Mort suspecte et mathématiques

2500 ans d’histoire des mathématiques, dans un roman drôle et passionnant, cela peut vous sembler irréalisable. Mais Denis Guedj l’a fait, dans le Théorème du perroquet.

L’histoire

Pierre Ruche aurait été docteur en philosophie s’il n’y avait eu la guerre pour l’arracher à ses études à la Sorbonne. Avec son grand ami Elgar Grosrouvre, étudiant en mathématiques, la mobilisation puis la débâcle le conduisent aux camps de prisonniers d’où ils s’échappent, à deux. Cependant, après leur évasion, les deux condisciples sont contraints de se séparer. Et plus de 50 ans passent sans qu’ils se donnent de nouvelles. Rideau.

Mais un jour, Pierre Ruche, devenu libraire à Montmartre, reçoit du fin fond de l’Amazonie une lettre signée de Grosrouvre, où ce dernier explique qu’il craint pour sa vie et surtout pour sa bibliothèque, après avoir réussi une démonstration mathématique que personne avant lui n’avait su mener à bien.

Lorsque le libraire reçoit chez lui la bibliothèque de mathématiques de son ami, il comprend que seule l’étude des mathématiques le mènera sur les traces de ceux qui inquiètaient Grosrouvre et lui apprendront ce qui s’est réellement passé.

L’auteur

Denis Guedj, né en 1940 à Sétif et mort cette année à Paris, était un drôle de touche-à-tout : mathématicien, professeur d’épistémologie des sciences, scénariste de cinéma, écrivain, et surtout remarquable pédagogue. Il a publié plusieurs ouvrages mettant en scène  les mathématiques.

Commentaires

L’intrigue est plutôt bien menée, mais je dois dire qu’elle est assez secondaire. J’ai tendance, spontanément, à me méfier de ce genre de livre où l’histoire n’est qu’un prétexte à la vulgarisation mathématique, pourtant on ne s’ennuie pas avec celui-ci. L’histoire tient la route, et nous permet de passer en revue 2500 ans de mathématiques, en reprenant les cheminements intellectuels des mathématiciens, ainsi que leurs petites histoires et leurs rapports complexes avec les pouvoirs temporels et intemporels de leur époque.

Vous reposerez l’ouvrage forcément réconcilié avec les maths, en ayant compris tout ce qu’on n’aura jamais osé vous dire à l’école.

Pour aller plus loin

J’ai publié il y a huit mois un article intitulé Les maths ne sont pas une religion, où je défendais l’idée que faire des maths pour les maths, et sans contexte est une hérésie pédagogique. Ce livre apporte de l’eau à mon moulin et illustre ma thèse.

En replaçant les notions dans un contexte historique et intellectuel, en expliquant pourquoi, un jour, un mathématicien s’est posé une question, puis a cherché à y apporter une réponse et par quels chemins il a du passer pour y parvenir, on éclaire ladite notion. On explique d’où elle est sortie, comment elle a été engendrée, on lui donne tout son sens. En allant au fond des choses, on forme de véritables intellectuels.

Au lieu de cela, l’Éducation Nationale s’acharne à faire un programme descriptif, où on expose des notions comme des produits finis, sans les relier entre elles, dans un vaste catalogue sans cohésion que vous n’avez qu’à ingurgiter. Nulle part on ne fait apparaître de liens entre des choses pourtant liées. Les meilleurs comprennent et « voient », les autres, on en fait des littéraires.

On a fait, au sein des mathématiques, le même découpage artificiel qu’entre les différentes matières scolaires, donnant ainsi aux élèves l’impression que les disciplines intellectuelles sont scindées, alors qu’elles se rejoignent. Si on s’est donné la peine de les séparer, c’est dans un souci d’efficacité et parce que chaque discipline s’est spécialisée.

Mais est-ce une raison pour perdre de vue que si Descartes, Pascal et tant d’autres étaient philosophes, physiciens, et mathématiciens, c’est que les mêmes démarches intellectuelles s’appliquent à ces trois disciplines, et à bien d’autres ? Je déplore que les programmes scolaires ne fassent pas apparaître ces liens et ne cherchent pas à raccrocher les wagons. Mais pour cela, il faudrait plus que des programmes intelligents, il faudrait des enseignants qualifiés. Et là, tout est dit.

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