Grands mythes et petites histoires de la prépa

On a beaucoup parlé et écrit à propos de cette institution française post-napoléonienne, à tort et à raison. Pour en finir avec les mythes, confidences d’un taupin désabusé …

Le prépa dans le regard des gens

Il n’y a pas à tergiverser : être en prépa est socialement valorisant, surtout dans les classes moyennes à élevées. Dans certaines familles (dynasties ?), c’est même un passage obligé. On n’a pas fini de rire des Polytechniciens de père en fils … À l’extérieur, on prend volontiers l’étudiant en prépa pour un bourreau de travail, une « super tête », quelqu’un d’admirable dans son abnégation, malgré des tendances masochistes. Et c’est vrai que le travail est réel, et difficile : il faut compter 40 h de cours hebdomadaires auquels s’ajoutent environ 15h de travail personnel, au minimum. Ajoutez à cela que la prépa est accessible uniquement après sélection sur dossier … Facile de passer pour un demi-dieu.

Et de l’intérieur …

Et pourtant, de l’intérieur, la vision est radicalement différente. On se prend des baffes, on encaisse les coups à l’ego, on ressemble à des geeks, mal rasés, mal coiffés, blaffards, en manque de sommeil et d’activités physiques plutôt qu’à des futurs cadres pleins de prestance. Et bien pire : tout le monde sait que c’est difficile, donc qu’il faut travailler, beaucoup, en conséquence de quoi un prépa pris en flagrant délit de loisir n’est pas crédible. L’entourage aime donc à faire pression sur « son » prépa pour qu’il travaille … encore plus ! De quoi faire des abrutis de travail dont la seule ouverture d’esprit  passe par des équations, si possibles différentielles, à coefficients non constants (c’est plus drôle), et pourquoi pas de degré 27 (vive Maple !). Au quotidien, la prépa ce sont des mauvaises notes malgré un travail réel, sauf pour les tous premiers de la classe. Ce sont des khôlleurs qui vous mettent 6/20 en vous disant « Il ne faut pas vous décourager ». Les professeurs semblent s’être donné le mot pour vous faire prendre conscience des « progrès qu’il reste à accomplir ». C’est une remise en cause permanente, et stressante.

Une formation pointue

Quoi qu’on en dise, les classes préparatoires sont une formation à l’efficacité prouvée. C’est une des raisons pour lesquelles elles coûtent si cher. La France a préféré investir dans les grandes écoles plutôt que dans les universités : après sélection des meilleurs éléments, on les forme pour devenir des élites.  Cela entraîne un taux d’échec quasi nul, donc pas de déchêts : la rentabilité est maximale. Les classes prépa (surtout scientifiques) apprennent à travailler vite, bien, à ne se concentrer que sur son travail, à gérer une quantité de travail parfois ahurissante, bref à devenir un futur cadre performant. Ajoutez à ça une formation à la communication, avec le retour des cours de Français (abandonnés en fin de 1ère), deux à trois heures hebdomadaires de khôlles (interrogations orales), des analyses de documents scientifiques (ADS, en taupe uniquement), bref de quoi apprendre mêmes aux plus timides à s’exprimer en public, on comprend que les entreprises aiment les anciens prépa !

Mais à quel prix ?

Alors me direz-vous, la prépa c’est le pied ? Si c’était si simple, je ne tuerais pas à écrire cet article … Il y a deux profils : les très bons, et les autres. Les très bons sont en général les n premiers d’une classe (de généralement 45). Pour eux, la prépa est un long fleuve tranquille : il n’y a qu’à travailler, ou presque. Pour les autres, ça peut rapidement tourner au cauchemar : la pression psychologique est forte car il faut se remettre en cause souvent, et supporter qu’un travail assidu ne rapporte pas toujours les notes attendues. La quantité de travail est si importante que les loisirs sont réduits au minimum, et le rythme soutenu épuise rapidement. Au nom de la réussite, quoique encore hypothétique, d’arrangement en concessions et de concessions en sacrifices, la prépa devient assez vite une ascèse, presque un sacerdoce.

De plus, les élèves en difficulté ont tendance à s’engouffrer dans un travers facile : travailler trop. Il s’épuisent, piètinent, dépriment parce que leur travail ne rapporte pas et craquent … J’en connais qui ne dorment plus que grâce aux médicaments, affrontent leur journée grâce à d’autres médicaments, et même un ancien major de PCSI, sorte de caricature du prépa, hissé au premier rang grâce au travail acharné et surtout au café de minuit, qui est allé se faire moine à la rentrée de Nouvel An. Mais on connaît aussi des exemples d’élèves qui, plafonnant à 16/20 de moyenne générale se rendaient en cours la peur au ventre, avec toutes les conséquences physiques et physiologiques qu’on imagine. La prépa détruit les faibles.

Des professeurs …

Même si les enseignants en classes préparatoires sont tous des agrégés, leurs qualités pédagogiques sont tout à fait variables. Entendons-nous : ils sont tous très bons dans leur matière. Mais l’enseignement est une profession dont la communication est l’élément fondamental. Et n’est pas communiquant qui veut … En effet, si certains sont clairs, concis, précis et savent à merveille anticiper les difficultés que peuvent rencontrer les élèves, d’autres ont un cours brouillon, désorganisé et fournissent le minimum d’explications. Ceux-ci soufrent d’un mal répandu dans l’Éducation nationale : la difficulté de celui qui sait à se mettre au niveau de celui qui ignore. On constate généralement que ceux qui furent les plus brillants étudiants sont les plus mauvais professeurs, et inversement, car les professeurs qui ont peiné dans leurs études ont du décortiquer les notions pour les comprendre, et savent donc les expliquer mieux que personne. Les autres, pour qui tout a toujours été évident, ne peuvent pas en dire autant.

En dehors des cours, la fête

Présenter uniquement les aspects sombres serait malhonnête, d’une part parce qu’ils ne concernent pas tout le monde, d’autre part parce que tout n’est pas sombre en prépa. Les classes de 45-50 étudiants, ce qui un petit effectif dans le supérieur, ont généralement quelque chose de particulier : la camaraderie. Soufrir ensemble crée des liens. Et pendant les vacances, on aime se retrouver pour faire la fête. Même en semaine, chaque occasion de décompresser est à saisir. Les copains (copines) sont un soutien de taille.

Pourquoi aller en prépa ?

La prépa est le meilleur moyen de devenir ingénieur, d’obtenir un métier intéressant, correctement rémunéré, ouvrant à tous les domaines possibles, en permettant toutes sortes de reconversions. Mais cette voie demande un niveau réel et surtout une grande force psychologique. Dans le cas contraire, rien n’est perdu car il existe d’autres voies moins intenses pour arriver au même résultat, comme les IUT, avec peut-être le prestige en moins. Mais le prestige est un luxe que tous ne peuvent se payer.

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