Pourquoi je n’utilise plus Facebook

J’ai rejoint Facebook en avril 2008, et j’en ai été pendant un peu plus d’un an un membre actif. Depuis, je ne l’utilise plus que pour la promotion de ce site, et je vous explique pourquoi.

Un média comme les autres

Facebook a été conçu par et pour des étudiants, dans le but de garder contact. Quatre ans après ses débuts, c’était l’impression qu’il dégageait. L’ambiance y était plutôt bon enfant, et le site remplissait son rôle. Mais peu à peu, et d’avantage avec la dernière version du site, le réseau social s’est mué en média à part entière, c’est à dire en moyen de diffusion de contenu, alors que sa fonction première et affichée est plutôt la communication entre personnes.

On a ainsi vu la campagne de Barack Obama et celle de Nicolas Sarkozy se dérouler parallèlement sur Facebook. D’autre part, la publicité est arrivée en masse, bombardant l’utilisateur de contenu dont il n’a cure. Le plus choquant est problablement la transformation du phénomène « Groupe »  en « Pages »

Je m’explique. Il existe sur Facebook des espaces virtuels de discussions, sortes de forums, où les membres peuvent dialoguer ou partager des images, des liens, des vidéos autour d’une idée ou d’un concept commun à tous. Ces espaces sont appelés des groupes. S’ils avaient le vent en poupe il y a encore un an, ils ont été supplantés largement par les pages, de par la construction même du site.

Les pages sont des espaces de communication possédés par des entreprises, des marques, des partis politiques, … et servent en général de fan-club. Le problème, c’est que si les groupes sont plutôt des lieux d’expression, les pages remettent l’utilisateur dans une position qu’il connaît bien : celle de consommateur. Le contenu d’une page est fait par son propriétaire, et l’usager n’est sollicité que pour dire « Ah ouais, ça je surkiffe grave ». Il était actif, on le rend passif.

Voilà comment on transforme un espace communautaire en société bis, avec ses mandarins, ses patrons et ses moutons. Alors autant dire que pour les marques, les artistes et les partis politiques, Facebook, c’est du pain béni : c’est le moyen de toucher efficacement les masses, tout en leur donnant l’illusion de pouvoir dialoguer autour de leur idole ou de leur T-shirt préféré.

Là où le statut de média de Facebook apparaît clairement, c’est dans les apéritifs géants, organisés à la dernière minutes, via Facebook. Le site permet de contacter rapidement et massivement des gens qu’on ne connaît pas forcément. Moi-même, je sais très bien qu’en contactant certains amis de cette façon, j’aurais plus de chance de recevoir une réponse, et dans des délais plus courts (oui, passer sa journée sur Facebook n’implique pas de relever sa boîte mail au moins un fois par semaine). En bref, Facebook aurait pu être un espace d’échange, un véritable réseau social, mais ses dirigeants ont loupé le coche.

La politique de confidentialité

À chaque fait-divers impliquant Facebook, il est de bon ton de remettre en cause sa politique de conservation et de diffusion des données. Si la publication de contenu est réglable par l’utilisateur (on peut choisir précisément qui voit quoi, sur son profil), rares sont ceux qui maîtrisent réellement cet outil. De plus, le site étant soumis à la législation américaine, la psychose collective voudrait qu’il conserve toutes les données : leur suppression par l’utilisateur les rendrait seulement invisibles, mais elles seraient toujours présentes sur les serveurs de Facebook, avec les usages obscurs qu’on imagine.

Je n’ai trouvé nulle part de preuve de ceci. Mais ce que les gens croient fait office de vérité. Cependant, en terme de sécurité informatique, la paranoïa est probablement la conduite la plus sûre. Ce qui me dérange le plus, ce n’est pas tellement Big Brother, c’est surtout l’usage que font les gens du site et le réflexe de « la photo dossier ». Cela consiste à faire de ses « amis » (au sens Facebook, c’est à dire des contacts) des clichés les moins avantageux possibles puis de les rendre publiques sur le site.

J’insiste sur le fait que ces photos sont réalisées spécialement pour finir sur Facebook. Depuis quelques temps, ce réflexe est devenu systématiques chez les jeunes. On observe donc la multiplication des photos de beuveries et autres activités finissant mal, ou tout simplement des clichés de gamineries qui auraient pu rester sans suite.

Donc il y a désormais ceux qui ne se laissent plus photographier du tout, par peur de voir leur tête et/ou leurs pitreries rendues publiques, ceux (et celles) qui affichent leur débauche et ceux qui passent leur journée à traquer les photos non autorisées pour tenter de les faire supprimer. L’esprit festif en a pris un coup, et tout le monde peut avoir un résumé de vos activités (essentiellement nocturnes mais pas seulement) si vos amis on l’upload[ref]Le téléversement de photos[/ref] un peu facile.

La confusion public/privé

Je l’ai déjà développé dans un autre article, on ressent face à son profil Facebook une intimité trompeuse qui nous conduit régulièrement à publier des informations qui devraient rester privées. Ce qui me gêne, ici, c’est l’usage abusif du message sur le mur[ref]Espace publique de communication, sur le profil d’un utilisateur[/ref].

A vue de nez, je dirais que 80 à 90 % des messages sont échangés de cette façon, et non par courrier électronique privé. Et combien de fois ai-je vu inscrits à la vue de tous des messages personnels voire intimes. Quand un crétin écrit « je t’aime » sur le mur de sa chère et tendre, c’est minimum 300 personnes qui tiennent la chandelle sous le balcon. Alors quand ce n’est qu’un « je t’aime », le mal n’est pas grand, mais j’ai déjà vu infiniment plus gratiné …

Facebook, doudou pour ados … entre autres

Facebook, c’est avant tout un machin qui permet aux gens de « rester en contact », c’est à dire de se garantir de la solitude, ô combien angoissante pour la majorité de nos contemporains. Peu importe qu’on parle pour ne rien dire, dissimulant la vacuité du propos derrière le propos lui-même. Car on atteint le degré zéro du contenu en n’offrant que le contenant, on s’étend en discours sans substance ni informations.

La communication n’a, sur Facebook, d’autre but que l’ici et le maintenant, pour fuir la confrontation avec soi même et ses propres pensées (un peu comme la télévision, d’ailleurs). Bref, c’est ce que le regretté Roman Jakobson appelait la fonction phatique du langage. Facebook permet au gens de se rassurer, de vaincre la solitude et les angoisses de la vie, et de tisser du pseudo lien social, quitte à sombrer dans la superficialité la plus complète. Le pied.

Pourquoi ne pas supprimer mon compte ?

Facebook ne me sert plus aujourd’hui qu’ à promovoir ce site, via Twitterfeed qui notifie automatiquement la page des fans et mon profil à chaque nouvel article. En effet, se priver de cette source de visites revient, pour un site aussi jeune, à se tirer une balle dans le pied. Car j’ai la faiblesse d’écrire pour être lu …

D’autre part, je sais que Facebook est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour contacter des amis que je ne vois plus tous les jours, surtout ceux qui ont la détestable habitude de relever leur boîte mail tous les 36 du mois.

En conclusion, Facebook est un outil comme les autres et un mal nécessaire, avec lequel je suis loin d’être en phase,  mais qui tout de même bien pratique. Même s’il aurait pu être bien plus …

[references/]

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