Des Roms en France

Je ne porte pas plus que cela les Roms dans mon coeur. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me sentir mal à l’aise face à certains discours, et bien pire, face à certains actes. Au delà des affinités se trouve la morale, et certaines choses se font, d’autres non.

[toc levels=3 title= »Sommaire »]

CC Flickr – Xplace

Des gens du voyage

On a tendance à faire l’amalgame entre gens du voyage et Roms. Cependant, les Roms sont un peuple, tandis que les gens du voyage sont une catégorie juridique du droit français{{1}} [[1]]Source : Wikipédia[[1]], contrairement à un certain nombre d’inepties lues sur le net qui voudraient que les gens du voyage soient un communauté. Cette catégorie se compose  :

  1. des Roms, aussi appelés Tsiganes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, ou Sintis dont nous parlons ici,
  2. des Gitans, aussi appelés Égyptiens, peuple venant du Sud de la Grèce (région de la Petite Égypte) ayant gagné l’Europe de l’Ouest lors de la conquête de leur pays par les Turcs, au IXe siècle{{2}} [[2]]Source : La Croix et Wikipédia[[2]]. Il fuyaient aussi bien l’envahisseur que la religion qu’il amenait.
  3. des Yéniches, aussi appelés Tsiganes blancs, originaires de la région des Alpes (Suisse/Autriche/France/Allemagne). Leurs origines incertaines les apparentent aux commerçants juifs itinérants (bien qu’ils soient en majorité catholiques, ou à défaut protestants), aussi bien qu’à d’anciennes tribus celtes, et plus vraisemblablement aux fruits des unions entre déserteurs de la Guerre de Trente ans et émigrés Suisses{{3}}.[[3]]Source : Wikipédia[[3]]

Bref historique

Pour vous informer en profondeur au sujet de l’histoire de ce peuple, lisez les pages recommandées ci-dessous qui sont également mes sources. Sinon je vous propose une synthèse.

Migrations des Roms en Europe
Migrations des Roms en Europe

Moyen-Âge

  • les Roms viennent d’Inde du Nord, qu’ils ont quitté probablement autour de l’an 1000 pour gagner la Perse, le Proche-Orient, et l’Europe en 3 groupes distincts. Diverses légendes courrent à ce sujet, mais aucune n’est attestée. On les suppose membres de la caste des intouchables.
  • Durant la période qui suit, ils se vendent aux princes Mongols, Perses puis Russes, au gré des conquêtes, comme artisans et artistes (musiciens, jongleurs, …), mais également fossoyeurs, maquignons, écarisseurs … professions réservées aux ‘intouchables.
  • Des groupes gagnent, au XIVe siècle, les Balkans, où ils se placent sous la protection des monastères et des nobles, comme serfs « sous contrat » (ils vendaient leur liberté aux nobles, mais pouvaient la racheter pour la revendre ailleurs),
  • L’arrivée des Roms en Europe Occidentale se fait progressivement à partir du XVe siècle (Allemagne : 1407, Mâcon : 1419, Paris : 1427, Espagne : 1425). Ils ont dans leur poche des lettres de recommandation de seigneurs bohémiens (et même du roi de Bohème Sigismond 1er), et du pape. Ils se font souvent passer pour pèlerins et vivent de leurs prestations artistiques.

Renaissance

  • Pour une raison inconnue, ils tombent en disgrâce dès la fin du XVe siècle. On les rend responsables de toutes sortes de maux (vols, maraudes, enlèvement, brigandage) et on les accuse d’irréligiosité, de cannibalisme et d’espionnage pour le compte des Sarrasins. Les villes les expulsent.
  • S’ensuit alors une chasse aux sorcières de tous les Roms non sédentarisés, et habituels tortures, emprisonnements, massacres … alors même qu’une partie de la population (dont bon nombre de nobles) les protège.

Ancien Régime

  • En 1666, Louis XIV prononce la déclaration contre les Bohèmes qui décrète, entre autres que « les Bohémiens mâles doivent être arrêtés et envoyés aux galères sans procès ». Une raison probable est que certains nobles frondeurs employaient des Roms comme espions ou miliciens.
  • Aux XVIIIe et XIXe siècles, les mesures se voulant « humaines » pour sédentariser ce peuple se multiplient, mais échouent partiellement. En Espagne et en Autriche, cette bonne volonté prend la forme d’un ethnocide (par ex : enfants arrachés à leurs familles et placés en orphelinats ou chez des paysans).

Période Moderne

  • Au XIXe siècle, une deuxième vague de Roms émigre des Balkans vers l’Europe occidentale et les États Unis.
  • Au XXe siècle, la persécution devient, comme pour les Juifs, un génocide, avec l’application en Allemagne nazie et chez ses alliés de la solution finale. Dès le début du siècle, les Roms font l’objet de mesures discriminatoires, même en France (carnet anthropométrique).

Bon à savoir

  • « Rom » est un endonyme (le nom par lequel se désigne lui-même ce peuple),
  • le terme « Tsigane », existant dans beaucoup de langues européennes (sous différentes formes), est presque toujours péjoratif. Il vient du grec Athinganoi qui signifie « Intouchés »,
  • la plupart des Roms sont bilingues : ils parlent généralement le Romani, langue proche du Sanskrit et de l’Hindi, et la langue de leur pays d’adoption.
  • Les Roms ont adopté la religion de leur pays d’accueil.
  • Sarkozy est un patronyme Rom typique (!).

Je ne suis ni anthropologue, ni historien. Mon objectif ici est simplement de préciser de quoi je vais parler ci-dessous en donnant à mon lecteur certains repères.

Rappel des événements

Tout a commencé un beau (et chaud) jour de juillet, le 21 pour être exact. Deux jeunes Roms avaient forcé un barrage de gendarmerie et l’un d’eux avait été tué. La communauté Rom de Saint Aignan, prise de colère, attaque alors la gendarmerie, provoquant l’effroi dans la ville et l’intérêt des média en cette période Bettencourt/Woerth mouvementée. Certains commencent d’ailleurs  à crier à la coincidence un peu trop providentielle, mais gardons-nous de céder à la théorie du complot, surtout avant la publication des résultats de l’enquête.

Commence alors une vague d’indignation générale, cristallisée par les discours volontairement fermes (et quasi fascistes) du gouvernement. La question Rom devient un sujet brûlant, et ce peuple est remis dans un position qu’il n’a guère cessé d’occuper depuis 5 siècles : celle du bouc émissaire. Le gnome de l’Élysée, après avoir fait monter la mayonnaise (ou la chantilly, en l’occurence), joue les papas gâteaux, façon « Français, je vous ai compris », et de nous bouter tous ces criminels hors de France, à grand coups de CRS, de caméras et d’opérations à grand spectacle, mais (mal)heureusement inefficientes. Par la même, il pointe du doigt tout un peuple alors que ce ne sont que quelques uns de ses membres qui sont en cause.

Au passage, l’honorable Philae, parti en vacances à l’étranger peu après les faits, m’a raconté à quel point cette ambiance et ces discours ont pu choquer les nations étrangères, par la tournure que prenaient des événements somme toute dérisoires, dans la patrie des Droits de l’Homme.

Ce qu’on reproche aux Roms

Il faut tout de même préciser que ceux-ci ne sont pas pour rien dans la haine que leurs portent les Français, même si ces derniers ont largement forcé le trait.

On les a longtemps traité de voleurs de poules, et tenu pour responsables de toutes sortes de délits à la petite semaine. Il faut savoir que les malfrats de tous poils profitent, et depuis longtemps, du voisinage des Roms pour commettre leurs méfaits. C’est pratique, car alors les coupables sont vite trouvés. Ceci étant, je me suis souvent promené à Nancy, près du canal, où se tenait (et se tient toujours ?) un camp Rom. Et je les ai vu désosser un tel nombre de camions que j’ai peine à croire que tous aient été achetés.

Il y aussi la question du chômage. Peu de ces gens ont une activité professionnelle, et ce n’est pas la vannerie qui paie les BMW ou les Mercedes qui tractent les caravanes XXL. Là, il y a comme une incohérence. Mais peut-être aussi de la jalousie déguisée de la part des ces Français qui roulent en Clio et pour qui l’argent des autres est toujours louche.

Le plus gênant, pour les riverains, est simplement la présence de ces gens, bruyants, mendiants, sales et parfois hostiles (j’en ai fait l’expérience). Leur hostilité peut cependant s’expliquer en partie par le fait qu’ils sont déclarés personna non grata chez nous depuis la fin du XVe siècle. Le bruit peut également s’expliquer par leur mode de vie et leur culture. La mendicité est peut-être le moyen de payer les BMW, car contrairement à ce qu’on croit, c’est très lucratif. Pour ce qui est de la saleté, là franchement, ils n’ont aucune excuse.

D’autant plus qu’ils ont la fâcheuse manie de s’installer régulièrement en dehors des aires d’accueil prévues à cet effet. Donc, un pré fait très bien l’affaire. Sauf que lorsqu’ils le quittent, ils laissent l’endroit labouré par les roues de leurs véhicules et jonché parfois de montagnes d’ordures. Imaginez être l’agriculteur propriétaire du lieu : non seulement, il vous bousillent le terrain, mais en plus il vous faut le nettoyer avant de pouvoir faire les regains[ref]La fenaison qui a lieu fin août[/ref] ou d’y mettre des bêtes en pâture.

Et ce ne sont pas des préjugés, je l’ai constaté à de multiples reprises en divers endroits (Tours, Lyon, Nancy, Vosges, …). Il existe probablement des groupes de Roms qui échappent à cette description, mais j’avoue ne jamais en avoir rencontré.

Et la solution au problème

La France a hérité de sa période colonialiste une politique d’intégration des communautés minoritaires à la population majoritaire. En gros, Arabes, Turcs, Algériens, Chinois, … sont tous Français et apprennent tous à l’école que leurs ancêtres étaient les Gaulois. Sauf que pour les Roms, c’est un peu différent. Leur mode de vie nomade ne joue pas en leur faveur, et ils sont toujours perçus comme des étrangers partout où ils passent. Même s’ils sont Français.

Pour le cas qui nous concerne, les Roms incriminés seraient Roumains. Et comme ils posent un problème social, on élimine le problème en les renvoyant chez eux. Surtout que certains d’entre eux ont osé attaquer une gendarmerie. On attend quoi pour vider les cités de la même manière ? Quoi, l’idée vous choque ? C’est bizarre alors, parce que ça ne choque (presque) personne de procéder de la sorte avec les Roms. Vous allez me dire : « Les Roms au moins voyagent avec leur toit sur la tête. Si on renvoie un Arabe « chez lui », il ne lui restera que ses yeux pour pleurer ».

Oui, mais il y a comme un hic. D’une part, la Roumanie, c’est l’Europe, et le principe de l’Europe c’est que les frontières sont ouvertes. Donc rien n’empêche les Roms de refaire le chemin jusqu’à la France. D’autre part, en France on voudrait se débarrasser d’eux, en Roumanie … aussi. Donc on en fait quoi, on les gaze ? Pour crime d’existence ?

Moi je veux bien, mais dans ce cas, la prochaine fois qu’un Arabe tabasse un flic, il faudra renvoyer tous les Arabes de l’autre côté de la Méditerranée, sinon on n’est pas crédible.

Soyons sérieux !

Soyons sérieux deux minutes ! D’une part les Roms ne sont pas pire que tout ceux qui peuplent nos joyeuses cités, ni sur le plan du chômage ni sur celui de la délinquance. Et si on traite les populations des cités de façon (presque) humaine, pourquoi ne fait-on pas de même avec les Roms, qu’ils soient Français ou Roumains ?

S’il y a parmi eux des criminels, qu’on les arrête et qu’on les juge. Mais qu’on laisse vivre les autres. Eux au moins ne connaissent pas la crise du logement et ne squattent pas les appartements désaffectés. Et ceux d’entre eux qui sont Français le sont depuis plus longtemps (1419) que les Bretons (1532), les Lorrains (1766), les Corses (1768) et les Savoyards (1860).

D’autre part la mise au ban des Roms par le gouvernement est encore une manoeuvre de Zébulon, qui brasse de l’air et dilapide les deniers de l’États en coups d’éclat inutiles qui ne font qu’attiser le malaise social. Louis XIV, au lendemain de la Fronde, avait sacrifié les Roms en 1666 parce qu’ils étaient les bras armés des nobles révoltés. Aujourd’hui Sarko Ier sacrifie les Roms pour se poser en monsieur sécurité qui veille sur nous.

C’est sur ce programme qu’il s’était fait élire en 2007, et c’est sur le même thème qu’il commence sa campagne pour 2012. La manoeuvre est simple : je vous fous les jetons, j’organise l’insécurité (même si elle n’est que fictive) , et puis je me pose en super héros et je combats le mal (même si ce n’est que sur le papier). J’en rajoute, je fais du spectaculaire, du visible. Du coup, la Bond girl que vous êtes me tombe dans les bras, avec un « Oh James » lascif.

La question est : « Serez-vous dupe longtemps ? ». Parce que pour passer de la consécration à la déchéance du héros, il n’y a qu’une prise de conscience du public.

Alors quoi faire ?

Si vous attendez que je vous serve une idéologie toute faite, vous vous mettez le doigt dans l’oeil. On ne gouverne pas à coups d’idéaux. La dernière fois qu’on a essayé, ça a fait 60 millions de morts. On va donc éviter de recommencer ce genre de bétise.

Pour moi, grand pragmatique devant l’éternel, un homme politique, c’est avant tout un homme, et ça n’a pas la science infuse. Les beaux discours et les bonnes volontés tout droit sortis d’un bureau, ça ne va jamais très loin. Non, pour moi un politique, c’est un arbitre. Donc la solution est l’arbitrage : on écoute les Roms, on essaye de comprendre ce qu’ils veulent. Et puis on écoute les citadins, et on fait de même. Ensuite on synthétise, on ajuste les intérêts des uns et des autres, on essaye des les harmoniser, et on tranche en faveur de l’intérêt public quand les intérêts des parties en présence sont incompatibles.

Ensuite, on se débrouille pour que les Roms ne s’installent pas n’importe où, et qu’ils laissent les lieux propres. Pour savoir comment faire, on réfléchit aux mesures à prendre et à leur mise en place avec les préfets et les représentants des forces de police, histoire de ne pas pondre des décrêts inapplicables.

Mais de grâce, on se calme, on se détend et on se parle ! Les discours musclés et/ou extrémistes n’apportent jamais rien de bon. Si on continue sur cette lancée, avec des mesures contre-libertaires et pourtant populaires, on va finir en Allemagne nazie !

Conclusion

J’espère que cet article, qui m’a pris de nombreuses heures en recherches puis en rédaction, vous aura ouvert les yeux, si ce n’était déjà fait. Les Roms ont le droit de vivre.

Le comportement de certains d’entre eux n’a pas toujours été exemplaire. Ceux-là doivent être sanctionnés, mais avec justice. Pour les autres, il suffirait peut-être qu’on apprenne à vivre avec eux, en fixant expressément les règles du jeu.

La sur-enchère de fermeté dans les discours et dans les actes n’amènera rien de bon, et si l’on tente de se débarrasser du problème, il nous reviendra un jour où l’autre. Pour finir, on ne peut pas règler nos problèmes par des méthodes que nous avons combattues, et qui sont contraires à nos principes. Ce qui est inacceptable pour nous l’est aussi pour les autres.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » – Benjamin Franklin.

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