Réminiscences de bac

C’était en 2008, lors des épreuves anticipées de français du bac S. J’avais choisi ce sujet, et j’ai produit le texte ci-dessous. C’est un peu naïf, mais j’avais 16 ans … J’ai obtenu 17/20 à l’épreuve.

Le narrateur du Temps retrouvé croise une femme qu’il a aimé dans sa jeunesse et pour laquelle il conserve une vive affection. Il perçoit, sous ses traits vieillissants les traces de sa beauté d’autrefois. En vous inspirant de l’extrait proposé, vous imaginerez la description qu’il pourrait en faire.

Dans la roseraie de la Pépinière, NancyC’est lors d’un bal que je la revis, elle que dans les folies de ma jeunesse, j’avais aimée comme on aime à cet âge là. Elle se tenait devant le buffet, et la perspective du jardin, éclairé des dernières lueurs du jour, la rendait pour moi plus belle qu’un Watteau. Elle semblait bavarder de banalités avec notre hôte. Elle portait une robe de satin blanc, resserée à la taille et aux emmanchures par des rubans, et qui laissait voir le haut de son dos. Elle avait relevé ses beaux et lourds cheveux châtains dans une coiffure pareille à celle qu’elle arborait souvent dans sa jeunesse. Mais ce qui avait été jadis un parterre de mèches nuancées était aujourd’hui parsemé de fils d’argent. La vue de son visage m’illumina le coeur et m’emplit de tristesse immédiatement après. Ses traits étaient les mêmes, fins et bien dessinés, et son teint mat, réhaussé par la pâleur de son vêtement, n’avait pas changé. Hélàs, sa beauté éblouissante avait dépassé, déjà, son apogée et de fines rides commençaient à flétrir insidieusement cet être adoré, à l’âme et au visage également beaux.

Elle avait conservé son sourire de Joconde, énigmatique et discret, à mi-chemin entre une manifestation de joie et une moue de tristesse refoulée. Sa grâce était celle d’une jeune fille, mais sous l’effet du temps et de ses tempêtes, s’était empreinte de douceur.

Je constatai avec regret qu’elle n’était plus la nymphe gracile, vive, exaltée et intrépide que j’avais aimé, et mon coeur se serra malgré moi lorsque j’aperçus une éclat de lumière dorée à son annulaire gauche. Je me surpris à éprouver le même émoi que quinze ans auparavant, lorsque je la contemplais et que plus rien d’autre au monde n’avait d’importance, lorsque j’étais avec elle, buvant ses paroles, savourant ses sourires, me nourissant de ses regards.

Ses yeux, lorsque je m’approchai d’elle, le coeur battant, comme autrefois, me plongèrent dans l’effroi. Ses yeux qui furent d’un bleu profod, doux et pétillants, ces miroirs de l’infini, parsemés d’étoiles, où j’aimais à me perdre jusqu’au vertige, ces yeux pareils à la Voûte Céleste par une nuit d’août, étranges, fascinants, scintillants, ses yeux, enfin, empreints tout à la fois de joie, de noblesse et de dignité, je les revis ternes, tristes et éteints. Cette femme que j’avais aimé, et pour qui je conservais des sentiments profonds, m’apparut une ombre, un fantôme, une pâle copie.

Je dus rassembler mes forces pour me resaisir, avant de la saluer, et de lui dire : « Vous êtes toujours aussi charmante qu’il y a quinze ans ». Elle se tourna vers moi, et, avec un sourire, me répondit de sa voix douce et claire : « Qui êtes-vous, monsieur ? ».

© 2010 La Gazette – Arle Uein – Reproduction interdite

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s