Glenn Gould et les sonates de Beethoven : l’interprétation ultime

Au hasard de mes périgrinations lyonnaises, j’ai découvert chez un discaire les sonates pour piano de Beethoven par Glenn Gould. Et l’essayer, c’est l’adopter.

En tant que pianiste, les sonates pour piano de Beethoven sont quasi incontournables. Je me souviendrai toujours de ma première d’entre elles, l’opus 10 N°1. C’était au conservatoire, pour un examen. Le premier examen de ma carrière où je n’ai eu ni A ni A+, premier d’un série de trois que j’ai foiré lamentablement, après avoir toujours récolté les honneurs.

Cela aurait pu me décourager. Mais Beethoven est plus fort que la démotivation. Je ne sais plus qui disait : « La musique, c’est Beethoven. Le silence, après la musique, c’est encore Beethoven ». Ou bien c’était à propos de Mozart. Je ne sais plus. À l’opus 10 ont donc succédé l’opus 2 N°1 (la toute première) puis la « Clair de lune », et en ce moment, la Waldstein, qui est plutôt carabinée.

Mais fatalement, quand on n’est pas trop mauvais, on se fait une certaine idée de l’interprétation des morceaux qu’on travaille. Du coup, toutes les interprétations que j’ai pu entendre ne m’ont jamais fait bonne impression. Toujours trop ceci, ou pas assez cela. J’ai épuisé les Barenboïm, Kempf, Pollini, et bien d’autres, sans orgasme musical aucun. Mais c’était avant de découvrir ce CD.

On connaît tous, je pense, Glenn Gould pour l’enregistrement des Variations Goldberg, de Bach, dans sa version de 1981, peu avant sa mort. On sait moins qu’il les enregistra en 1955, dans une interprétation beaucoup plus conventionelle et virtuose. Et je n’avais jamais entendu parler des sonates de Beethoven.

Pourtant, cet enregistrement est une merveille. Avec un rare sens du phrasé, Gould déroule sa mélodie comme on raconte une histoire. C’est sans fioritures inutiles, ni sensiblerie. Mais c’est profond, et tellement expressif …

Son jeu est naturel, il y a ce qu’il faut où il le faut. Son son est juste, ni trop rond ni trop sec, et toujours, ce même sens du silence. C’est intimiste sans tomber dans le romantisme, comme un cadeau musical. Et son piano … je veux le même ! Je n’en peux plus des Steinway qui font trembler les vitres avec un timbre métallique et froid. C’est ce qui me déçoit le plus chez Hélène Grimaud, si son jeu est irréprochable, son piano est un tas de tôles. Ici, non.

http://www.deezer.com/embed/player?pid=48620420&ap=0&ln=fr

Voilà, vous aurez compris que j’aime beaucoup cet enregistrement. Mais il y a quand même quelque chose qui m’énerve chez Gould. Lorsqu’il joue, on l’entend chanter. Ce n’est pas la Castafiore, juste un marmonnement, mais c’est permanent et énervant, à la longue. On essaye de faire abstraction, parce que la musique est sublime, mais remasteriser les pistes en virant les envolées lyriques de M. Gould serait une bonne idée. Ceci étant, cela montre le rapport de ce pianiste avec son instrument : il chante, avec sa voix et aussi avec ses doigts. Peut-être le secret de ce jeu si subtil.

Et comme vous n’êtes pas obligé de me croire, vous pouvez écouter l’album ci-contre, et vous faire votre propre idée.

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2 réflexions sur “ Glenn Gould et les sonates de Beethoven : l’interprétation ultime ”

  1. Bonjour,

    Je pense que Gould jouait sur un Stenway. La maîtrise des aigus n’est pas chose aisée. Surtout avec un Stenway. Il faut beaucoup de maîtrise et de doigté pour nuancer le haut du spectre d’un Stenway. De plus, ils sont relativement sensibles aux conditions hygrométriques et à la température. Du coup, ils ne sonnent pas pareil en fonction de la salle ou du studio.
    Un Yamaha de concert est plus constant et sierra aux pianistes recherchant la sécurité et en particulier celle d’avoir un piano accordé qui sonne pareil d’un endroit à l’autre.

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    1. Des Steinway sensibles aux variations hygrométriques ? Il me semblait que les modèles récents avaient fait beaucoup de progrès, sur ce point.

      Personnellement, je leur reproche surtout de manquer de coffre dans les graves. Au conservatoire, le Steinway sur lequel je passais mes examens m’agaçait beaucoup pour cette raison : l’impression de tout donner, mais rien qui sortait. Mais peut-être que je n’avais tout simplement pas encore l’expérience pour maîtriser la bête…

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