Contemplation poudrée

Elle était belle, échevelée et nature au sortir du sommeil, dont subsistait des ombres sur son visage. À peine éveillée, vulnérable, elle était plus touchante encore. La grâce ne la quittait ni dans les limbes éthérées de la nuit, ni au sortir du lit qui avait accueilli son repos, devenu pour elle écrin.

Mais la belle n’aurait su se contenter d’un charme simple et sans rehauts. Elle voulait éblouir. Il lui fallait apporter à son visage la lumière qui transfigurerait l’éclat de sa jeunesse.

Je fus un jour admis à assister à ce moment, au chevet d’un Vermeer qu’elle allait pour moi recomposer, comme chaque jour, sur son visage de madone. Car alors, par un hasard étrange dont la vie seule détient les arcanes, je fus amené à partager sa vie. Ou était-ce elle qui partageait la mienne ? Tout ce que je saurais dire, c’est que nos existences étaient et demeurent liées par l’essence même de nos âmes, – de notre âme, en vérité – dont les similitudes se dessinent chaque jour plus nettement.

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L’enjeu consistait à mettre en lumière sans trahir, à embellir sans affadir, à révéler sans exhiber. Tout commença par le fond de teint qui, en poudre fine, vint effacer les ombres de la nuit. Je me pris à jalouser sa houppe, dont chaque poil caressait de si près, et avec tant de tendresse, son cher visage. Puis, le recourbe-cils, pourtant si semblable à un instrument de torture, dessina, au dessus de ses paupières de Diane, un croissant de lune.

Ce fut alors que le plus beau se produisit. Le crayon noir caressa le bord de ses paupières et s’étendit en une vague alanguie, paresseuse et sensuelle. Le fard se posa par dessus, et s’étira en un subtil dégradé, magnifiant son regard. Elle ajouta du bout du doigt, dans le creux où la racine du nez épouse la paupière en une courbe lascive, une ombre nacrée qui, sans colorer sa peau, lui apportait cette fraîcheur d’aurore qu’on ne voit qu’au printemps.

Elle souligna ses cils d’un délicat revers de brosse à mascara. Enfin j’admirai avec elle l’oeuvre que sa patience, sa maîtrise et son bon goût avaient réalisé, stupéfait que j’étais de voir cohabiter en si peu d’espace des lueurs aurores et vespérales.

Sous ses paupières, ses yeux brillaient d’un éclat que je ne connaissais qu’à elle. Ses pupilles, d’une couleur indéfinissable que j’avais appelé « couleur du temps », vertes au centre, bleu-gris près du pourtour, et constellées de paillettes, rayonnaient d’un mystère sibyllin. Son visage de bonheur, tout en ombres et en lumières, était à la fois tableau et cadre, au centre duquel deux miroirs fascinants, parfois, reflétaient son âme, complexe, riche et belle.

Je n’oublierai jamais l’expression de son visage lorsque, son travail achevé, elle se tourna vers moi. Son sourire répondait à son regard, et chacun se disputait mon attention. Mais ce fut la douceur de ses cheveux qui acheva de m’enivrer. Elle était la grâce faite femme. Elle dépassait le sublime. Et je me pris à l’aimer.

© 2010 La Gazette – Arle Uein – Reproduction interdite

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