Et si demain on se mettait à butter du vieux ?

Soyons honnêtes, à l’heure actuelle, les vieux ne sont plus que des parasites qui essayent par tous les moyens de rester en vie le plus longtemps possible, qui pompent l’argent du contribuable et qui musellent notre société dans des carcans hygiénistes. Heureusement, les jeunes ont décidé de faire un peu de ménage…

Oui, les jeunes{{1}} [[1]]Comprenez par là les individus de moins de 25 ans…[[1]] ont pris les armes et descendent du vieux. Parfois les leurs, parfois de simples inconnus. Ni la cible ni la méthode n’ont d’importance, l’essentiel étant d’en faire crever un maximum.  Cela dit, on évite tout de même la torture, car très chronophage et un rien salissante. Sinon, pourvu que ça permette d’abattre un croulant, n’importe quoi fait l’affaire… Et puis, à quoi bon faire la différence entre un morceau de métal qui ira se loger dans leur crâne et un Molotov qui achèvera de brûler leur enveloppe déjà altérée par le temps?

Rassurez-vous, ces meurtres ce ne sont pas des actes isolés et sporadiques perpétrés par quelques jeunes déviants, gavés à grand renfort de jeux vidéos hyper trash. Non, c’est simplement une tentative de génocide, ou plutôt d’« âgicide », dans laquelle la quasi-totalité des jeunes sont impliqués.

Et ce n’est pas un jeu vidéo …

Mais la situation du Paris qui nous est dépeint par Maïa Mazaurette dans son livre Rien ne nous survivra.

La ville lumière n’est en effet plus qu’un champ de ruine servant de cadre à une implacable guerre civile générationnelle. Elle est devenue le terrain de chasse de milliers de jeunes dont la seule mission est de débarasser l’humanité de ce fléau que sont les vieux. L’ultime tabou a en effet sauté en même temps que leurs grenades, abattre ses aînés est désormais un geste banal, un sport reconnu, une pratique glorifiante.

Mais pourquoi tant de haine ?

Tout d’abord, inutile de chercher dans cette révolution les effets secondaires d’un affreux virus qui transformerait tous les jeunes en monstres assoiffés de sang et dégoulinants de baves (eh non, ce livre n’est pas un nanar post apocalyptique de série Z). Cette révolution repose bel et bien sur un ensemble d’actes et de pensées que des êtres humains, comme nous, ont conçu et appliqué.

Une apologie de la violence ?

Rassurez-vous, ce livre n’est pas un manifeste prônant la révolution et incitant au parricide. Si une guerre civile incroyablement violente et destructrice y est décrite, c’est uniquement pour brosser un portrait au vitriol de notre société. C’est sans animosité aucune, qu’elle nous dépeint le quotidien d’une révolution et ce au travers des deux personnages principaux que sont l’Immortel et Silence. D’ailleurs l’auteur ne se complait ni dans la fascination pour le morbide ni dans la surenchère du gore. Non, ce n’est pas parce qu’elle décrit une guerre civile que chacune des pages de son roman dégouline de sang.

Bien au contraire son génie est de décrire la mort et le meurtre avec… poésie. Elle réussi à créer la beauté avec l’immonde, et pour tout dire, le résultat est inquiétant et délectatif{{2}}[[2]]. Si si, ce mot existe, à partir de maintenant tout du moins…[[2]].

Volontairement provocateur, ce livre incite à réfléchir aux fondamentaux de notre société, justement parce qu’ils nous apparaissent balayés par un idéal de liberté asolue. La violence et les horreurs de la guerre civile ne constituent pas les principaux éléments de cet ouvrage, mais sont là en toile de fond, comme un moyen de faire la critique de notre société, et d’y apporter un regard différent, non-conformiste.

Une tragédie moderne.

Les jeunes ont choisi leur destin : oeuvrer à l’accomplissement de leurs idéaux jusqu’à la victoire, ou jusqu’à la mort… aucune autre alternative n’étant possible.  Et c’est pour cela qu’ils vivent chaque minute de leur révolution, de leur guerre civile avec une sorte de fureur épicurienne, pour eux, seul le présent existe. Leur obstination et leur aveuglement font d’eux de véritables héros de tragédie, dans le sens noble du terme{{3}}[[3]]Bon, bien sûr on ne précisera pas que les règles de bienséance ont (juste) été piétinées.[[3]], de même que la présence d’émotions aussi violentes qu’antagonistes, telles que la passion, la haine, la mort, la souffrance, créent chez le lecteur la catharsis{{4}}[[4]] Terreur et pitié[[4]] décrite par Aristote. Ceci m’ammène donc à dire que cet ouvrage est une tragédie moderne.

Mais il y a quelque chose de plus que chez Euripide ou chez Sophocle, quelque chose qu’il m’est impossible de décrire précisément, quelque chose de magnétique, quelque chose qui prend aux tripes, quelque chose qui fait vibrer l’âme. Et c’est ce je-ne-sais-quoi d’irrationnel qui rend ce livre vraiment excellent.

Si vous pensez maintenant atterrir dans un univers glauque et désespérément sombre et, en lisant ce livre, voir naître en vous des pulsions suicidaires, alors attendez un peu avant d’investir dans le Prosac, car l’humour corrosif et le cynisme mordant qui y sont omniprésents crisperons sans doute plus vos zygomatiques que vos glandes lacrymales.

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