Zoé Shepard inculpée de délit de liberté d’expression

Zoé Shépard, après la publication de son livre best-seller Absolument dé-bor-dée ! , où elle raconte son quotidien dans la fonction publique, risque de se faire remercier par son employeur après 2 mois d’exclusion. Et c’est normal …

Genèse d’un journal intime destiné aux limbes

À priori, le bouquin n’aurait jamais du faire autant de bruit. J’avais repris voilà quelques mois, sur ce blog, un article littéraire du Figaro qui le présentait. Zoé, alias Aurélie (qui, avec un prénom si proche du mien, ne peut pas être foncièrement mauvaise) balance sur papier, à la suite de son blog, toutes ses vicissitudes et les dysfonctionnements de l’administration territoriale où elle est gestionnaire.

Bref rien de bien méchant. Plutôt un acte citoyen, en somme. Pour préserver son anonymat et celui de ses collègues, elle publie sous un pseudonyme et se débrouille pour que les traits de ses personnages fictifs ressemblent le moins possible à ceux des agents réels. Mais rien n’y fait. Elle commet l’erreur de se confier à une collègue qui la trahit, et révèle son identité littéraire. Puis les ennuis commencent avec sa hiérarchie, jusqu’à sa suspension, début juillet, pour deux mois, dans l’attente de la sanction définitive qui devrait tomber ces jours-ci. Elle encourt jusqu’à 2 ans d’interdiction de Fonction publique. Rien de moins.

Le délit de grande gueule

Zoé m’est sympathique, vous l’aurez compris. Pas seulement à cause de son vrai prénom. Elle et moi, on a en gros les mêmes objectifs : dénoncer ce qui nous semble aberrant pour alerter. On a aussi les mêmes méthodes : la plume, si possible trempée dans le vitriol, à grand renforts d’humour noir et grinçant.

Mais voilà, en France, ça passe mal. La liverté d’expression est un leurre, car s’il est de bon ton de la défendre au grand jour (au nom des sacro-saintes valeurs républicaines), la république bananière de France supporte mal qu’on appuye sur ses incohérences et qu’on lui mette le nez dedans. Alors, on dissimule le délit de grande gueule sous le premier prétexte qui tient la route (manquement au devoir de réserve, pour le cas qui nous occupe), et on charge. C’est vrai que la « dénonciation de vérité dérangeante » n’est pas une charge reconnue, et attaquer pour ce motif donne du plaignant une image un peu fasciste. Pourtant, dénoncer, c’est accomplir le premier pas vers le changement. Enfin, il paraît.

D’après l’employeur de Zoé, le Conseil Régional d’Aquitaine, ce bouquin porte atteinte à « la crédibilité et [à] l’honneur du personnel de la région ». Jusqu’où va la mauvaise foi … Vous aurez remarqué qu’ils ne remettent pas en cause la véracité de ce qui y est raconté. Ce n’est juste pas flatteur, comprend-on si on lit entre les lignes. Et puis c’est tellement plus simple d’éliminer les gêneurs que de mettre toute une cohorte de fonctionnaires inutiles au boulot …

Dans la réalité

Qui se sent morveux, qu’il se mouche ! Si les collègues de Zoé ont poussé les hauts cris, ce n’est pas parce que le portrait qu’elle dressait d’eux était faux, mais bien parce qu’ils s’y sont reconnus. Cependant, Zoé le dit elle-même, tous les fonctionnaires ne sont pas des glandeurs. Et je peux vous le confirmer.

La moitié de ma famille est ou a été fonctionnaire. Moi-même, j’ai travaillé un mois, cet été, dans un Conseil Régional que je ne nommerai pas (tout de suite). Et je dois dire que des fonctionnaires qui ne foutaient rien, je n’en ai pas vu beaucoup. Évidemment, il y en a. Ceux qui empêchent les autres d’avancer, soit parce qu’ils font leur travail par dessus la jambe, soit carrémment parce qu’ils refusent de travailler, soit encore parce que leurs collègues doivent récupérer leurs conneries. Et pas que des employé(e)s de catégorie C, croyez-moi !

Mais il y a aussi ceux qui prennent leur métier à coeur, parce que le service publique, c’est le moteur de la République. Ceux qui accumulent des heures supplémentaires, en sachant que personne ne les leur payera, simplement parce lorsqu’il y a du boulot, il faut qu’il soit achevé dans les temps. Et ceux-là ne sont pas forcément des cadres.

Il ne faut pas jeter la pierre à la Fonction publique tout entière. Ce que Zoé rappelle aussi. Même si l’Administration ferait mieux de se séparer en priorité de ses mauvais éléments, et dans certains cas, de services tout entiers (ceux qui sont réputés pour leurs placards) plutôt que de remercier leurs meilleurs agents, qui tâchent de les servir le mieux possible, et qui s’indignent de ses dysfonctionnements.

Conclusion

Le cas de Zoé Shepard nous rappelle que la liberté, et en particulier la liberté d’expression, n’est pas un droit. La liberté est un combat. C’est au moment où nous la croyons acquise qu’il se trouve toujours un tyran en herbe pour nous la réduire. Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’on ne le laissera pas faire. Celui qui n’est pas prêt à se battre pour sa liberté ne la mérite pas.

Quoiqu’il en soit, je souhaite bon courage à Zoé-Aurélie. Si le Conseil Régional décide son exclusion, il aura la publicité qu’il mérite, et pas seulement ici. Et puis Zoé a la loi pour elle. En face, ils n’ont que leur courroux et leur égo froissé. L’ironie, c’est que sans ces déboires, la notoriété de la jeune auteur ne serait probablement pas ce qu’elle est.

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Une réflexion sur “ Zoé Shepard inculpée de délit de liberté d’expression ”

  1. Je viens de fermer l’ouvrage de Melle Zoé Shepard…
    Effarant, très bien écrit, cruellement drôle et terriblement véridique !!
    Force est de constater qu’elle expose au grand jour et avec une ironie incisive et piquante, les affres de la Fonction Publique Territoriale. Elle met le doigt sur les choses qui fâchent et sur une réalité qui nous dépasse.
    Un engrenage que je ne connais que trop bien.

    J’ai ouvert depuis fin octobre 2009, un blog assez similaire focalisé sur mon expérience propre de la F.P.T., plein d’humour et d’anecdotes…

    LE CONCEPT : « Blog-roman », un article par jour mis en ligne. Toujours cours d’écriture…

    LE SUJET : Au cœur d’une collectivité territoriale, étude de quelques spécimens pittoresques dont Melle Gudu, « Animaux Morts », et Jean-Eudes TRUSQ dit « JET », collègue imposé d’office dans mon bureau. Comme le dit Thierry Lhermitte dans un film populaire, il a « une belle tête de vainqueur ». Ainsi la suprématie de la connerie s’installa avec lui. Pas besoin de source d’inspiration ; il offre sa bêtise sur un plateau d’argent.

    Si cela vous dit de venir jeter un coup d’œil, vous êtes la/le/les bienvenu(-es).

    Pour me rejoindre, c’est ici :

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