Facebook, intimité publique

Facebook, autoproclamé « réseau social », Facebook, pointé du doigt pour sa politique de conservation des données, mais Facebook, toujours autant fréquenté des 15-25 ans. Analyse d’un phénomène de société.

Historique

Créé à l’origine par des étudiants, dans le but de se retrouver et de reprendre puis de garder le contact, le site américain a beaucoup évolué. Devenu site de rencontre, espace d’échange, théâtre de lobbying et témoin de nos frasques, Facebook permet de créer votre page, votre groupe et votre publicité, pour promouvoir votre marque, votre chanteur préféré, ou votre blague potache à la mode, ausis bien que d’exhiber vos dernières photos de soirée. Quand je l’ai rejoint, en mai 2008, on y trouvait presque exclusivement des membres de la « bonne société », des rejetons de bonne famille, issue des sphères les plus élevées de la société, celles par lesquelles les modes arrivent ou se créent puis se diffusent. C’étaient ceux que je fréquentais, à l’époque, lycée privé oblige. On les retrouve dans certains groupes bien à eux, du type « Fans de Vicomte Arthur », « Scouts de France », « Fans de Jésus », « Rallies mondains » et autres niaiseries du même genre, frappées du sceau de la bourgeoisie qui s’emmerde. Près de deux ans plus tard, la population s’est tellement diversifiée que la bonne société délaisse la place, avant de la quitter sous peu.

Vu sur Facebook

Des déclarations d’amour enflammées, façon Roméo et Juliette de respectivement 19 et 15 ans, aux « photos-dossiers » de ses amis, ivres, qui rendent leurs tripes de la plus élégante façon, en passant par les soirées BCBG, les photos de vacances, les « statuts » qui informent le monde que vous êtes en couple … ou pas, les messages de gens qui dépriment … Facebook est le temple du voyeurisme accepté et de l’impudeur assumée. On observe un inquiètant glissement de la sphère privée voire intime vers la sphère publique. On peut le relativiser lorsqu’on sait qu’il est possible de contrôler qui peut voir les informations que l’on y publie. Mais dans les faits, peu de gens connaissent et maîtrisent les options, parfois complexes, qui permettent ces réglages. En conséquence de quoi, la plupart rendent leur vie privée accessible aux inconnus, sans le savoir.

Mais même si on admet que seuls les utilisateurs identifiés comme « amis » (qui ont été validés comme tels, de part et d’autre) peuvent accéder à notre profil et à nos photos, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’informations publiées n’ont pas a être vues, même par nos amis. Les messages d’amour, ou les photos au lit en sont un exemple. Ceux-ci relèvent de la sphère intime.

[stextbox id= »grey »]Je distingue en effet trois sphères :

  • la sphère publique, celle de nos rapports quotidiens avec l’extérieur, celle qui est au courant de ce que tout le monde sait sur nous,
  • la sphère privée, celle de nos rapports avec nos proches et nos amis, celle qui sait plus de choses sur nous et notre histoire,
  • et enfin la sphère intime, celle des relations à deux, celle des secrets qu’on partage en très petit comité, si toutefois on les partage.[/stextbox]

Le problème de Facebook

Le problème de Facebook est que les repères sont brouillés. Et j’ose avouer que je n’échappe pas toujours à la règle. Confronté à l’intimité trompeuse d’une page internet sur un écran, depuis chez soi, à la faveur d’un après-midi pluvieux qui s’allonge, la tendance est à se livrer, toujours trop. Mais si ce n’était qu’une tendance, cela n’aurait pas d’importance. Plus que cela, c’est un témoin supplémentaire d’un adolescence en déliquescence, perdue dans un monde où les repères s’effacent. Ce sont des êtres sans passé qui se cherchent, à travers les excès et le dépassement des limites. Les ravages d’une société privée de morale depuis 41 ans … De plus, sur Facebook, les parents ne sont pas là pour encadrer leur rejetons. Et de toute façon, ils ne pourraient pas les protéger éternellement. Mais ils pourraient peut-être leur apprendre simplement ce qui se fait, et ce qui ne se fait pas. Les notions de dignité, d’honneur, même, pas celui au nom duquel on trucidait à la rapière, mais du vrai, qui fait qu’on inspire le respect. Contrebalancer les excès de notre société, apparemment si permissive, qui montre comme banal de s’exhiber, même dans ce qu’on a de plus personnel et intime, comme ces stars qu’on admire et qu’on jalouse tout à la fois.

Quand bien même, ces expériences de l’extrême pourraient être sans conséquences, mais les risques proviennent des traces que cela laisse, car les serveurs de Facebook n’oublieront pas les photos trash de cette demoiselle ivre dont on voit l’absence de culotte, au dessous de sa jupe déjà trop courte. C’est un des principaux motifs des détracteurs de Facebook : il n’est pas en conformité avec la législation française sur les fichiers informatiques. D’autre part, certains en ont déjà fait les frais de la publication de leur vie sur internet, après que leur employeur a été faire un petit tour sur leur profil …

Conclusion

Facebook reflet d’un évolution de la société ou responsable, même indirect, de cette évolution ? À mon sens, un peu des deux. C’est du moins un exemple frappant qui illustre le fait que la technologie n’apporte pas que du bon. Mais est-ce parce que quelques branches sont pourries qu’il faut abattre l’arbre ? Surtout que, bien plus que le grand méchant Facebook, ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui sont responsables des dérives. Après tout, Internet est un potentiel qui n’est que ce qu’on en fait …

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