôme de l’autruche

Le lundi 24 janvier, ont été publiés les chiffres des ventes de disques en France pour l’année 2009, l’occasion pour nous tous d’assister à un grand moment de journalisme comme on les aime.
CC Flickr - 邪恶的正太

Après avoir redécouvert, toujours avec la même euphorie et la même naïveté (ô combien touchante !), qu’il neige en hiver, le journaliste a appris, à l’occasion de la publication du rapport du Snep{{1}} [[1]]Syndicat National de l’Édition Phonographique[[1]] à confronter des chiffres. Aussi ne résiste-il pas à l’envie de nous dire que presque le moitié des internautes français se livrent au téléchargement illégal (information donnée par un rapport de l’Hadopi publié le même jour), alors que les ventes de CD ont encore chuté de 9%.

εὕρηκα !

Ainsi, le doute n’est plus permis. Grâce à la fulgurance de son raisonnement et sa brillante analyse d’économiste, le journaliste a en effet démontré de la plus éclatante des manières que si l’industrie du disque va mal, c’est de la faute aux vilains petits salopards de pirates qui ponctionnent sans vergogne le beau monde de la culture, la suçant jusqu’à la moelle et privant de leur pitance dûment méritée les malheureux artistes{{2}} qui suent sans et eau pour accomplir leur Grand-Œuvre en ce bas monde. Les chiffres ont parlés, ces infâmes voleurs sont coupables ! Envoyons-les au bûcher, qu’ils périssent dans la souffrance!

Peut-être faudrait-il lire ce rapport avant de s’en servir pour brûler ceux qui téléchargent illégalement…

On pourrait entre autre y apprendre que si les ventes physiques de CD affichent un recul de 9%, celles sur Internet ont en revanche augmenté de 14%. Certes la tendance du marché du disque est à la baisse puisque les revenus générés ont diminué de presque 6% par rapport à 2009, ce qui les fait chuter à (seulement) 554,4 millions d’euros. Mais les chiffres d’alors avaient été dopées par ce cher Michael Jackson, dont la mort avait fait exploser les ventes de SES disques, et si on ne prend pas en compte ces-dernières on s’aperçoit que le recul affiché par le marché de la musique n’est en fait que de 2,5%.

Une production en baisse.

On pourrait aussi y voir que la production de CD s’est ralentie (baisse du nombre d’album et de single commercialisés, diminution du nombre de contrats passés avec des artistes et chute des investissements marketing) et donc qu’il est normal que l’on vende moins puisque l’on produit moins et puisque l’on fait moins de pub.

Un recul de la publicité.

Sinon, on pourrait également y lire que la diffusion des clips sur les chaînes telles que M6 ou MCM a fortement chuté, et que les intempéries des mois de novembre et de décembre n’ont pas incité les gens à se déplacer pour acheter des disques (curieux, non?), qui de toute façon avaient bien du mal à se trouver dans les rayonnages puisque, pour les même raisons, l’approvisionnement des magasins était mal assuré.

La crise.

Enfin en stimulant un peu sa mémoire, peut-être pourrions-nous nous souvenir que nous sommes en pleine période de « récession », un mot qui pourtant ressort beaucoup dans le discours du journaliste soucieux de parler d’une sortie de crise difficile en restant politiquement correct, et que par conséquent, tous les biens de consommation voient leurs ventes baisser.

Laissons pousser les marronniers !

Oui, on pourrait, mais on ne le fera pas, car ce serait alors vider le sujet de notre ami journaliste du peu de sens qu’il réussissait à avoir, ce serait avoir un argument de moins contre le téléchargement illégal, et ce serait surtout admettre qu’en réalité, on ne connaît pas l’impact exact que celui-ci a sur les secteurs de la musique et du film.

[[2]]artistes décidément bien malheureux puisqu’ils touchent généralement moins de 2,5% du prix de vente de leur album, le reste étant pour le distributeur ou pour la maison de disque.[[2]]

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2 réflexions sur « Ventes de CD : le syndrôme de l’autruche »

  1. « Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient – le mot n’est pas trop vaste – au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous. »

    Victor HUGO (1878) dans son Discours d’ouverture du congrès

    Le piratage ne se limite pas à la vente de CD (bien que ce soit cette dernière soit plus exploité pas les pirate), mais s’étend aussi aux livres, aux films, aux jeux, aux BDs, à la presse etc… Concernant la musique, certain site proposent de la musique de qualités dans des formats audio haute fidélités (bien loin du banal mp3).

    Après tout, le piratage n’est-il pas comme une grande médiathèque online? Elle encourage le partage de la culture et, comme pas un effet de bouche à oreilles, permet le développement d’artistes non reconnus. Certes, pour l’artiste reconnu internationalement et qui s’en mettent plein les poches, c’est une petite perte d’argent (et surtout, ça fâche la grosse maison de disque des musiciens)… mais le principal chiffre d’affaire d’un musicien se réalise sur scène, et grâce au piratage (bouche à oreille virtuel), il n’y a jamais eu autant de festivals de musique que de nos jours.

    Sur ce, je vous recommande chaudement la lecture de « La Bataille Hadopi », mis à disposition gratuitement en version pdf par l’excellent éditeur InLibroVeritas (donc je recommande la consultation) ou en version papier au prix de 9€.

    See you!

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