Et dans mes veines coulait le sang de mon père, Claire Tournu Woimbée

Chaque période a ses trublions, qui dépoussièrent, remettent en cause et dérangent la littérature de leur époque pour mieux la faire évoluer. Balzac, Zola, Giono, et … Tournu. À l’heure d’un féminisme triomphaliste, il fallait bien une femme pour poursuivre dans cette glorieuse lancée. Claire Tournu nous propose donc un deuxième roman aussi déconcertant que le premier, Diables danges, édité lui aussi chez Yvelinédition. Présentation d’un livre et d’une femme en dehors des conventions littéraires …

L’auteur

Mère de 6 enfants dont une demoiselle de 16 ans qui a déjà publié son premier opus, passionnée de littérature depuis toujours, épouse d’un docteur en énergétique, on sent immédiatement qu’on ne trempe pas vraiment dans la banalité. Ni dans la médiocrité, d’ailleurs. La dame est gentiment déjantée,  dans le meilleur sens du terme. Mais derrière le masque de la fantaisie, l’esprit est vif, acerbe et juste.

L’ouvrage

Bon, qu’on s’y prépare, il n’est pas académique. Mais alors pas du tout. À tel point qu’il faut abandonner ses habitudes de lecteur, et forcer la porte des premières pages pour pénétrer dans un monde curieux mais ennivrant. Car l’auteur, non contente de mélanger avec un naturel désarmant le surnaturel à la vie « normale », passe d’un personnage à l’autre toutes les 2 ou 3 pages. Par chance, il n’y en a que trois « héros ». Mais le périlleux exercice risque de perdre les moins courageux.

Le début est peut-être un peu long. On se demande ce qu’on fait là, à contempler la banalité affligeante de trois existences sans forme : un poivrot qui prend racine au bistrot, un prof de physique raté adepte de l’onanisme version SM et un prof de gym bodybuildé plus préoccupé de sa masse musculaire que cérébrale.

Il faut s’accrocher un peu, donc, pour arriver, vers le milieu du roman, à la récompense de ses efforts. L’intrigue se noue, se ramifie, et on sombre avec un certain délice dans le monde subversif et jouissif du mal version vampire, ou l’accession au rêve de l’homme, ie la paix intérieure, par l’assouvissement de pulsions animales. Et l’on découvre comment ces trois existences insipides vont devenir des destins qui vont s’entrecroiser.

En toile de fond, l’auteur en profite pour poser un regard sans complaisance sur la routine médiocre et quotidienne de nos contemporains comme de nous-même, sur les rapports sociaux toujours plus ou moins hypocrites, sur les cellules familiales étouffantes, sur les chimères et les fantasmes de l’espèce humaine, sur la recherche du pouvoir et de la puissance … Vous terminez le roman avec l’impression dérangeante que les vampires sont partout : qui n’a jamais fréquenté quelqu’un qui lui « pompait son énergie » ?

Assurément, le bouquin n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il est particulièrement réussi, mais le sujet, la façon de le traiter et surtout la structure même du roman sont très inhabituels et trop déroutants pour certains. Mais peu importe, puisqu’il n’est pas destiné à devenir un succès de gare, et appartient à cette veine d’arrière-plan destinée à ceux qui s’intéressent aux Goncourt comme on s’intéresse aux discours de Sarkozy : uniquement pour les moquer.

Publicités

Une réflexion sur « Et dans mes veines coulait le sang de mon père, Claire Tournu Woimbée »

  1. eh bien ! Voilà qui ne va pas arranger mon ego surdimensionné, seul hall de gare qui convienne à ce livre, en effet !

    Merci beaucoup beaucoup beaucoup, pour cette lecture juste et acérée de ce petit bouquin !

    Juste une précision : notre aînée fignole son deuxième opus de poésie, avec le talent qui la caractérise

    Merci de tout coeur !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s